Caractéristiques

- Titre : Le Cercle
- Auteur : Bernard Minier, Thirault, Suro et Saint-Blancat
- Editeur : Phileas
- Date de sortie en librairies : 13 novembre 2025
- Format numérique disponible : Oui
- Nombre de pages : 107
- Prix : 19,90 euros
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- Note : 7/10 par 1 critique
Les éditions Philéas poursuivent l’adaptation en bande dessinée des polars de Bernard Minier consacrés au commandant Martin Servaz. Après Glacé (2022), c’est au tour du Cercle de paraître en novembre 2025, transposé sous un format graphique où Michel Suro reprend l’univers visuel initié par Mig, tandis que Philippe Thirault en signe à nouveau le scénario. Une seconde enquête qui confirme l’ambition de la collection : offrir un prolongement visuel aux romans de Bernard Minier, sans en trahir la tension ni la noirceur.
Le Commandant Servaz face à ses démons
L’intrigue s’ouvre dans la petite ville universitaire de Marsac, théâtre de morts brutales qui semblent frapper au hasard : une enseignante retrouvée assassinée, un éleveur dévoré par ses propres chiens, un message anonyme qui laisse penser à l’intervention d’un tueur retors… Au cœur de cette affaire trouble, un étudiant de dix-huit ans, Hugo, se réveille sur les lieux du crime sans se souvenir de ce qui a pu se passer et devient immédiatement le principal suspect. Martin Servaz, commandant de police, est envoyé sur place, opérant un retour forcé sur les terres de son adolescence.
Le Cercle repose autant sur les enjeux criminels que sur la trajectoire personnelle de son protagoniste. Servaz retrouve à Marsac une ancienne amante, désormais mère d’Hugo, dont il avait été quitté au profit d’un ami commun. Cette rivalité passée, pleine de nostalgie et de regrets, imprègne l’enquête d’une dimension intime bienvenue. Quelques flashbacks rappellent la jeunesse du commandant, ses hésitations, ses échecs, et ancrent le récit dans une exploration psychologique discrète mais présente. S’ajoute une autre tension pour le protagoniste : sa fille est élève dans la même prépa que le jeune suspect et assiste, inquiète, à des réunions nocturnes d’étudiants gravitant autour d’un mystérieux cercle. Le polar se resserre alors autour de Servaz, dont la vie privée et professionnelle s’entremêlent dangereusement.
Une adaptation graphique sombre et efficace
L’atmosphère qui se dégage de cette adaptation reste fidèle à la noirceur caractéristique de l’œuvre originale : froide, oppressante, empreinte d’un malaise latent. Le choix d’un dessin aux tonalités pastel et aquarellées contraste avec la dureté du propos, mais la colorimétrie, dominée par les verts et les bleus glacés, parfois ponctuée de sépia, installe un climat visuel morne et inquiétant. Les personnages, dont les silhouettes anguleuses trahissent les tensions intérieures, évoluent au sein d’un découpage globalement régulier, fait de petites vignettes où les bulles demeurent sobres et efficaces. Quelques pleines pages viennent rompre cette structure pour accentuer un moment clé ou souligner un basculement, donnant au dessin une vraie capacité d’impact.
Le récit progresse avec efficacité, au gré de rebondissements maîtrisés, de flashbacks bien intégrés, mais aussi de quelques raccourcis narratifs qui trahissent parfois l’adaptation d’un matériau romanesque plus ample. On se laisse porter, suivant Servaz dans ses choix parfois discutables — notamment lorsqu’il renoue avec la mère de l’accusé — sans jamais pouvoir devancer l’enquête, tant les indices ne sont révélés qu’au même rythme que les personnages les découvrent. Le Cercle assume également un contenu particulièrement sombre, avec bon nombre de scènes de violence graphique, de corps exposés ou de nudité, réservant l’album à un public averti. Par ailleurs, même si chaque volume peut se lire isolément, la série repose sur un fil narratif global, avec notamment l’ombre du tueur Julian Hirtmann qui plane – élément qui gagne en sens pour les lecteurs connaissant l’ordre des enquêtes, mais qui peut demeurer opaque pour les autres.
Le Cercle offre donc une adaptation solide, sombre et rythmée, du roman de Bernard Minier, parvenant à restituer l’essence du polar tout en assumant ses propres contraintes. Le lecteur y trouvera un récit efficace, porté par un graphisme glacial et une tension constante. Une bande dessinée recommandable, et une pierre de plus à l’édifice de cette ambitieuse entreprise d’adaptation.




