[Critique] Anna – Niccolo Ammaniti

image annaUn roman désespéré et maîtrisé

Les récits d’apocalypse et de fin de l’humanité sont nombreux et suivent bien souvent le même schéma : un événement biologique ou chimique a échappé aux hommes, causant des dégâts sur la Nature et sur tous les individus sans exception. Avec Anna, Niccolo Ammaniti propose un autre genre d’épidémie, que l’on ne s’explique pas, dévastant toute l’Europe en emportant sur son passage toute personne de plus de 14 ans. En Sicile, Anna doit tout faire pour éduquer et protéger Astor, son petit frère, tout en sachant que leur temps est compté…

Un futur proche

En 2020, toute l’Europe doit faire face à la Rouge, maladie violente et incurable qui prend la vie à tous ceux qui atteignent l’âge de 14 ans. Aucun espace n’est isolé et l’épidémie traverse les mers et les montagnes pour n’épargner personne. Anna a la difficile tâche de s’occuper d’Astor, son petit frère, et de faire en sorte qu’il soit prêt à affronter ce nouveau monde qui les entoure. Petit à petit, elle devra s’éloigner de leur domicile, rusant pour échapper aux hordes hostiles. Puis viendra le moment où elle devra non seulement lutter pour sa survie mais aussi pour récupérer son petit frère.

Une morale environnementaliste

L’épidémie qui ravage l’Europe d’Anna n’a pas de départ ni de limites hormis celle d’affecter les personnes de plus de 14 ans. On peut voir dans ce postulat la volonté d’une alarme écologique : l’humanité est en train de détruire la planète, la Nature se venge en déclenchant une maladie chez tous les humains qui ne se déclare que quand ils deviennent des pré-adultes. Comme pour mieux terrasser tout espoir. Les paysages sont plus ou moins détruits eux aussi ; l’action se situant en Sicile, on découvre beaucoup de lieux désertiques mais aussi les environs de la maison d’Anna et Astor, une ancienne ferme entourée de forêt et de ses animaux qui eux, n’ont pas été atteints. Dès les premières pages, Anna rencontre un chien avec lequel elle se bat mais au fur et à mesure, leur relation évoluera, montrant à quel point cette jeune fille conditionnée par la méfiance et la solitude garde son âme, ce qui n’est pas le cas de tous les personnages rencontrés.

L’oubli de l’enfance

Au cours de leurs aventures, Anna et Astor vont rencontrer différentes personnes qui représentent les différentes réactions humaines face à l’anarchie. Anna raconte l’histoire d’une enfant qui doit s’adapter à la mise en place d’un nouveau système parallèle à celui connu : il n’y a plus de gouvernement ou de représentants, plus d’économie ni de vie en communauté. Chacun vit pour soi, pour survivre, sauf Anna qui veut avant tout éduquer Astor. Si tous ceux rencontrés ont moins de 14 ans, ils sont devenus des mercenaires et ont oublié leur enfance, leur bonté naturelle et le partage ; la Rouge a fait oublier toutes notions de Bien dans l’Humanité. Il règne une ambiance désespérée incroyablement entêtante.

Et pourtant un attachement marqué

Anna est représentative de ce qui peut se faire de mieux dans cet environnement apocalyptique. Bien que souvent dure et violente envers son frère, elle fera tout pour l’aider et le sauver, se mettant de côté et jouant un rôle non seulement de grande sœur mais aussi de mère. Prête à bien des sacrifices, cette jeune fille procure tour à tour dégoût et sympathie, mais surtout admiration pour toutes ses actions fraternelles voire maternelles. Anna est un roman apocalyptique très maîtrisé, à la tonalité désespérée lancinante, et qui pose des questions au lecteur aussi bien sur l’environnement que sur sa façon d’être au monde. Un des passages obligés de cette rentrée littéraire…

Anna, un roman écrit par Niccolo Ammaniti. Aux éditions Grasset, 320 pages, 20 euros. Sortie le 14 septembre 2016

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