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[Critique] Conan le Cimmérien – Robert E. Howard

Caractéristiques

  • Auteur : Robert E. Howard
  • Editeur : Bragelonne
  • Date de sortie en librairies : 15 novembre 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 475
  • Prix : 16,90
  • Acheter : Cliquez ici

Merci le Cimmérien !

Même si vous n’êtes pas spécialement acoquinés à la fantasy, le nom de Conan ne vous est pas inconnu, c’est une certitude. Icônisé par le chef-d’œuvre signé John Milius, qui confiait le rôle au très sculptural Arnold Schwarzenegger en 1982, ce héros doit pourtant son existence à la littérature. Plus précisément, à celle d’un Robert E. Howard qui fut publié dans la fameuse revue pulp Weird Tales. Oui, comme un certain Lovecraft. Véritable force de la nature, le barbare n’est cependant pas bien compris par nos contemporains. Il suffit de discuter avec des non-initiés pour se frotter à des idées reçues : machisme, violence gratuite et exacerbée seraient le terreau de cet univers. C’est au moins en partie faux, et cette édition très classe de Bragelonne (La Mer Eclatée : l’intégrale) intervient afin de remettre les pendules à l’heure.

Outre l’écrin, avec sa couverture souple en simili-cuir, cette édition de Bragelonne est pensée pour (re)découvrir Conan le Cimmérien, dans un ordre idéal : celui de la publication. Car il ne faut pas oublier que cette série est composée de nouvelles, et non de romans. Tout commence par une nécessaire introduction, dans laquelle Patrice Louinet, spécialiste de l’écrivain (et auteur du Guide Howard), revient sur certains éléments immanquables : la naissance du mythe, mais aussi sa postérité pas toujours très bien perçue par les amateurs un peu hardcores. Le sujet du sens de l’état de barbare est aussi abordé, afin de mieux comprendre qu’on ne fait pas face à une simple montagne de muscle grimaçante, comme ce fut pourtant le cas dans le très moyennasse film de 2011. Ensuite, ce sont pas moins de vingt-cinq œuvres (des nouvelles et des appendices) qui nous sont proposées, donc une matière nécessaire afin de bien capter l’évolution du personnage, mais aussi de la vision de Robert E. Howard.

Conan le Cimmérien ne peut cacher sa saveur pulp, qu’on se le dise. Découvrir cet univers, c’est plonger dans un monde qui doit tout à ces revues pulp, qui datent de l’avant-guerre. Ainsi, le lecteur doit se préparer à deux choses. Tout d’abord, le liant est parfois difficile à capter. L’ordre a beau s’avérer le plus naturel possible, il ne faut pas oublier que ces nouvelles n’ont pas été prédéfinies. Ainsi, il est courant que certains passages provoquent une impression de redondance, notamment dans les descriptions : c’est dû au rythme des parutions, au fait qu’il fallait rappeler aux lecteurs certains éléments importants. Ce qui nous pousse à vous conseiller de picorer ces nouvelles, et non pas de les enchaîner, au risque de se confronter à un style qui pourrait vous sembler rébarbatif.

Le pulp dans toute sa splendeur

Le second constat porte sur la qualité un peu inégale des nouvelles. Conan le Cimmérien a cela de précieux qu’il est tout autant un recueil important pour la fantasy, qu’un véritable témoignage de ce qu’était la vie de ces écrivains, à l’époque du pulp. Tout comme Clark Ashton Smith, ou Lovecraft, certains travaux sont plus motivés par le besoin de survivre, que l’envie de développer l’imaginaire. Donc, certaines nouvelles font clairement œuvres de commandes, parfois en mélangeant les univers de manière un peu pataude. Même si, soyons clairs, certaines de ces histoires un peu bancales, comme Xuthal la Crépusculaire, sont accompagnées d’un sacré charme : celui de l’exploitation intelligente. On a une passion toute particulière pour La Reine de la Côte Noire, une nouvelle qui cultive un puissant sentiment amoureux, mais jamais gnangnan. C’est Conan, tout de même !

Globalement, Conan le Cimmérien accroche pour trois raisons. La première est incontestablement cet esprit sans limites. Non, cet univers n’est pas spécialement sympathique avec les femmes, encore que certaines ont droit à un traitement tout à fait surprenant. Il faut cependant accepter que le sexe féminin est parfois en situation de faiblesse, dans cet univers pour le moins rude, et se doit d’être aidé. On voit déjà les fourches s’aiguiser, les torches s’allumer, mais que les censeurs se calment : tout ceci a un sens. Conan n’est pas un bête barbare, il est le moyen, pour l’auteur, de régler quelques comptes avec une civilisation qu’il juge largement imparfaite, moins pure que l’état brut de l’Homme. Ensuite, le style de Robert E. Howard a plutôt bien vieilli, tout aidé qu’il est par l’excellente traduction assurée par Patrice Louinet et François Truchaud. Enfin, par Crom, comme ce souffle épique créé des images inoubliables, des sentiments puissants, par dizaines. Vous en sortirez marqués, c’est certain.

8/10

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