[Critique] Back Street Girls – Jasmine Gyuh

Caractéristiques

  • Traducteur : Patrick Alfonsi
  • Auteur : Jasmine Gyuh
  • Editeur : Soleil Manga
  • Date de sortie en librairies : 24 mai 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 160
  • Prix : 7,99€
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Idols et yakuzas malmenés par un manga agréablement comique

Les idols, ces chanteuses dont la beauté et les chansons pops créés une émulsion très fanboyesque, et les yakuzas partagent un même paradoxe. On peut tout autant les idéaliser que les détruire, sans trop de notion de mesure. Si certains prendront un malin plaisir à choisir leur camp, nous optons pour une position plus équilibrée, faite de respect des traditions (aussi douteuses soient-elles, du moins du point de vue actuel), mais aussi d’une méfiance adéquate. Ce n’est pas spécialement l’avis de Jasmine Gyuh, auteure-mystère, qu’il est impossible de personnifier, même en recherchant des les profondeurs des Internets. En tout cas, son premier manga, Back Street Girls,qui paraît chez Soleil Manga (Gambling School Tome 1) dénonce plus ou moins à tout-va, mais avec un humour qui nous a plutôt séduit.

Pour les punir d’une faute, un chef yakuza décide de forcer trois de ses hommes à devenir un groupe d’idols. Kentarô, Ryô et Kazu vont alors devenir Chika, Maru et Airi, les Gokudolls ! Et même s’ils ressemblent dorénavant à des jeunes filles en fleurs, leurs âmes seront toujours celles de yakuzas, les hommes parmi les hommes, voués au gokudô ! Ou peut-être pas ? Faites du bruit pour les Gokudolls, le plus viril des groupes d’idols !

Voilà un pitch qui a le don d’attiser la curiosité, surtout si vous êtes du genre fans de lectures complètement folles. Back Street Girls Tome 1 tient ses promesses « whatthefuckesques« , et ce d’une manière bien énergique. À base de chapitres plutôt courts, systématiquement moins d’une vingtaine de pages, l’histoire se dévoile sans ne faire aucun chichi. La situation est posée sans pincettes : trois yakuzas (Kentarô Yamamoto, Ryô Tachibana et Kazuhiko Sugihara) ont manqué à leur devoir. Alors, ils se voient accorder le « choix » entre se faire découper et garnir le trafic d’organes, ou voyager illico-presto en Thaïlande pour se faire opérer. Leur choix est vite fait, et ils reviennent en parfaites idols… du moins physiquement. Tout cela en cinq pages, c’est dire si Jasmine Gyuh va vite, et nous embarque rapidement dans un univers drôle et critique.

Un manga finalement plus léger que critique

Dans Back Street Girls Tome 1, les yakuzas sont pathétiques, ou carrément fous furieux. De plus, nos trois poupées-chanteuses offrent la possibilité, pour la mangaka, de se moquer du comportement de ces mafieux, et plus précisément en pointe les limites sociales. C’est fondamentalement parfois maladroit, car l’auteure signifie, peut-être sans s’en rendre compte, que la solution serait de se voir accorder la féminité. Un peu simpliste comme raisonnement, et d’ailleurs ce dernier n’est finalement pas très mis en avant. Ce qui intéresse Jasmine Gyuh, et le lecteur, ce sont les gags, les personnages et leurs réactions. Tout cela prend une certaine ampleur, au fil des différents récits, qui se tiennent tous de par le concept, sans pour autant se suivre en terme de pure narration. Chacun des chapitre apporte son histoire dans le récit, et produit une petite avancée. Par exemple, on découvre le manager Mandarine Kinoshita, un homme qui ne connaît que le succès dans le milieu des idols, et qui se met en tête de faire des Gokudolls un groupe émérite. Le choc de la rencontre produit bien des moments amusants.

Back Street Girls Tome 1, c’est aussi l’occasion de rire de ces idols, pas vraiment femmes-objets (ne tombons pas dans les clichés de toutes sortes) mais véritables symboles d’une vision mercantile que l’on peut apprécier ou détester. Petite parenthèse, avant de critiquer cette société du spectacle, assurez-vous de ne pas avoir un maillot de Neymar dans la penderie. Bref, le manga rit de la condition des trois personnages, et c’est plutôt bien vu en terme d’humour. Certaines situations sont effectivement grotesques, du moins sous le prisme de la comédie. Le passage à l’émission de radio, l’ancien collègue yakuza qui porte son fanboyisme du groupe jusque sur ses endroits intimes, on s’esclaffe. Ce n’est jamais très fin, mais c’est assez fou pour faire son effet. Aussi, le dessin fait la part belle aux expressions. On apprécie tout particulièrement le regard vide, qui accompagne les personnages à certaines occasions. Back Street Girls Tome 1 se lit très vite, et s’avère une lecture légère, jamais désagréable, et plutôt engageante. Nous découvrirons la suite à l’occasion, c’est une certitude.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
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6/10

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