[Critique] Sherlock Holmes et les Ombres de Shadwell – J. Lovegrove

Caractéristiques

  • Titre complet : Les Dossiers Cthulhu : Sherlock Holmes et les Ombres de Shadwell
  • Auteur : James Lovegrove
  • Editeur : Bragelonne
  • Date de sortie en librairies : 14 février 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 358
  • Prix : 25€
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Un roman qui évite les pièges du crossover

Le crossover, voilà un exercice fantasmatique mais dangereux. Cette figure de style est très répandue dans la bande dessinée, d’ailleurs on se souvient de certains volumes, sortis chez Soleil, comme Mister Hyde Contre Frankenstein, ou Van Helsing Contre Jack l’Éventreur. Mais aujourd’hui, ce sont les éditions Bragelonne (Les Voies d’AnubisCalame T1) qui nous intéresse, et plus particulièrement un roman sorti pendant le mois du cuivre 2018 : Sherlock Holmes et les Ombres de Shadwell. L’occasion de découvrir le travail de James Lovegrove, dont la plupart des romans n’ont pas encore été traduits en français. Une double découverte, donc.

Automne 1880. Le Dr John Watson rentre d’Afghanistan. Blessé et prêt à tout pour oublier son passé, Watson voit sa vie changer lorsqu’il rencontre Sherlock Holmes. Le détective enquête sur une série de décès survenus dans le quartier londonien de Shadwell. Des victimes qui semblent mortes d’avoir été affamées pendant des semaines ont été retrouvées, alors qu’elles ont été vues en bonne santé à peine quelques jours plus tôt… Holmes établit un lien entre les morts et un sinistre baron de la drogue qui cherche à étendre son empire criminel. Cependant, Watson et lui sont bientôt obligés d’admettre que des forces sont à l’œuvre dont la puissance dépasse l’imagination. Des forces que l’on peut invoquer, à condition d’être assez audacieux ou assez fou…

Un auteur très appliqué pour réunir le meilleur des deux mondes

Sherlock Holmes et les Ombres de Shadwell appartient à une sorte de mini-série : les Dossiers de Cthulhu, avec deux autres romans qui, apparemment, nous mènent dans les ténèbres de l’université de Miskatonic. Les amoureux de Lovecraft auront forcément reconnu ce vocabulaire, qui signifie beaucoup sur ce que le récit nous réserve. Et autant être clair, vous allez effectivement être plongés dans un mélange de styles, entre le détective de Baker Street et ce que l’écrivain de Providence savait maitriser au mieux : l’indicible. Apprêtez-vous à faire face à une enquête qui demandera à Sherlock bien de la malice, mais aussi un véritable sens de la survie face au fantastique le plus menaçant. Car l’ambiance est la grande force de ce roman, qui parvient sans mal à jongler entre les deux visions du monde, avec un certain sens de l’équilibre. Bon, parfois on verse un peu trop du côté des Grands Anciens, mais on ne sent pas Holmes lésé, au final.

Sherlock Holmes et les Ombres de Shadwell ne fait donc pas les choses à moitié, et assume son concept jusqu’au bout. Le seul petit regret qu’on pourra signaler est consécutif à une certaine prudence, de la part de l’auteur. En effet, il prend le temps de bien replacer la mythologie lovecraftienne, et parfois avec un peu trop de zèle. Heureusement, James Lovegrove se dévoile très bon dans la manière de distiller les éléments, et sait exactement comment donner du relief à un événement important, depuis la rencontre entre Holmes et Watson, jusqu’au final particulièrement accrocheur. On apprécie aussi sa manière de se construire certaines ficelles, comme la pertinence du récit provoquée par une remise en cause des fameux écrits de Watson. Tout cela est saupoudré de passages qui font sacrément mouche, tant ils sont utilisés à bon escient. Par exemple, l’attirance du détective pour les opiacés va provoquer une rêverie typique de Lovecraft. Voilà ce qu’est cet ouvrage, parfaitement mis en valeur par une édition sublime, aux tranches couleur cuivre : une histoire qui parvient à réunir le meilleur des deux mondes.

8/10

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