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[Critique] Le tombeau d’Apollinaire — Xavier-Marie Bonnot

Caractéristiques

  • Auteur : Xavier-Marie Bonnot
  • Editeur : Belfond
  • Date de sortie en librairies : 4 octobre 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 400
  • Prix : 19€
  • Acheter : Cliquez ici

Il est des anniversaires qui ont un goût amer : les 9 et 11 novembre 2018 correspondaient respectivement aux 100 ans de la mort de Guillaume Apollinaire et à ceux de l’Armistice de la Première Guerre Mondiale. Si ces deux événements semblent sans lien apparent, ils sont bel et bien liés : Wilhelm Albert Włodzimierz Apolinary Kostrowicki, plus connu sous son nom de plume, a en effet servi dans l’armée en tant qu’engagé volontaire. Xavier-Marie Bonnot a saisi l’occasion de ce double centenaire pour nous proposer Le tombeau d’Apollinaire, roman historique dans lequel la petite histoire se mêle habilement à la grande.

« Ah D.eu ! Que la guerre est jolie… »

Philippe Moreau est un jeune paysan Champenois que la mobilisation forcée a conduit près de chez lui, à Tahure. Il doit, avec son unité, contrer les troupes allemandes qui s’infiltrent de plus en plus loin dans le territoire français. Lui qui n’a jamais connu l’amour d’une femme connait déjà trop bien la mort et l’horreur. Loin de ceux qu’il aime, il tente de survivre au quotidien, à l’hiver mordant et aux attaques incessantes, en partie grâce au dessin, passion qu’il a depuis tout petit. En effet, Moreau a pu, avec l’aide d’un oncle ecclésiaste, aller à l’école et passer son bac, chose rare, en particulier pour une personne issue d’une famille paysanne.

Un nouveau lieutenant vient prendre le commandement de l’unité. Très vite, Kostrowitzky va s’intéresser au jeune garçon et parler art avec lui. Celui qui est connu sous le pseudonyme de Guillaume Apollinaire a une vision très romantique de cette guerre, elle lui sert même d’inspiration pour ses poèmes. Une drôle d’amitié naîtra entre ces deux hommes que tout oppose et qui ne se seraient jamais rencontrés sans cette drôle de guerre. Alors que l’indicible les entoure, Moreau et Kostrowitzky vont mettre en image et en poème leurs vécus, scellant pour toujours un lien qui perdurera au-delà de la démobilisation.

Une plongée historique glaçante

Xavier-Marie Bonnot n’en est pas à son coup d’essai : cet habitué des polars (La vallée des ombres…) n’en est pas moins un historien aguerri qui mêle toujours un fond de vérité à la fiction. Avec Le tombeau d’Apollinaire, l’Histoire, la guerre est un personnage à part entière. Les descriptions de l’auteur sont aussi fascinantes que glaçantes, on s’imagine sans peine la vie quotidienne (si tant est qu’on puisse appeler cela une vie) des soldats, mobilisés de force ou de gré. Les peurs tentent de se camoufler derrière la légèreté et la grivoiserie, on rêve des femmes que l’on espère revoir un jour mais au fond, ces hommes ont conscience qu’ils ont peu de chances de rentrer chez eux.

L’art comme exutoire

Comme beaucoup d’artistes, Guillaume Apollinaire a sorti de ces moments terribles certains de ses plus beaux poèmes. Avec talent, Xavier-Marie Bonnot partage la création d’une partie de cette œuvre si dense, le roman étant parsemé d’extraits d’écrits ou de poèmes, parfois dans leur intégralité. En les intégrant à l’amitié fictive qu’il crée entre les deux artistes, l’auteur les replace dans un contexte et, même si on en connait la plupart, on les redécouvre sous un autre jour. Très vite, on se rend compte qu’au-delà d’être un lien entre les deux personnages, l’art est surtout une question de survie pour accepter l’inacceptable.

Au-delà des descriptions d’un réalisme parfois difficile à lire, Le tombeau d’Apollinaire se distingue de tous les romans sortis pour le centenaire de l’armistice part son écriture forte et captivante. La deuxième partie du livre nous emmène dans le Paris artistique des années 1910, où on croise aussi bien Picasso que Cendrars ou Cocteau, comme deux réalités opposées mais qui pourtant ont cohabité. Si parfois certains passages peuvent sembler longs, Xavier-Marie Bonnot nous livre un roman passionnant, aussi bien pour les amateurs d’histoire que les amateurs d’art.

8/10

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