[Critique] Pension complète — Jacky Schwartzmann

Caractéristiques

  • Auteur : Jacky Schwartzmann
  • Editeur : Seuil
  • Collection : Cadre Noir
  • Date de sortie en librairies : 11 octobre 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 192
  • Prix : 18€ (broché), 6,50€ (poche)
  • Acheter : Cliquez ici

Jacky Schwartzamnn fait partie de ces écrivains qui s’inspirent de leurs expériences personnelles pour nourrir leurs romans.

Avec son écriture reconnaissable, il met de nouveau en scène des personnages hauts en couleur dans son roman Pension complète paru aux éditions du Seuil (Scalp, NitroxLa mort du Khazar rouge). Celui qui fut lancé en 2003 par un concours du Conseil Général du Doubs et dont le 5ème livre est sorti cette année arrive-t-il à se renouveler ?

Quand la cité française rencontre le Grand-Duché

Dino Scala a 45 ans et une vie qui en rendrait plus d’un envieux. Cet originaire d’une cité lyonnaise est monté au Luxembourg il y a 20 ans pour un obscur business (qui a bien sûr capoté). Pourtant, sur place, il a trouvé bien plus qu’un peu d’argent, il a trouvé Lucienne. De trente-deux ans son aînée, ils tombent amoureux en toute simplicité et Dino s’installe rapidement avec elle, au grand dam de Macha, mère de Lucienne.

Il faut dire que ce que Dino ignorait c’est que sa fiancée est une des (nombreuses) fortunes du pays et que ses origines modestes ainsi que leur écart d’âge font place à des commentaires plus ou moins sympathiques. Dino s’en moque et le vit plutôt bien, jusqu’au jour où un banquier éméché le traite de gigolo et que toutes les tensions cumulées poussent le Français à la faute. Résultat : un nez cassé et une Rolex volée. Lorsque la police vient chez Lucienne pour y voir plus clair, un accord est trouvé : le banquier ne portera pas plainte et Dino partira quelques temps en “vacances” dans le sud de la France.

Contraint, mais désireux de calmer les choses, Dino prend la route pour Saint-Tropez dans sa Mercedes qui tombe en panne près de la Ciotat. Qu’à cela ne tienne, il fait donc une escale forcée dans le seul logement du coin, un camping. Sur place, il rencontre Charles, un ancien prix Goncourt qui cherche de la matière pour son nouveau roman. Les deux hommes sympathisent par défaut, Dino n’a qu’une hâte c’est de partir, mais une série de meurtres va rendre les choses un peu plus complexes que prévu…

Un polar atypique

Quoiqu’en laissent penser les premiers chapitres, Pension complète est bien un polar. L’histoire personnelle de Dino et Lucienne sert à poser le décor et revient par la suite comme un fil rouge, mais c’est au camping que tout se joue, dans cette phase de séparation, comme si l’éloignement faisait tomber les barrières de sécurité qui les entoure.

Le vocabulaire utilisé par Jacky Schwartzmann est très imagé, mêlant des expressions populaires avec un langage plus châtié, soutenu mais sans que cela ne sonne faux, au contraire. Les personnages ne sont ni attachants ni antipathiques, ils sont là pour nous raconter une histoire sans émouvoir et c’est une bonne qualité pour un roman de ce genre. De même, ils ne sont pas caricaturaux, même si les Luxembourgeois ne sont pas montrés sous leur meilleur jour…

Une intrigue plus forte que l’enquête

Si on découvre rapidement qui est le meurtrier, cela n’a pas d’impact sur une intrigue forte qui tient en haleine jusqu’à la dernière page. Au-delà des morts, c’est tout un système dont l’auteur fait la critique, mais aussi une réflexion sur la condition humaine, les rapports humains, ce que l’on est, quel sens donner à sa vie.

C’est d’ailleurs ce qui permet à Pension complète d’être avant tout un roman caustique lui donnant cette place particulière parmi les polars. Et parmi les moqueries sur tout un chacun, on sent une forme d’affection de la part de l’auteur pour toutes ces personnes qui ont, quel que soit leur milieu ou leur parcours de vie, une volonté commune de donner un sens à leur vie et leurs actions.

Pension complète tranche par son ton décalé et son intrigue qui ne se contente pas d’être divertissante, mais pousse aussi à la philosophie et à l’introspection. Mention spéciale pour la fin, qui est plus que surprenante.

8/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *