[Critique] Les espionnes du Salève, tome 1 — Mark Zellweger

Caractéristiques

  • Titre complet : Les espionnes du Salève, tome 1 : L'envers du miroir
  • Auteur : Mark Zellweger
  • Editeur : Eaux Troubles Editions
  • Date de sortie en librairies : 16 février 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 314
  • Prix : 21€
  • Acheter : Cliquez ici

Lorsque l’on pense à la Suisse, des images de chocolat ou d’horloge nous viennent en tête. Lorsque l’on pense à la Suisse et à la Seconde Guerre Mondiale, on pense à la neutralité et à la Société des Nations, ancêtre de l’ONU qui n’a pas survécu à ce conflit. Avec Les Espionnes du Salève, Mark Zellweger met en lumière une partie bien méconnue et loin des clichés habituels du rôle de l’Helvétie : celle d’une nation bel et bien impliquée dans cette guerre majeure du XXème siècle.

Un pays en plein cœur de l’Histoire

Alors que le Troisième Reich a envahi la Pologne, la France est scindée en deux parties : l’une sous l’autorité nazie et l’autre, dite libre, sous le régime du Maréchal Pétain. Afin d’éviter les fuites vers l’étranger, les zones autour des frontières sont condamnées, en particulier celles en contact avec la Suisse. Le pays a décidé de rester neutre dans ce conflit et continue de vivre malgré les bouleversements environnants. Voilà ce qui est connu de tous. Ce qui l’est moins, c’est que chaque pays disposant d’un accès à la Société des Nations met en place un réseau d’espionnage afin de surveiller l’Allemagne et essayer d’anticiper ses prochaines attaques. Peu à peu, toutes les nationalités européennes touchées par le conflit se mettent en liaison pour collaborer. Mais il faut rester prudent, personne n’étant à l’abri de tomber sur une taupe, un contre-espion infiltré qui mettrait en danger des dizaines de personnes. Dans ce contexte, Hannah Leibowitz, réfugiée juive polonaise, monte avec une dizaine de jeunes de femmes un réseau d’espionnes afin de collecter des informations, mais aussi aider au passage des résistants en zone helvétique. Rien ne pouvait prédire leur rôle durant cette période mais une chose est sûre, tout le monde n’est pas resté inactif de l’autre côté des Alpes…

Un contexte détaillé

Partant du constat que la Suisse est toujours laissée de côté lorsque l’on parle de résistance durant la Seconde Guerre Mondiale, Mark Zellweger a décidé de placer ses nouveaux romans dans ce contexte d’espionnage. Afin de mieux appréhender la multitude de détails historiques qu’il place tout au long de son livre, l’auteur a la très bonne idée de proposer une préface du Dr Christian Rossé, historien spécialiste du sujet, ainsi qu’un prologue permettant de re-situer l’action et les événements. Bien que l’on croit tout savoir sur des événements aussi marquants que les conflits mondiaux, il y a encore énormément de choses à apprendre et ce roman en est la preuve. Il est incontestable que Mark Zellweger a accompli un travail titanesque afin de pouvoir offrir un roman certes fictif, mais intégrant le plus grand nombre de détails réalistes possibles. En cela, Les espionnes du Salève tiennent autant de la fiction que du livre d’histoire.

Des espionnes mais pas que…

Pourtant, on peut se sentir quelque peu floué par le titre : si l’auteur nous fait bien suivre le réseau de résistance des Louves mené par Hannah Leibowitz, elles sont loin d’être les uniques personnages et même beaucoup d’entre elles ne sont pas développées. Hormis Hannah, il y a Ruth et Sev, et c’est à peu près tout. En revanche, beaucoup de chapitres sont consacrés aux autres réseaux d’espions tous liés par le vice-consul anglais Victor Farrell. Zellweger y décrit les différents liens entre les agences de renseignements et l’ambiance pesante qui pouvait régner à cette époque. De temps en temps, on voit aussi apparaître des résistants français qui veulent aider à faire passer des personnes menacées par le régime nazi. Et c’est là l’une des faiblesses paradoxales du roman : à vouloir donner trop d’informations, on s’y perd et on perd de vue que ce roman est censé être centré sur les espionnes. Certaines histoires apparaissent du coup moins pertinentes — du moins à ce point du récit, puisque L’envers du miroir n’est que le premier tome de ce qui devrait être une longue série.

Cette introduction des Espionnes du Salève n’est pas exactement un polar, mais il ne s’agit pas non plus d’un livre d’histoire; on pourrait le décrire comme une sorte d’hybride. La thématique, bien qu’originale, peut ne peut pas convaincre tout à fait car Mark Zellweger prend un parti trop appuyé : celui de montrer que les Suisses ont aidé pendant la guerre. Cela est irréfutable et il est inutile de dire le contraire, néanmoins, au vu de ce parti pris, on peut être surpris que ce roman ne mette au final en scène que très peu de personnages suisses (la plupart sont réfugiés ou Anglais). La lecture aurait également été plus fluide si l’on ne sentait pas constamment une volonté de convaincre sur ce point, alors même que la véracité historique a parfaitement été introduite et argumentée en début d’ouvrage. Malgré ce petit bémol, Les Espionnes du Salève : L’envers du miroir est un roman plaisant, dont on attend la suite afin de voir comment les différentes trames narratives et personnages seront développés.

Note de la rédaction : Retrouvez bientôt notre interview de Mark Zellweger autour de la conception du livre et du contexte historique.

6/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *