[Critique] L’homme à la tête de vis et autres histoires déjantées – Mike Mignola

Caractéristiques

  • Auteur : Mike Mignola, Dave Stewart
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Contrebande
  • Date de sortie en librairies : 10 octobre 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 104
  • Prix : 14,95€
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Un comics pour les fans jusqu’au-boutistes de Mike Mignola

Le syndrome de la série ultra-populaire frappe un peu au hasard. Il se définit par un succès si marqué qu’il emporte son auteur dans un ouragan créatif qui, paradoxalement, l’enferme dans un univers. C’est exactement ici que frappe l’affection : elle foudroie tant et si bien que l’artiste a bien du mal à se lancer dans d’autres projets, parfois plus personnels. La figure idéale, pour illustrer ce fait, est Akira Toriyama, le créateur d’un Dragon Ball qui aura (presque) réussi à faire oublier qu’il fut aussi celui de Docteur Slump. Mike Mignola, à qui l’on doit Hellboy, peut se joindre à lui. Du coup, c’est avec curiosité que l’on a découvert L’homme à la tête de vis et autres histoires déjantées, comics paru aux éditions Delcourt.

L’homme à la tête de vis et autres histoires déjantées réunit six histoires courtes, sans véritable fil rouge, mis à part un certain goût pour la dérision, voire l’auto-dérision. Plusieurs récits donc, menés par le très central L’homme à la tête de vis. Celui-ci narre les aventures très pulp du personnage-titre, dont le concept est déjà toute une aventure : une tronche d’acier qui peut choisir son corps comme bon lui semble, aux prises avec l’Empereur Zombie. L’ouvrage embarque, en fin de parcours, quelques mots éclairants de Mike Mignola, lequel nous confie qu’il s’agissait là d’une idée de jouet. Effectivement, on imagine fort bien un constructeur de figurine s’emparer de la chose. Ce ne sera pas le cas, mais l’auteur a tout de même voulu pousser le délire jusqu’à l’imager. Cela accouche d’une histoire un peu décousue, superficielle, mais tout de même intéressante de par la capacité de l’artiste à lui imprimer un humour très typé « cinéma d’exploitation ».

La tonalité se veut assez légère

Suivent d’autres histoires, parfois totalement inédites à l’occasion de cette édition. La qualité varie beaucoup : on passe du plutôt satisfaisant, comme Abu Gung et le haricot magique, relecture très personnelle du fameux conte anglais, au récit fainéant au possible, comme Le magicien et le serpent. Il faut être clair : L’homme à la tête de vis et autres histoires déjantées se veut surtout l’occasion d’une respiration, mais aussi un recueil pour les fans de Mike Mignola. Ceux-ci y trouveront sans aucun doute la substantifique moelle qui fait le charme de l’œuvre de cet auteur qui, sans aucun doute, en a pas mal sous le pied. On décèle parfois un peu d’humour, un chouïa de cynisme quand il s’agit de regarder en face ses propres travaux, et ses références, Lovecraft en tête.

L’homme à la tête de vis et autres histoires déjantées pourra, donc, venir compléter une collection complète des œuvres de Mike Mignola. Delcourt a reconstitué l’ensemble de la vision de l’auteur, en faisant suivre les récits de ses notes, très informatives, mais aussi le sketchbook, annoté et entièrement traduit en français. Des croquis qui, par ailleurs, nous rappellent que les dessins, tout au long de cet ouvrage, se situe dans la droite lignée de ce qui a fait l’impact visuel de Hellboy. Le gros travail sur les noirs fait toujours son effet, c’est incontestable. L’occasion, d’ailleurs de signaler le gros travail de Dave Stewart (Conan, The Umbrella Academy) aux couleurs. Voilà, donc, de quoi séduire les amateurs jusqu’au-boutistes.

5/10

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