[Critique] La croisade des innocents — Chloé Cruchaudet

Caractéristiques

  • Auteur : Chloé Cruchaudet
  • Editeur : Soleil
  • Collection : Noctambule
  • Date de sortie en librairies : 17 octobre 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 184
  • Prix : 19,99€

La religion à hauteur d’enfant

Après plusieurs BD, dont l’album Mauvais genre, pour lequel elle a reçu plusieurs prix, dont le prestigieux prix Landerneau en 2013, Chloé Cruchaudet est de retour avec un roman graphique étonnant au sein de la collection Noctambule des éditions Soleil (Emma G. Wildford, Au pied de la falaise, Le cheval d’orgueil…). La croisade des innocents est inspiré d’un fait historique peu connu, dont on sait au final bien peu de choses : la croisade des enfants, un mouvement d’enfants « spontané » vers Jérusalem qui eut lieu en 1212. L’artiste s’est librement inspirée de cet événement et s’est amusée à combler les blancs de l’histoire en imaginant ce qui avait bien pu pousser ces enfants à se mettre en tête d’évangéliser le peuple de leur propre chef.

Le résultat est un roman graphique plein de fantaisie, mais qui ne fait néanmoins pas l’impasse sur la noirceur de l’époque et les conditions de vie précaires auxquelles étaient confrontés ces enfants. Persuadé d’avoir aperçu le Christ à travers la glace d’un lac, un jeune garçon raconte sa « vision » à ses compagnons d’infortune, des enfants des rues qui voient en lui un Elu. Prêts à tout pour sortir de la misère, guidés par l’espoir, ils se mettent en route vers Jérusalem, réunissant autour d’eux un nombre croissant d’enfants orphelins ou délaissés comme eux. Au-delà de la misère qui est le point de départ de cette aventure, Chloé Cruchaudet parvient à offrir une vision (im)pertinente de la religion organisée en montrant le fonctionnement des enfants entre eux. Réuni autour de Colas, « l’Elu », le mouvement des enfants s’organise en effet bien vite, avec une certaine hiérarchie, reproduisant au passage le fonctionnement des institutions religieuses : mise en place d’un récit mythique (et donc embellissement de la réalité), organisation des quêtes, dissensions au sein du groupe… Le tout, à hauteur d’enfants.

Une croisade pour échapper à la misère

image planche 2 la croisade des innocents chloé cruchaudet éditions soleil
© Chloé Cruchaudet/ Editions Soleil

Colas n’est pas longtemps dupe de son statut et de sa vision initiale mais, ce qui est particulièrement touchant dans le récit de La croisade des innocents, c’est la foi inébranlable de ces enfants, qui est avant tout alimentée par une immense envie de vivre et d’échapper à un triste sort. Livrés à eux-mêmes après avoir été dépendants d’adultes qui leur ont fait défaut, les héros du roman graphique refusent de baisser les bras et de rester impuissants. Et, avec leurs rêves, leurs espoirs, et leurs croyances d’enfants, ils iront loin. Jusqu’au dénouement, où l’Histoire se rappelle à nous.

Dans un style graphique aux couleurs sobres (principalement gris et blanc, avec un peu de jaune et de bleu par moments) mais néanmoins empli de fantaisie par le dessin avec ses jeunes héros très expressifs, Chloé Cruchaudet tisse une fable historique tour à tour drôle, touchante et cruelle sur le sort des enfants au Moyen Age. L’une des pépites graphiques de cette année !

7/10

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