Caractéristiques

- Titre : La Fille de Jonathan Becker
- Auteur : Antoine Renand
- Editeur : Harpercollins
- Collection : Noir
- Date de sortie en librairies : 5 mars 2025
- Format numérique disponible : Oui
- Nombre de pages : 464
- Prix : 21,50 euros
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- Note : 8/10 par 1 critique
Deux ans après L’Empathie, tome 2, Antoine Renand, auteur remarqué par le public mais aussi par la critique (Prix Gouttes de sang d’encre 2019 et Nouvelles Voix du polar 2020 pour L’Empathie, et finaliste du prix Maison de la presse 2020 pour Fermer les yeux en 2020), revient sur le devant de la scène en ce mois de mars avec son nouveau roman, La Fille de Jonathan Becker, publié aux éditions Harper Collins noir.
Funeste héritage
Jessica est la fille de l’un des pires tueurs en série français, Jonathan Becker. Difficile pour elle de reconstruire sa vie et de ne plus être la cible des journalistes, sachant qu’elle a été, à l’âge de douze ans, impliquée dans le mode opératoire des crimes. Alors qu’elle mène enfin un quotidien tranquille auprès de son compagnon Mickaël, de nouveaux crimes reprenant les méthodes de Jonathan Becker se produisent, contraignant Jessica à renouer avec une période de sa vie qu’elle aurait préféré mettre définitivement de côté…
En choisissant ce personnage ambigu – Jessica ayant malgré elle joué un rôle dans les meurtres de son père – Antoine Renand questionne sa part de responsabilité, et la difficulté de grandir avec la crainte que cet héritage funeste n’ait des conséquences sur sa nouvelle vie. La psychopathie est-elle un trait de caractère héréditaire ? Dans le regard des autres, Jessica Becker est coupable, fascinante et repoussante, et doit sans cesse essayer de se faire oublier et de se réinventer.
Un roman efficace et addictif
Avec ses chapitres courts et son écriture addictive, La Fille de Jonathan Becker est un thriller qui se dévore et devient rapidement très difficile à lâcher. Antoine Renand construit une intrigue policière haletante liant les crimes du présent à l’histoire de cet ancien serial killer, gourou d’un mystérieux camp hippie d’artistes, vingt ans plus tôt. Le suspense est bien entretenu, et une énigme plane autour des anciennes victimes : étaient-elles la cible d’un tueur vicieux ou de tout un réseau criminel, comme Jonathan Becker semble le clamer depuis les murs de sa prison ?
A l’aide de flashbacks, l’auteur distille des indices sur ce qui s’est réellement passé au Camp des Vents-Doux, lorsque Jessica n’était encore qu’une adolescente, mais également sur un événement dramatique lui étant arrivé quelques années plus tard, dans le foyer d’accueil où elle était placée. Avec cette alternance passé-présent, les zones d’ombre de l’histoire s’éclairent au fur et à mesure, Antoine Renand orchestrant ses révélations avec savoir-faire pour maintenir son lecteur en haleine tout au long des 480 pages.
Un bon thriller paranoïaque
Avec ce nouveau thriller, Antoine Renand brasse des thématiques passionnantes : la fascination du public pour les tueurs en série – Jonathan Becker étant l’objet de nombreuses demandes en mariage de la part de groupies – ou encore le rôle des médias et de la presse dans les enquêtes criminelles. Ces derniers manipulent parfois l’opinion et entretiennent sans relâche la célébrité des proches des criminels ou des victimes, les maintenant parfois contre leur gré sous la lumière des projecteurs. L’on retrouve également certains de ses thèmes de prédilection – l’infiltration dans l’intimité d’un foyer, les modes opératoires précis et effrayants – et même certains personnages, comme Nathan Rey, spécialiste de criminologie dans Fermer les yeux.
L’auteur brouille les pistes et nous fait douter de Jessica et de la crédibilité de son témoignage, nous encourageant à nous méfier de tout et à être très attentifs aux détails. Ce jeu constant avec le lecteur est particulièrement appréciable et place ce dernier dans une position de voyeuriste avide, au même titre que les journalistes désirant en connaître toujours plus sur le passé de la protagoniste. Certes, l’ultime retournement de situation peut laisser quelque peu dubitatif, mais le jeu de pistes en vaut la peine, et la lecture s’avère au final très plaisante.
La Fille de Jonathan Becker est donc un très bon thriller, mêlant enquête policière et intrigue plus intime grâce à un personnage ambigu et bien caractérisé. Avec son écriture addictive, ses questionnements moraux captivants et son suspense sans cesse renouvelé, Antoine Renand signe donc une nouvelle réussite. Vivement le prochain !