[Critique] Elles sont parties pour le Nord – Patrick Lecomte

image couverture elles sont parties pour le nordAu début du XXème siècle, Wilma, 12 ans, vit avec son père au cœur du Grand Nord Canadien. En tant que fille de trappeur, elle est souvent amenée à être seule et passe beaucoup de temps à observer la nature. Au retour d’une expédition, son père lui offre un livre intitulé Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson : il relate le voyage fantastique d’un jeune garçon en compagnie de grues blanches. Intriguée par les descriptions des ballets et des rituels de l’animal, Wilma va se promettre d’assister à un de leur passage puis de tout faire afin de les aider. Guidée par sa passion et son admiration pour cet animal en voie d’extinction, elle va traverser de nombreuses épreuves dans l’Amérique du Nord du XXème siècle.

Le portrait d’une femme déterminée

Wilma est d’emblée posée comme protagoniste principale d’Elles sont parties pour le Nord. Nous la voyons grandir, de ses 12 ans à l’âge adulte, assez peu physiquement mais surtout psychologiquement. Tous les jeunes enfants ont des rêves, beaucoup de passions mais elles durent rarement et ne sont pas toujours réalisables, que ce soit pour des raisons financières ou autres, ou bien plus simplement parce que le temps change les esprits. Notre jeune héroïne fera tout ce qui est en son pouvoir pour arriver à ses fins, quel qu’en soit le prix et les obstacles. Déterminée, elle est l’image de la femme battante dans un milieu le plus souvent hostile ou, au mieux, indifférent. Car, tout autant que la personnalité de la jeune femme, il faut aussi s’intéresser au contexte d’Elles sont parties pour le Nord : débutant en 1912 au Canada, il se poursuit dans le sud des États-Unis à une époque où peu de femmes accédaient à l’éducation, restant le plus souvent cantonnée à un rôle d’épouse. Wilma fait donc figure de pionnière que ce soit dans le choix de sa vie estudiantine puis professionnelle mais aussi personnelle. Devenue adulte, elle gardera de son enfance dans le Grand Nord une forme de naturel quasi sauvage lui permettant de ne pas se soumettre aux règles de retenue de la société.

Pourtant Patrick Lecomte ne met pas un accent particulier sur cet aspect. Seuls quelques mots appuient la difficulté et la surprise de l’ascension d’une femme. On note également une scène où Wilma, devenue une très belle femme, joue de ses charmes afin d’obtenir ce qu’elle souhaite ; cela tranche avec le côté « héroïne déterminée » dépeint auparavant. Elles sont parties pour le Nord ne donne pas dans le militantisme.

Des personnages satellites

Un autre thème parallèle à la défense de la nature est abordé mais très vite délaissé : les natifs, Indiens d’Amérique dépossédés de leurs terres au profit des colons qui se sont enrichis, notamment en détruisant la nature. Au travers du personnage de Joe, l’auteur d’Elles sont parties pour le Nord nous évoque cette partie souvent occultée de l’histoire Nord-Américaine. Patrick Lecomte fait un parallèle entre la fille d’un trappeur, ayant grandi en peine forêt et le dernier descendant d’une tribu indienne du sud du Texas. Bien que très différents, ils sont mus par la même passion, le même désir et se retrouvent autour de la nature, deux personnes en marge de la société qui, ensemble, se trouvent une place.

Il est impossible de parler d’Elles sont parties pour le Nord sans évoquer les grues blanches, animal gracieux et gracile, décrit ici avec minutie et tendresse par moments. On en vient à se demander si Patrick Lecomte n’est pas lui-même passionné comme son héroïne. Avec beaucoup de talents, il arrive à faire vivre les vols de ses oiseaux, leurs rituels, leurs mécanismes… Autant prévenir : la lecture de cet ouvrage vous donnera envie d’aller voir un envol de grues blanches ! Elles sont parties pour le Nord est une jolie histoire qui, bien que fictive, retrace les débuts de la défense des animaux et les mécanismes complexes d’une prise de conscience collective.

Elles sont parties pour le Nord, écrit par Patrick Lecomte. Aux éditions Préludes, 288 pages, 14.30€. Paru le 9 Mars 2016.

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