[Critique] Le chat qui a tout vu — Sam Gasson

Caractéristiques

  • Traducteur : Catherine Duras
  • Auteur : Sam Gasson
  • Editeur : Editions de l'Archipel
  • Date de sortie en librairies : 3 janvier 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 316
  • Prix : 21€
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Faites place au chat-détective !

On le sait, les chats ont le vent en poupe et cartonnent en librairie dans des romans mettant souvent en avant leur côté drôle et attachant — Le Bon, la Brute et le Toudou ou Un chat dans le coeur, que nous avions chroniqués il y a quelques mois, n’en sont que quelques exemples parmi d’autres. Cependant, parions que vous n’avez encore jamais eu l’occasion de tomber sur un chat-détective dans la littérature pour adultes; et non, la BD Black Sad ne compte pas ! Le chat qui a tout vu de Sam Gasson,  jeune professeur de lettres anglais dont il s’agit du premier roman, raconte en effet les aventures de Bruno, un petit garçon de 11 ans qui rêve de devenir détective comme son père, et de sa chatte rousse, l’adorable Mildred, qui aime les câlins, tuer les oiseaux et se promener dans les jardins des voisins.

Le jour où leur voisine Poppy, la mère de son ami Dean, est sauvagement assassinée, le petit garçon, désireux de prouver l’innocence du père de Dean, commence à enquêter aux côtés de son père. Pour cela, il compte sur ses méthodes de déduction hors pair, mais aussi sur Mildred, qui se promène depuis peu avec une caméra-collier autour du cou pour que son jeune maître sache ce qu’elle a fait durant ses promenades dans le voisinage. Sauf que le chat disparaît après le meurtre, et Bruno se convainc qu’elle a été témoin et a été enlevée. L’enquête qui s’en suivra sera riche en rebondissements en tous genres, détectives père et fils damant vite le pion à la police de Brighton…

Un polar à hauteur d’enfant… et de chat

Sur un prétexte narratif cocasse illustré par une couverture so cute, Sam Gasson parvient à tisser un roman à suspense divertissant et véritablement attachant, qui se lit en un rien de temps. Son secret ? Placer une bonne partie de l’intrigue à hauteur d’enfant, en adoptant le regard de Bruno, fasciné par le métier de détective et les méthodes de son papa, et qui, tout en se révélant un bon enquêteur, reste un petit garçon de 11 ans fantasmant cette profession pas comme les autres. De fait, dans certaines situations très adultes et complexes à aborder, ses raisonnements sont ceux d’un enfant, d’où des passages drôles et décalés.

Là où le roman se défend parfaitement comme un polar et non comme un roman humoristique (qu’il n’est pas vraiment, au final), c’est que ses dons d’observation sont réels et qu’il prend l’enquête sans doute plus à coeur que la police, pressée de boucler cette affaire où le mari violent semble le coupable idéal. Par ailleurs, nous voyons également les événements depuis le point de vue du père, Jim, détective privé s’apprêtant à prendre sa retraite, et qui travaille sur l’affaire parallèlement à l’enquête de la police. Cela vient apporter un certain sérieux et l’on oscille ainsi entre une vision réaliste, légèrement imprégnée d’une ambiance film noir, et celle bien plus fantaisiste de Bruno, qui est évidemment un grand amateur des films d’Humphrey Bogart and co.

Un véritable page-turner

Entre la tragédie frappant la vie du petit Dean et la dimension ludique que prend l’enquête avec Bruno, Le chat qui a tout vu repose sur un équilibre délicat que Sam Gasson parvient à maintenir tout du long avec une facilité surprenante. Son écriture est fluide, de même que le récit, et l’on demeure scotchés par la justesse de l’ensemble. Dur lorsqu’il le faut, le récit aborde le deuil et la violence de manière réalistes, même si la passion de Bruno pour les chats et le métier de détective permet de garder une certaine légèreté d’un bout à l’autre. Le point de vue de l’enfant est très bien retranscrit, avec une belle impression de spontanéité, et le suspense quant à l’identité du coupable très bien géré jusque dans les dernières pages.

Quant à Mildred, chat-détective malgré elle, l’auteur sait lui apporter une vraie personnalité. Les détails sur son attitude et sa relation avec Bruno sont d’ailleurs tellement étoffés que l’on suspecte fortement Sam Gasson d’être un véritable amoureux des petits félins. Si vous adorez les chats, les polars et avez conservé votre âme d’enfant, nous ne pouvons donc que vous conseiller Le chat qui a tout vu, qui saura vous tenir en haleine, mais aussi vous faire sourire et vous émouvoir. Un premier essai concluant.

7/10

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