[Critique] Spooky & les Contes de Travers, tome 3 : Malices de princesse

Caractéristiques

  • Auteur : Carine M & Elian Black'mor
  • Editeur : Glénat
  • Collection : Glénat Jeunesse
  • Date de sortie en librairies : 11 octobre 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 66
  • Prix : 17,50€
  • Acheter : Cliquez ici

Alors que la sympathique série de Carine M et Elian Black’mor fête ses 1 an ces jours-ci, voici qu’un tome 3 débarque chez Glénat Jeunesse, juste à temps pour Halloween !

Spooky, princesse d’Halloween au pays des contes de fées

Si la lecture des deux albums précédents n’est pas nécessaire pour apprécier ce nouveau volet, une petite présentation de cette drôle d’héroïne et son univers s’impose : Spooky est une princesse née au Pays des Contes de Fées le 31 octobre, ce qui l’a rendue très différente des gentilles princesses que nous connaissons tous, puisqu’elle adore avoir peur, jeter des sorts et jouer toutes sortes de tours à ses amis comme ses ennemis – ce qui ne l’empêche pas d’adorer les licornes, comme toutes les petites filles. Exilée en pension à Londres chez ses oncles les Trois Petits Cochons, elle évolue dans un univers gothique et adore raconter et dessiner ses aventures dans son journal intime.

Des contes alliant fantaisie et une pincée de mauvais esprit

image planche 4 spooky et les contes de travers tome 3 malices de princesse carine m élian black'mor glénat jeunesse
© Glénat Jeunesse

Visuellement, Spooky ressemble à un croisement entre les poupées Monster High de Mattel (gothiques mais girly) et l’une des créatures aquatiques de la série animée des années 80, Les Snorkies, avec ses yeux immenses, sa peau rose et ses traits épurés.

Les nombreux petits personnages qui l’entourent et les décors représentés sont quant à eux un condensé d’imagerie burtonnienne pour enfants et de références propres aux contes de fées, le tout parsemé de clins d’œil à la pop culture, aux jeux vidéo et à l’obsession des jeunes pour les smartphones et le digital. Bref, Spooky et les Contes de Travers est conçu pour plaire aux enfants de 9 à 12 ans d’aujourd’hui, et plus particulièrement aux petites filles.

La particularité de ces albums, présentés comme les carnets intimes de cette princesse d’Halloween, est d’être mis en page comme une nouvelle écrite par un enfant de 9-10 ans dans un cahier ligné, avec marges et quelques mots ou expressions soulignés ou entourés en rouge et, bien sûr, de nombreux dessins. Le texte joue d’ailleurs avec ce côté enfantin, en insérant ça et là rimes fluides et quelques tournures un peu maladroites, naïves mais assez drôles dans l’idée. L’intrigue en elle-même semble sortir de l’imagination d’une petite fille ayant grandi dans les années 2010, qui se projetterait dans ce personnage de princesse farceuse et maline, en inventant au fil de l’eau tout un tas de rebondissements rocambolesques, qui partent un peu dans tous les sens, comme souvent lorsqu’on écrit ses premières histoires à cet âge-là.

Un album à hauteur d’enfant aux illustrations attachantes

image planche 3 spooky et les contes de travers tome 3 carine m élian black'mor glénat jeunesse
© Glénat Jeunesse

C’est d’ailleurs sur ce point précis que Spooky et ses Contes de Travers se révèle le plus original et intéressant. Carine M et Elian Black’mor (déjà auteurs de deux albums jeunesse en collaboration avec Pierre Dubois) semblent vraiment s’être mis dans la tête d’un enfant, et savent allier cet imaginaire particulier, tissé de références, d’humour gentiment noir et de naïveté, pour embarquer les jeunes lecteurs dans les aventures complètement folles de Spooky.

La manière dont les illustrations des deux graphistes sont intégrées à la mise en page est par ailleurs agréable, et a le mérite de varier au gré du récit. Les dessins en eux-mêmes, tout en surfant sur un style en vogue aujourd’hui, que l’on retrouve à la fois dans l’édition et le marketing des jouets, sont souvent attachants et assez drôles, surtout en ce qui concerne les nombreuses petites créatures que la princesse compte parmi ses amis.

En ce qui concerne le style narratif, le grand principe de Spooky est de renverser gentiment certains motifs des contes de fées, pour les rendre délicieusement absurdes : ainsi, le Petit Poucet – qui a l’apparence de Malcom McDowell dans Orange Mécanique, en guise de clin d’œil aux parents cinéphiles – n’utilise pas ses galets pour retrouver son chemin, mais pour se perdre en forêt et égarer les personnes s’y aventurant. Il y a ainsi quelques amusantes idées en la matière, et on constate assez rapidement que la fantaisie et le dynamisme de l’ensemble plaisent beaucoup aux enfants de la tranche d’âge concernée.

Rebondissements rocambolesques et smartphones magiques

image planche 1 spooky et les contes de travers tome 3 carine m élian black'mor glénat jeunesse
© Glénat Jeunesse

On notera simplement deux petits bémols : le premier est une certaine impression de fouillis au niveau de l’histoire, en partie voulue dans l’enchaînement improbable des rebondissements comme nous l’avons vu, mais qui a tendance à perdre un peu le lecteur par moments, de sorte que l’on a souvent l’impression que le récit est davantage un prétexte à de jolis jeux de mots et des images étonnantes ; ce qui ne posera pas forcément problème si l’enfant s’intéresse avant tout à l’univers visuel et la tonalité générale.

La deuxième réserve tient davantage d’une inquiétude d’adulte à voir les références aux smartphones et aux réseaux sociaux mis en avant de manière non négligeable dans ces Malices de princesse. Bien sûr, les enfants d’aujourd’hui sont des digital natives et sont de plus en plus nombreux à posséder un téléphone portable « en cas de soucis ». Mais voir Spooky s’enthousiasmer qu’elle est la plus chanceuse des princesses parce-qu’elle a reçu en cadeau un smartphone Big Bang pour son anniversaire pourra faire grincer des dents les parents qui essaient parfois de raisonner leur progéniture, tentée de réclamer à corps et à cris les gadgets dernier cri pour faire « comme tout le monde » a un âge où cela n’est pas forcément nécessaire. Cependant, le texte présente ces références avec un certain humour, comme une composante de l’univers des enfants, au même titre que les jeux vidéo, et leur présence n’est pas non plus écrasante.

Au final, Spooky & les Contes de Travers : Malices de princesse est un album attachant et plaisant dans sa manière de revisiter les contes de fées, qui semblent ici être passés à travers le filtre de L’Etrange Noël de M. Jack, tout en possédant une tonalité girly et kawaii, qui n’interdit pas une (gentille) touche de mauvais esprit. Une lecture idéale d’Halloween pour les princesses 3.0 de 9 à 12 ans.

Natacha Fleurot

Natacha Fleurot

Diplômée en Lettres Modernes, Natacha Fleurot rejoint la rédaction de Culturellement Vôtre fin 2015. Spécialisée dans les oeuvres jeunesse, young adult ainsi que la fantasy, elle réalise de nombreux articles dans les rubriques Livres et Cinéma. Passionnée de cuisine, elle teste aussi régulièrement des livres de cuisine et écrit dans la catégorie Food de la rubrique Lifestyle.
Natacha Fleurot
6/10

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