[Critique] La Guerre des Mondes & Le Massacre de l’Humanité – Wells, Baxter

Caractéristiques

  • Auteur : H. G. Wells, Stephen Baxter
  • Editeur : Bragelonne
  • Date de sortie en librairies : 18 octobre 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 665
  • Prix : 30€
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Un classique de la science fiction, et une suite partiellement réussie, dans un seul ouvrage édité par Bragelonne

Sorti en octobre, l’ouvrage que nous abordons aujourd’hui en contient deux : La Guerre des Mondes, suivi par Le Massacre de l’Humanité, le tout aux éditions Bragelonne. L’occasion ou jamais de découvrir un univers parmi les plus importants de la science fiction. La première œuvre, vous la connaissez certainement, et ce même si vous n’êtes pas habitués à la lecture. Il faut dire que le récit de H. G. Wells est devenu culte, et a atteint plusieurs fois le cinéma (dont une version controversée, mais très bonne, réalisée par Steven Spielberg). La seconde histoire, écrite par Stephen Baxter, est tout à fait récente, et se présente comme la suite officielle. Il existait, donc, une certaine pression sur ce bouquin, car l’intention se devait d’être suivie de résultats.

Rappelons le contexte dans lequel prend vie La Guerre des Mondes. Il faut savoir qu’à l’époque de l’écriture de ce roman, les scientifiques découvraient bien des choses sur la planète Mars. Les fameux canaux, que la croyance populaire imaginait habités par des extraterrestres, sont ainsi à l’origine de l’histoire de H. G. Wells. Celle-ci débute en 1894, alors que des phénomènes inquiétants se déclarent sur Terre. Bientôt, des météores foncent droit sur la planète bleue, et s’y écrasent. C’est le point de départ d’une invasion sans précédent, et pas du genre bienveillante. Les tripodes se soulèvent alors, et vont opérer un véritable massacre de masse, sanglant et implacable, en se dirigeant vers Londres…

La Guerre des Mondes reste ce récit passionnant qui, étonnamment, garde tout l’impact qu’il a pu avoir lors de sa première parution, en 1898. Bien entendu, plus personne ne sera pris de panique, comme lors de l’historique adaptation radiophonique d’Orson Welles, mais ce texte est accompagné d’une telle personnalité qu’on ne peut qu’en sortir abasourdi. Certains pourront pester contre le style, pas du tout moderne en effet. On vous parle d’un temps où les auteurs prenaient soin de penser leur récit, il est sûr que cela remuera les fans de E. L. James et autres Marc Levy. Les conséquences se font sur le lecteur, qui ne peut imaginer ce que chacune des pages lui réserve. Le fait que le point de vue soit celui d’un homme en fuite imprime un rythme soutenu. On a aussi droit à un sous-texte évident sur les méfaits de la colonisation, ce qui pourra donner à réfléchir quand aux exactions pratiquées, à l’époque. Sans pour autant penser que nous sommes éternellement coupables de ce que les gouvernements passés ont pu décider, entendons-nous bien.

Le Massacre de l’Humanité est trop moderne dans l’esprit, pour ne pas créer une certaine gêne

Le Massacre de l’Humanité se devait de donner à ce classique un récit à la hauteur. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait le cas, même si l’on se contente de ce que Stephen Baxter nous réserve. Treize ans après les événements du roman de H. G. Wells, les martiens décident de prendre leur revanche. C’était évidemment attendu, étant donné que le précédent livre se termine de manière assez ouverte pour que le lecteur ne soit pas interloqué par cette suite. Alors que le monde est encore marqué par les exactions extraterrestres, Walter Jenkins n’en peut plus : pour lui, cette première invasion n’était qu’une sorte de démonstration. Celui qui a rapporté (et peu-être exagéré, c’est une piste intéressante exploitée par cette suite) le récit original veut que les gens comprennent son point de vue, dès lors il rassemble son entourage, dont Julie Elphinstone, qui deviendra le personnage principal. Sans le recours à la bactérie, le futur de l’Humanité semble bien incertain, surtout que les craintes de Walter se vérifient : Mars revient, et sans aucune limite.

Le Massacre de l’Humanité fonctionne sur certains points, tandis qu’il se loupe sur d’autres. Débutons par les griefs : Stephen Baxter ne réussit pas à nous rendre son héroïne crédible. C’est bien beau de proposer une femme forte, encore faut-il qu’elle soit en accord avec son temps, et ce même si celui-ci n’est pas sur notre ligne temporelle. Alors certes, c’est frais, vivifiant que d’imaginer Julie prendre de sacrées décisions, risquer sa vie. Mais ce n’est pas en accord avec ce que le début de siècle a pu démontrer. Ensuite, la fin nous paraît peu pertinente, un peu facile dans la recherche d’une conclusion marquante. Tout ce qu’a su éviter H. G. Wells, donc. Si ces retenues sont assez fortes pour qu’on ne puisse pas penser que la réussite est totale, on trouve aussi que le récit n’est pas dénué d’intérêt. On apprécie les références au premier livre, même si celles et ceux qui apprécient le mystère des personnages, peu développés sciemment , seront fatalement déçus. Les conséquences géo-politiques de la première attaque martienne sont savoureuses, d’ailleurs l’univers en lui-même fonctionne bien. On pourra aussi s’amuser de quelques rencontres aussi imprévues que fameuses, d’auteurs bien réels. On vous en laisse la surprise. Au final, cette suite ne sera pas aussi mémorable qu’espéré, mais ne se lit pas sans plaisir.

Signalons, enfin, la qualité de l’écrin. Si vous aimez vous perdre chez votre libraire, vous savez à quel point Bragelonne (Faërie, Cthulhu : les créatures du Mythe) peut proposer des éditions qualitatives. C’est ici le cas, avec une couverture classieuse, d’un brillant qu’on peut qualifier d’élégant. Le tout est très stylisé, avec un vrai effet des années 1950. Notons aussi la tranche des pages, elle aussi éclatante. Enfin, on remarque que Laurent Queyssi a opéré un travail de rajeunissement de la traduction originale (signée Henry D. Davray), ce qui n’est jamais ressenti comme une trahison des premières éditions.

8/10

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