[Critique] Frankenstein 1918 — Johan Héliot

Caractéristiques

  • Auteur : Johan Héliot
  • Editeur : L'Atalante
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 245
  • Prix : 16,90€
  • Acheter : Cliquez ici

Si 2018 était l’année du centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale, ce fut également celui du livre Frankenstein de Mary Shelley. Avec Frankenstein 1918, publié aux éditions L’Atalante, Johan Héliot mélange ces deux éléments dans une uchronie bien singulière…

La Guerre Terminale

Loin de s’achever en 1918, la Première Guerre Mondiale est devenue la Guerre Terminale. Celle-ci pris fin en 1930, lorsque la Prusse a fait abdiquer la majorité de l’Europe et que l’Angleterre est presque détruite par les bombardements et la radioactivité.

Bien des années plus tard, un historien tombe sur des documents attestant d’une sorte d’unité de combat créée sous le commandement de Winston Churchill. Si cela parait anodin et sans mystère aux premiers abords, les carnets de Churchill dévoilent que les combattants formant cette unité sont des non-nés, des créatures constituées de morceaux de jeunes soldats morts au front.

Le Royaume-Uni ayant en sa possession les journaux du Professeur Frankenstein, il est décidé de faire revivre ces hommes mais en les formatant pour la guerre. Bien déterminé à découvrir l’histoire complète de ces chairs à canon, l’historien va s’appuyer sur les carnets de Churchill ainsi que le journal de Victor, le premier de ces non-nés. Commence alors une recherche dans les méandres de la Guerre Terminale…

Un récit épistolaire

Bien que les chapitres ne soient pas composés de lettres, on retrouve la construction qui fait la spécificité de ce type de romans. Tour à tour, on découvre les carnets des trois principaux narrateurs : un jeune historien en recherche de vérité, Winston Churchill (qui n’a pas gouverné le Royaume-Uni, mais qui était en charge de ce projet secret) et Victor, nommé ainsi comme le Professeur Frankenstein, première créature à avoir été ressuscité.

Churchill et Victor sont dans la même temporalité, leurs récits s’entrecroisent, plongeant plus en profondeur et donnant différentes visions de cette énigmatique entreprise. Quant à l’historien il se situe plusieurs décennies plus tard, permettant à l’auteur de dessiner une Europe sous le joug de la Prusse.

Ce format de roman n’est en rien anodin : le Frankenstein de Mary Shelley fut lui-même écrit comme un journal intime, faisant de ce roman bien plus que de la science-fiction mais une mise en exergue du romantisme.

Une intrigue et un style inégaux

Telles une matriochka, une multitude d’intrigues composent ce roman : en 2018, une jeune femme publie les mémoires de son père qui, en 1958, a cherché à faire la lumière sur un projet mené en 1918 et tenu caché jusqu’alors. Si cela sert de fil rouge et permet de faire un parallèle avec l’Histoire, la vraie, on peut facilement se perdre dans ces différentes aventures.

De plus, l’accumulation de détails, bien que servant à situer le contexte, augmente cette sensation d’égarement que l’on peut parfois ressentir. Malgré sa faible longueur (200 pages), chaque chapitre étant très long, certains lecteurs pourront avoir des difficultés à le lire.

Un double hommage

Si les références à la Première Guerre Mondiale sont évidentes (à commencer par le titre), les amateurs du Prométhée Moderne apprécieront de retrouver toutes les allusions ou similitudes au roman de Mary Shelley. La Littérature et l’Histoire ne sont pas en reste : tout au long de l’intrigue se faufilent des personnalités telles qu’Ernest Hemingway, la famille Curie… Avec intelligence, Johan Héliot mélange fiction, réalité, Sciences et Histoire.

strong>En dépit du style parfois un peu lourd, Frankenstein 1918 est un roman très intéressant qui, de la même façon que la fable dont il est inspiré, nous parle de l’humain et de l’Humanité.

6/10

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