image la france cibléeUn livre pour mieux comprendre un conflit obscur

On a un peu tendance à oublier que la dernière guerre sur le sol français ne fut pas la Seconde Guerre Mondiale. Il faut retourner tout droit vers les années 1950 pour retrouver ce qui fut une période encore aujourd’hui assez obscur : la guerre d’Algérie, conflit larvé depuis l’insurrection de 1954, et qui aura réussi à atteindre la métropole quelques années plus tard. Vendémiaire (Pourquoi les Khmers rouges, L’anti-Robespierre, Un syndicalisme impossible ?) publie un livre fondamental sur le sujet : La France ciblée, sous-titré Terrorisme et contre-terrorisme pendant la guerre d’Algérie.

En 1958, Paris et les grandes agglomérations n’en mènent pas large : le pays est tiraillé par un conflit algérien qui s’enlise dans les tréfonds. Ainsi, la guerre s’exporte en France métropolitaine, où le FLN (Front de Libération Nationale) s’invite de manière plus qu’inopinée. Là, l’organisation clandestine va batailler non seulement pour ses intérêts, mais aussi contre son grand rival : la MNA (Mouvement National Algérien), à grand coup de crimes qui terrorisèrent les grandes villes. Une situation hors de contrôle qui va résulter sur un bilan morbide, dépassant les 4000 morts et avoisinant les 9000 blessés.

La France ciblée débute par un rappel qui fait froid dans le dos : l’attaque terroriste du 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo et la mort, exactement le même jour, du lieutenant-colonel Montaner, qui avait en charge la lutte contre le FLN à Paris. Cet incroyable hasard a la force d’une passation de pouvoir, du terrorisme algérien visant à créer une entité nationale (basée sur les principes islamiques) à celui, tout autre, de Daesh. Ce livre est notamment nécessaire pour bien comprendre les quelques différences entre les deux démarches terroristes qui, si elles aboutissent toutes les deux à du sang versé (certaines de leur cibles convergent), sont tout de même à différencier politiquement.

Une France quadrillée

Avec La France ciblée, Gregor Mathias, Docteur en Histoire ainsi que spécialiste des relations internationale et de la guerre d’Algérie, nous plonge au cœur d’une France quadrillée par des organisations criminelle bien organisées. Il faut savoir que, à l’époque, traverser une simple rue pouvait être source de danger mortel pour les ouvriers algériens, lesquels appartenaient de facto à l’une de ces entités sœurs mais ennemies. Les attentats se multiplient, la destruction de certaines façades de magasins sont autant d’avertissements : attention, ici a cours une frontière certes invisible mais mortelle. Les commissariats sont la cible de fusillades (64 policiers tués à travers la France), des hôtels putrides servent de planque au FLN. La France est prise à la gorge, au nez et à la barbe de ses habitants, plus occupés à profiter d’une époque paradoxalement prompte à la légèreté.

La France ciblée, c’est aussi l’occasion de se rendre compte des méthodes de contre-terrorisme qui furent mises en place pour contrecarrer les plans du FLN. On fait revenir quelques noms du SAS, et on créé un équivalent métropolitain. Surtout, on vise à maîtriser militairement la minorité hostile, tout en faisant appel aux harkis afin de s’informer sur les exactions à venir. C’est ici, pourtant, que le conflit va redoubler de violence, avec des camps qui se durcissent, et des actes de plus en plus meurtriers. Il faudra attendre 1962, et l’indépendance de l’Algérie, pour que la situation se calme peu à peu, mais laisse des traces malheureusement durables. C’est un peu sous le choc que l’on referme La France ciblée, un livre qui se lit vite mais qui marque durablement.

La France ciblée, un livre de Gregor Mathias. Aux éditions Vendémiaire, 198 pages, 19.50 euros. Sortie le 5 janvier 2017. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato