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[Critique] Les Contes Macabres volume II — Edgar Allan Poe & Benjamin Lacombe

Caractéristiques

  • Traducteur : Charles Baudelaire
  • Auteur : Edgar Allan Poe (nouvelles) & Benjamin Lacombe (illustrations)
  • Editeur : Soleil
  • Collection : Métamorphose
  • Date de sortie en librairies : 28 novembre 2018
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 240
  • Prix : 29,95€
  • Acheter : Cliquez ici

6 nouvelles d’Edgar Allan Poe sur la relation de l’homme au fantastique

Après le succès du premier volume consacré à la femme et la mort, Benjamin Lacombe est de retour avec un second volume des Contes macabres d’Edgar Allan Poe traduit par Charles Baudelaire dans la collection Métamorphose des éditions Soleil. La thématique, l’homme et le fantastique, est ici illustrée à travers six nouvelles choisies et illustrées par Benjamin Lacombe et rendant compte de l’immense palette de l’auteur américain, qui savait aussi bien jouer sur l’humour et l’émotion que sur une tonalité plus sombre ou sérieuse.

Au menu de ces Contes Macabres, nous retrouvons donc les nouvelles suivantes du maître de la littérature gothique : « Metzengerstein », « Eléonora », « Le joueur d’échec de Maelzel », « Le roi Peste », « Petite discussion avec une momie » et « Manuscrit trouvé dans une bouteille », le tout complété d’un essai sur les nouvelles d’Edgar Allan Poe intitulé «Notes nouvelles sur E. A. Poe » et que l’on suppose être également signé par Baudelaire, même si aucune information à ce sujet n’est indiquée.

Une frontière poreuse entre réel et fantastique…

Chacune de ces histoires interroge le réel de différentes manières. Dans “Metzengerstein”, le jeune et irascible héritier se prend de passion pour un cheval-fantôme, sombrant peu à peu dans une étrange folie jusqu’à ce que sa demeure ne soit que cendres. « Eléonora », sans doute le texte le plus poétique et le plus émouvant du recueil, est quant à lui une évocation de la femme aimée, qui sent venir sa fin et veille ensuite sur le héros, faisant peser son ombre sur lui jusqu’au jour où il n’a plus besoin d’elle. « Le joueur d’échec de Maelzel » est le plus difficile à appréhender par sa forme particulière. En effet, Poe tente de percer le mystère d’une machine capable de jouer aux échecs face à n’importe quel adversaire : son propriétaire la manoeuvre-t-il discrètement ? Est-ce une pure machine ? Ou y-a-t-il là quelque magie ? Si ce concept aurait pu donner lieu à un bon récit, l’écrivain choisit ici une forme d’article très terre-à-terre, restant rationnel et logique d’un bout à l’autre, et développant chaque point en longueur, de sorte qu’il faut parfois s’accrocher pour arriver au bout . Cependant, la réflexion assez vertigineuse qui en ressort est suffisamment singulière pour que l’on fasse cet effort.

« Le roi Peste » est un récit gothique plus classique mais hautement efficace autour de la peste qui s’était abattue sur Londres : Poe imagine que la maladie est personnifiée par une cour de sombres personnages royaux s’installant chez un croque-mort pour y répandre leur Mal, jusqu’à ce que deux marins avinés viennent contrecarrer leurs plans. Voilà une nouvelle de Poe qui mêle fantastique et humour, humour qui se voit renforcé dans « Petite discussion avec une momie », dans laquelle des scientifiques américains se font interpeller par la momie qu’ils dissèquent et qui est plus morte que vive. Les deux parties débattent alors avec passion des mérites de la civilisation égyptienne contre ceux de la civilisation occidentale du XIXe siècle, et plus particulièrement de la société américaine.

Enfin, « Manuscrit trouvé dans une bouteille », impressionnant récit de naufrage, est une évocation à peine voilée de la légende du Hollandais Volant. Il s’agit de la nouvelle du recueil où la frontière entre réel et fantastique est la plus floue puisque Poe suggère de manière subtile la nature potentiellement fantastique du capitaine du navire recueillant le héros, sans pour autant s’aventurer franchement dans cette voie. Le héros est-il déjà mort ? Ou se laisse-t-il porter par son imagination ? Au lecteur de trancher…

Benjamin Lacombe nous immerge dans l’univers gothique de Poe avec brio

Ces six nouvelles sont illustrées avec tout le brio que l’on connaît à Benjamin Lacombe, qui ne propose pas seulement des peintures couleurs, mais également des dessins en noir et blanc et qui accompagnent chacune des nouvelles. L’artiste sait saisir l’essence de chaque histoire, de sorte que, malgré le nombre restreint d’illustrations par texte, chaque nouvelle est parfaitement résumée et contenue dans celles-ci. Parmi nos images préférées de ce volume, on citera le portrait de Metzengerstein et son cheval maudit, Eléonora en dame-nature, l’échiquier de Maelzel, ou encore le navire englouti de « Manuscrit trouvé dans une bouteille ». Benjamin Lacombe a l’habitude d’illustrer des classiques de la littérature (Alice au pays des merveilles, De l’autre côté du miroir, Carmen, Notre Dame de Paris…) et il ne fait aucun doute qu’il parvient à se glisser d’un monde à l’autre avec une véritable dextérité. Si l’on reconnaît bien entendu sa patte et son style, sa manière de nous emmener avec lui dans l’univers d’Edgar Allan Poe force le respect.

Et, comme il est de rigueur pour les livres de Benjamin Lacombe dans la très belle collection Métamorphose, cette édition est de toute beauté, notamment la couverture épaisse avec ses jolies gravures autour du portrait de Poe et ses petits détails ton sur ton. Une bonne raison de relire les nouvelles d’Edgar Allan Poe, dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui, et de découvrir le premier volume des Contes Macabres si cela n’est déjà fait !

8/10

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