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[Critique] Gambling School T1 – Homura Kawamoto, Toru Naomura

Caractéristiques

  • Traducteur : Julie Gerriet
  • Auteur : Homura Kawamoto, Toru Naomura
  • Editeur : Soleil Manga
  • Collection : Gothique
  • Date de sortie en librairies : 28 juin 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 256 pages
  • Prix : 7,99€
  • Acheter : Cliquez ici

L’enfer du jeu a rarement été aussi captivant

Attention, manga à découvrir en approche ! Gambling School a tout pour devenir l’une des séries les plus en vues du moment, et si nous allons voir le pourquoi du comment par la suite, il faut d’abord un peu resituer le contexte. Vous l’aurez remarqué, les universités privées japonaises sont un terreau assez inépuisable pour les scénaristes, et pour cause : elles sont largement majoritaires au pays du Soleil Levant, sur plus ou moins sept cent établissements. Et les meilleures sont d’un tel niveau que la plupart des politiciens sortent tout droit de ces écoles. C’est sur cette base que s’installe le récit de Gambling School Tome 1, mais pas que : les jeux de hasard, donc d’argent, sont aussi de la partie. Là, on est encore dans un élément typiquement japonais… et interdit ! En effet, des lois protègent drastiquement les citoyens de ces activités à gains, ou à pertes, faisant par exemple du poker une activité prohibée (selon le chapitre 2 du Code Pénal, soyons précis). Même si cette position est plus ou moins stable, et contournée (coucou le Pachinko), gageons qu’on trouve là sujet à fantasmes, notamment pour les artistes.

Gambling School Tome 1 nous fait découvrir l’école Hyakkaô, établissement fondé voilà 122 ans. Son standing très, très élevé en fait un complexe scolaire prisé par les plus grandes fortunes du Japon, et les futurs hauts dirigeants du pays. Dans les murs de cet endroit, pas de place pour la reconnaissance via les qualités sportives, et même les notes ne sont pas spécialement importantes. Ce qui compte, c’est la maîtrise de ses nerfs, et le courage face à l’adversité. D’où l’influence des jeux de hasard, activité numéro une de Hyakkaô. L’histoire débute alors que Suzui a fait les frais d’une organisation pyramidale cruelle. Comme il a perdu un duel de poker, face à la détestable Saotome, il se retrouve surendetté. Alors qu’il se voit dorénavant qualifié officiellement de « Pochi » (un nom de chien, répandu au Japon), les cartes vont tout de même être redistribuées par le destin. En effet, une nouvelle élève vient de rejoindre l’établissement : Yumeko Jabami. Et dans le genre folle du jeu, elle se pose là…

Gambling School est un beau succès populaire au Japon, et voir la série débarquer en France est une bien bonne nouvelle. Ce tome initial donne assez d’éléments pour que l’on puisse comprendre un tel engouement, et parmi eux la mise en place de l’univers est sans doute celui qui se dégage le plus, lors de cette première lecture. En effet, très peu de chichi : on rentre de suite dans le vif du sujet, sans passer par une case pathos qui n’aurait eu aucun sens. Les personnages gagneront de l’épaisseur au fil du récit, ce qui donne l’impression d’une fluidité assez impressionnante. Les trois premières pages (en couleurs, soulignons) réussissent à peindre une situation tout de suite compréhensible : Suzui est en mauvaise posture, et les élèves qui l’entourent ne font qu’agrandir l’adversité qui se dessine. Rapide et efficace, voilà comment on pourrait qualifier le style du mangaka Homura Kawamoto, que nous découvrons à cette occasion.

Un univers qu’il nous tarde de découvrir encore plus en profondeur

L’auteur sait exactement comment garder l’attention du lecteur. Après une présentation factuelle du fonctionnement de l’école, avec son Conseille des élèves qui agit un peu comme une sorte de La française des jeux… mais en plus énervé. Gambling School Tome 1 se construit un peu à l’image d’un jeu vidéo : des élèves, des activités dangereuses qui peuvent ruiner les participants (et leur perdre jusque l’humanité), mais aussi des sortent de boss, que les personnages vont devoir affronter. Mais pas n’importe comment, car le récit prend grand soin de bien tout construire, et ce même si le rythme est élevé. La relation entre Suzui et Yumeko est au centre de tout. La nouvelle élève va être la locomotrice, celle qui, derrière ses traits mignons, cache une jeune femme aussi douée qu’accroc aux sensations que procurent le jeu. Sans trop vous en dévoiler sur l’intrigue, sachez que les joutes vont se succéder, et qu’elles vont vite s’éloigner du sempiternel poker.

Car, avec l’univers, le rythme et les personnages, la conception des jeux de hasard est une autre source de satisfaction. Du moins, c’est l’énergie qui se dégage de ces véritables joutes qui nous a carrément sidérée, même si la troisième, intitulée « La vie ou la mort« , nous a un peu perdu en route. Les règles sont intéressantes, mais c’est surtout ce qu’en font les différents protagonistes qui nous captivent. On pourra peut-être se demander si, sur plusieurs tomes, le concept de la joueuse ultra douée, au point de repérer les tricheries et de les retourner contre ses adversaires, tiendra le coup. Mais, sur cette introduction d’un univers que l’on soupçonne fourmillant, Gambling School Tome 1 fait plus que remplir ses objectifs. Ajoutons que Toru Naomura (Lost Paradise) est très bonne dans sa manière de changer de tonalité, via des expressions bien maîtrisées. Ses personnages passent du candide au carrément diabolique, apportant là aussi une dose d’énergie savoureuse. Enfin, sachez que Soleil Manga (The Legend Of Zelda Perfect Edition : Majora’s Mask / A Link To The Past) prend cette sortie au sérieux, avec une couverture qu’on prend plaisir à prendre en main, et un papier solide. Aller, on fonce sur la suite !

Retrouvez aussi notre critique de Gambling School T2.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
8/10

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