[Critique] Immersion – Nicolas Druart

Caractéristiques

  • Titre : Immersion
  • Auteur : Nicolas Druart
  • Editeur : Belfond
  • Collection : Belfond Noir
  • Date de sortie en librairies : 15 janvier 2026
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 320
  • Prix : 20 €
  • Acheter : Cliquez ici
  • Note : 5/10

Infirmier depuis 2012, Nicolas Druart se tourne vers l’écriture en 2015. Son premier roman, Nuit blanche (2018), récompensé par le Prix du suspense psychologique, l’impose rapidement comme une nouvelle voix du thriller français, avant la parution de Jeu de dames en 2019. Avec Immersion, l’auteur revient chez Belfond Noir pour un thriller qui annonce une double descente vertigineuse : celle, physique, dans le gouffre de Gorre, et celle, plus trouble encore, dans les profondeurs de la psyché humaine. Une promesse ambitieuse, dont l’exécution laisse pourtant une impression plus mitigée.

Un concept horrifique accrocheur

Dans l’Aude, une série de morts subites alerte gendarmes et médias. Le point commun entre les victimes : toutes ont participé à une plongée dans le gouffre de Gorre, un site récemment rouvert après un éboulement qui avait entraîné sa fermeture pendant deux ans. Présenté comme une expérience extrême, sensorielle et terrifiante, le lieu joue ouvertement de sa réputation sulfureuse et s’adresse à un public adulte en quête de sensations fortes. Léo Masset, infirmier trentenaire, fait partie d’un groupe d’amis ayant tenté l’aventure. Lui en est ressorti vivant, mais trois d’entre eux ont trouvé la mort, dont sa femme. Dévasté par le chagrin, seul pour élever son fils, Léo est hanté par la culpabilité et la colère. Persuadé que le gouffre cache de lourds secrets, il accepte de livrer son témoignage à une journaliste, déterminé à faire tomber les responsables de ce qu’il considère comme un jeu mortel.

Sur le papier, Immersion affiche un pitch redoutablement efficace : des décès simultanés par arrêt cardiaque, tous liés à un même lieu, unique et inquiétant. Le mystère posé est puissant et impose d’emblée une attente élevée quant à sa résolution, qui devra éviter l’écueil de l’invraisemblable. Entre légendes locales, accident passé et communication volontairement provocante de ses exploitants, le gouffre de Gorre concentre toutes les peurs : obscurité, claustrophobie, perte de repères sensoriels… L’ancrage géographique précis, entre Toulouse et Carcassonne, renforce l’illusion de réel et crédibilise l’ensemble. Les références implicites au cinéma d’horreur contemporain, et notamment à Alexandre Aja, laissent espérer frissons, tension et descente progressive vers l’horreur psychologique. Une promesse claire, ambitieuse, et particulièrement séduisante pour les amateurs de thrillers sombres et immersifs.

Une mécanique narrative efficace mais trop fonctionnelle

Pour maintenir une tension constante, Nicolas Druart opte pour une chronologie éclatée en trois axes narratifs distincts. Le premier repose sur le témoignage de Léo, qui revient sur les événements lors d’entretiens avec la journaliste Avril. Le second replonge le lecteur au cœur de l’expédition dans le gouffre de Gorre, tandis que le troisième suit l’enquête de gendarmerie menée par Diane et Assia, chargées d’élucider les morts suspectes liées au site. Cette construction alternée permet de multiplier les points de vue et de doser les révélations, retardant volontairement certaines informations clés. Les chapitres courts, souvent découpés en sous-parties, s’achèvent fréquemment sur des cliffhangers, incitant à tourner les pages. L’écriture, fluide et très accessible, repose sur des dialogues nombreux et dynamiques, qui favorisent une lecture rapide et efficace. De ce point de vue, Immersion remplit pleinement sa fonction de page turner.

L’ambiance du roman se veut lourde et anxiogène, mâtinée de fantastique et d’horreur. Le gouffre de Gorre est, en effet, entouré d’une légende, celle des Filles Aurias, disparues dans ses profondeurs et supposément condamnées à hanter les lieux. À cela s’ajoute l’accident survenu en 2022, durant lequel un effondrement a enseveli un groupe de touristes, renforçant la réputation maudite du site. L’ensemble crée une impression de montagnes russes narratives : le rythme est soutenu, les scènes s’enchaînent sans temps mort, et l’efficacité est indéniable. Toutefois, cette surenchère finit par nuire à la crédibilité du récit. Certaines séquences liées à l’expédition dans le gouffre accumulent les péripéties et l’action de manière si excessive qu’elles frôlent le grotesque. Quant aux effets de suspense, parfois appuyés, ils donnent une impression de grandiloquence, et certains cliffhangers paraissent plus racoleurs que réellement nécessaires. À l’image d’un blockbuster horrifique, Immersion privilégie le spectaculaire et l’efficacité immédiate, au détriment d’un travail stylistique plus subtil et d’une plus grande densité psychologique.

Quand la surenchère affaiblit la crédibilité

Malgré des enjeux dramatiques forts, les personnages peinent à susciter un réel attachement émotionnel. L’alternance des points de vue, combinée à la progression du groupe de Léo dans les profondeurs du gouffre, aurait pourtant de quoi renforcer l’addiction et l’implication du lecteur. Or, quelque chose ne prend jamais complètement. Les protagonistes servent plus l’intrigue qu’ils ne la portent, et l’on suit alors davantage l’histoire pour la résolution du mystère que pour le destin de celles et ceux qui y sont confrontés. Cette distance tient aussi à une écriture inégale, parfois emphatique et tournée vers l’effet, parfois purement fonctionnelle, efficace mais impersonnelle. Dans les deux cas, la profondeur psychologique reste en retrait, au détriment de l’émotion.

À mesure que le roman progresse, la plongée dans le gouffre se transforme en une succession d’événements toujours plus extrême. L’accumulation d’action, de rebondissements et de situations à haut risque finit par fragiliser la vraisemblance du récit. Certes, le dernier tiers du roman repose sur un retournement tardif qui rebat les cartes. Mais, s’il relance temporairement l’intérêt, ce twist interroge sur le pacte passé avec le lecteur. Relève-t-il d’un jeu narratif assumé ou d’un mensonge par omission ? L’artifice est efficace, mais laisse une impression mitigée, celle d’avoir été manipulé plus que surpris. En privilégiant le choc à la subtilité, Immersion affaiblit finalement l’impact de sa révélation finale, malgré une maîtrise indéniable des ressorts du thriller.

Avec Immersion, Nicolas Druart propose donc un thriller au concept fort et immédiatement accrocheur, porté par une mécanique narrative efficace et un sens certain du rythme. Toutefois, à force de privilégier le spectaculaire et la surenchère, le roman peine à trouver l’équilibre entre tension, crédibilité et émotion. Si l’expérience se révèle plutôt divertissante, elle laisse surtout un sentiment de frustration, celui d’un potentiel narratif et horrifique qui aurait gagné à être exploité avec davantage de nuance et de subtilité.

Article écrit par

Lorsqu’elle n’enseigne pas l’italien, Lucie Lesourd aime discuter de sa passion pour le cinéma, le théâtre et les comédies musicales. Spécialisée en littérature young adult et grande amatrice de polars et thrillers, elle rejoint Culturellement Vôtre en février 2020 pour y partager ses avis lecture et sorties culturelles. Depuis, elle est également devenue une (excellente) critique de cinéma et parle régulièrement de cinéma de genre (avec une prédilection pour les films d’horreur) et de cinéma d’auteur.

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