[Critique] La mariée était en Rose Bertin – Frédéric Lenormand

Caractéristiques

  • Titre complet : Au service secret de Marie-Antoinette : La mariée était en Rose Bertin
  • Auteur : Frédéric Lenormand
  • Editeur : Editions de la Martinière
  • Date de sortie en librairies : 5 mars 2020
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 298
  • Prix : 14€
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Une nouvelle série de polars historiques humoristiques

Déjà auteur des 9 romans Voltaire mène l’enquête (2011-2018), Frédéric Lenormand a lancé l’an dernier une nouvelle série de polars historiques aux éditions de la Martinière, Au service secret de Marie-Antoinette, dont La mariée était en Rose Bertin est le 3e opus.

Le pitch, délicieusement décalé, donne le ton : derrière son attrait du luxe et ses manières évaporées, Marie-Antoinette a décidé de monter son réseau d’espionnage pour s’occuper en toute discrétion des affaires du royaume et au-delà. Pour cela, elle dispose de deux agents secrets au-dessus de tout soupçon : sa couturière Rose Bertin et son coiffeur Léonard Autier. Après avoir enquêté sur la disparition des bijoux de la comtesse Du Barry et un mystérieux trésor inca, cet improbable duo doit à présent mettre la main sur le code de Broglie, un code secret mis en place du temps de Louis XV et qui permet d’entrer en contact avec les espions du royaume. Celui-ci aurait été dérobé par une aventurière du nom de Suzelle Olivier, fiancée du parfumeur Guermain, pour laquelle Rose avait confectionné une robe de mariée…

Pas si frivole que ça, Marie-Antoinette ?

La figure de Marie-Antoinette ne cesse de fasciner, avec un regain d’intérêt auprès du grand public au moment de la sortie du film de Sofia Coppola en 2006 et de la biographie de l’historienne Antonia Fraser, qui donnait de la reine une image différente, plus subtile que celle de la souveraine futile et suffisante qui aurait lâché “Qu’ils mangent de la brioche” en apprenant que son peuple affamé manquait de pain. Il y a eu depuis de nombreux romans, des livres jeunesse, et même des bande-dessinées (comme Mémoires de Marie-Antoinette ou un livre illustré par Benjamin Lacombe) qui ont permis aux lecteurs de tous âges d’en apprendre plus sur cette figure légendaire et la période pivot de l’Histoire de France à laquelle elle a pris part.

Les romans de Frédéric Lenormand sont un peu différents puisqu’ils assument leur fantaisie débridée avec humour, mais ils ne sont cependant pas dénués d’un certain à propos. En effet, si, officiellement, Marie-Antoinette a été tenue écartée de la politique de la France jusqu’en 1788, un certain nombre d’éléments, soutenus par des historiens, montrent qu’elle aurait exercé une influence subtile dès le début des années 1780, même si cela n’enchantait guère Louis XVI. Ainsi, selon l’historien Pierre Serna, professeur à la Sorbonne, elle pesait “autant qu’une mère régente”. “Désormais, mère d’un dauphin, ayant saisi les subtilités des intrigues du pouvoir, forte d’un charme qu’elle utilise pour réunir autour d’elle des opposants aux ministres âgés, elle s’impose comme une femme politique redoutable avec laquelle son mari doit compter et doit composer, en privé.”

Partant sans doute de ce constat, Lenormand, auteur de polars spécialisé dans le XVIIIe siècle, a tissé une intrigue fantasque parsemée de références historiques souvent utilisées avec brio. Ici, on en apprendra ainsi beaucoup sur les méthodes utilisées par les parfumeurs de l’époque, tout en glanant des anecdotes sur la confection des vêtements et des imposantes perruques de la Cour. Quelques pages en annexe permettront d’ailleurs aux curieux de retrouver des extraits d’ouvrages historiques ayant servi de référence à l’auteur.

Un roman divertissant, entre anachronismes et références historiques

Le roman en lui-même est plaisant, même si, avouons-le, les anachronismes revendiqués et le langage fleuri peu conforme à ce que l’on sait de l’époque peut faire tiquer dans un premier temps. Au début de notre lecture (au cours des 50-60 premières pages), on se surprend à penser qu’il est un peu dommage que l’écrivain ait choisi de faire de ses protagonistes des personnes à la mentalité proche de notre XXIème siècle (à quelques détails près, bien entendu) pour que le lecteur puisse s’identifier à eux plus facilement.

Et puis, peu à peu, la mayonnaise prend, et l’on s’attache à cette couturière franche et fantasque qui possède plus d’un tour dans son sac et à ce spécialiste du peigne un peu suffisant qui courent les rues de Paris pour interroger des témoins et dénouer les fils d’une intrigue rocambolesque qui parvient à nous tenir en haleine jusqu’au bout.

C’est léger, sucré comme un macaron Ladurée filmé par Sofia Coppola, et cela a également le mérite fort louable, sous couvert d’humour, de permettre au grand public de mieux appréhender le XVIIIème siècle et les us et coutumes de la cour. Lenormand tourne en dérision le comportement de Louis XVI et sa passion pour les horloges et les serrures, dépeint Joseph II en frère peu flatteur à l’égard de sa sœur mais fort intéressé par les secrets militaires et stratégiques de la France, et dissémine maints détails véridiques au milieu de rebondissements divertissants mais invraisemblables.

Au final, on ressort de la lecture de ce polar historique ouvertement humoristique le sourire aux lèvres, avec l’envie d’approfondir nos connaissances sur cette période.

6/10

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