[Critique] Taipei, histoires au coin de la rue – Collectif

Caractéristiques

  • Auteur : Collectif, sous la direction de Gwennaël Gaffric
  • Editeur : L'asiathèque
  • Date de sortie en librairies : 3 mai 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 240
  • Prix : 19,50€
  • Acheter : Cliquez ici

Il est des noms qui font rêver, voyager rien qu’à les lire ou les entendre. Taipei, capitale de Taïwan, en fait partie tant cette ville est synonyme d’exotisme, de modernité et de traditions. L’Asiathèque (Le magicien sur la passerelle, L’art de la controverse) nous propose de découvrir cette ville si particulière à travers huit nouvelles aux thématiques variées ainsi que sept chroniques culinaires. Un choix audacieux pour faire découvrir cette cité cosmopolite, complexe, froide et parfois violente.

Une anthologie contemporaine

Le petit bassin de Jane Jian évoque les difficultés de s’adapter à Taipei pour une jeune femme de la campagne. La ville tentaculaire engouffre cette nouvelle arrivante : transports, chaleur, bruit, foule… L’étudiante se retrouve malgré elle solitaire. Jusqu’à ce qu’elle découvre le petit bassin au coin de sa rue, lieu de vie multiculturel, de rencontre, de sentiments…

La rue de Lungch’üan. Lin Yao-tech se met dans la peau d’un lycéen qui provoque un camarade en duel pour les beaux yeux d’une jeune fille. Alors qu’il se prépare à cet acte d’un autre temps, la vie paisible d’une rue commerçante de Taipei se transforme en quartier violent la nuit tombée.

Ça, cette pluie de chagrin (Walis Nokan) est dans un style bien plus triste même s’il est toujours question d’adaptation. Chen Pao-lo a quitté ses montagnes pour s’installer avec sa sœur à Taipei afin d’y suivre des études. Entre les brimades de ses camarades et le manque de son village natal, il ne sait plus à quoi se raccrocher et va découvrir malgré lui que sa grande sœur est elle aussi passée par cette phase difficile, ne s’accrochant que par amour pour sa famille.

Le mémorial de Tchang Kaï-chek écrit par Lo Yi-chin reste dans le registre de la quête d’identité et du rejet de l’autre. L’auteur y aborde le sort des immigrés venus du continent qui se sont installés à Taïwan face au Taïwanais de “souche” pour rappeler que même si on est né dans cette ville, on peut s’y perdre physiquement et moralement.

Dans Une histoire de toilettes, Wu Ming-yi sort du cadre des précédentes histoires et nous plonge dans une épopée plus fantastique. Moustique est un petit garçon qui vit dans un marché grouillant de monde et dont les habitants doivent partager les toilettes. Pour pouvoir se soulager, le garçon va devoir affronter ses peurs et ses démons, tandis qu’en parallèle son père devra lui aussi se confronter à son démon, le jeu d’échecs et les croyances divines.

La carte d’identité d’un inconnu, plus brève, est l’histoire d’une bavure policière. Chi Ta-wei soulève la question de l’homosexualité et le problème du sida.

Videoman (Chang Wan-k’ang) surprend par son côté occidental. Les protagonistes sont jeunes, pour la plupart étudiants, insatisfaits, critiques et complèment perdus dans leur vie.

Enfin dans Retour nocturne, Chou Tan-ying décrit une relation père-fille aussi triste que touchante. Lui est chauffeur de taxi à Taipei, elle est étudiante à Paris. Deux situations radicalement opposées pour des personnages pourtant liés par les valeurs qu’ils partagent et surtout, la solitude dans laquelle ils baignent.

Des thématiques différentes mais des nouvelles liées

Chacune des huit histoires est unique, les personnages n’ont pas spécialement de points communs, les lieux diffèrent à chaque fois… On est aussi bien entrainés sur un marché, dans des toilettes publiques, dans un taxi, dans des boui-boui servant des nouilles fumantes et odorantes. Et pourtant, on retrouve dans chacune d’elles des éléments similaires : la mixité des habitants (continentaux vs. Taïwanais, classes moyennes vs. pauvres), les problématiques sociétales (discrimination, pauvreté, sentiment de mal-être). En filigrane est aussi évoquée la question de la cohabitation entre modernisme et ancien, notamment par les descriptions architecturales. Taipei est une ville riche et complexe, ce qui la rend difficilement abordable. Derrière son exotisme apparent, elle reste une métropole en proie aux mêmes problèmes que les autres métropoles dans le monde. Ce qui la rend unique, ce que cet ouvrage veut (et réussit brillamment)à faire passer et découvrir, ce sont les coutumes, les croyances, les spécificités et bien évidemment, la gastronomie.

Des critiques culinaires entre chaque nouvelles

Ce qui surprend au début de la lecture devient vite aussi attendu que la prochaine histoire. Shu Kuo-chih est un gastronome très réputé à Taïwan. Autant dire que les descriptions donnent l’eau à la bouche, même si on est tout juste rassasiés ! Il ne faut cependant pas se méprendre : ces critiques n’ont pas uniquement pour but de présenter des plats que la plupart des lecteurs n’auront jamais la chance de déguster. A travers ces mets typiques, le lecteur voyage à travers des échoppes caractéristiques, visitant différents quartiers de la ville, de jour comme de nuit. On y apprend notamment que dans une ville où le sentiment de solitude est omniprésent, ces gargotes sont aussi là pour créer du lien social.

Agrémenté d’une préface très fournie sur le côté historique de la ville, Taipei histoires au coin de la rue rassemble des nouvelles qui sont non seulement plaisantes et passionnantes, mais qui sont également une invitation au voyage. Bien que mettant en scène des situations difficiles, une population qui n’arrive pas à se comprendre, une solitude omniprésente, la lecture de cet ouvrage nous laisse avec une seule envie  : prendre son billet d’avion pour aller découvrir cette ville à la fois sombre et lumineuse.

7/10

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