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[Critique] Les Voies d’Anubis – Tim Powers

Caractéristiques

  • Auteur : Tim Powers
  • Editeur : Bragelonne
  • Date de sortie en librairies : 14 février 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 476
  • Prix : 25€
  • Acheter : Cliquez ici

Attention, chef-d’œuvre

Voilà une accroche qui a le don de poser un contexte. Mais avant de revenir sur les qualités stratosphériques des Voies d’Anubis, revenons un chouïa sur son auteur. Car Tim Powers n’est pas une signatures inconnue des amateurs de littérature d’aventure, voire même des amoureux de ce genre si particulier qu’est le Steampunk. Ami d’un certain Philip K. Dick, l’écrivain est surtout connu en l’honneur de sa manière de construire des histoires qui font intervenir des personnages historiques réels, dans des situations parfaitement pensées pour la littérature de l’imaginaire. Par exemple, des pirates comme Barbe Noire figurent dans Sur des mers plus ignorées, le roman qui a servi de référence aux scénaristes de Pirates des Caraïbes : La Fontaine de jouvence. D’ailleurs, Tim Powers est souvent à l’origine de quelque chose : le roman que l’on aborde aujourd’hui est à la racine du style Steampunk

Lorsque le professeur Brendan Doyle accepte de donner une conférence sur le poète anglais Coleridge, il est loin d’imaginer qu’il ne va pas tarder à le rencontrer en personne… en 1810 ! Car après avoir accepté l’offre d’un millionnaire ayant percé les mystères du voyage dans le temps, le voilà plongé dans une aventure rocambolesque, traversant un Londres peuplé de bohémiens, de mendiants douteux et de sorciers terrifiants, tel ce clown macabre qui règne sur le monde souterrain. Et pour couronner le tout, Doyle ne peut revenir à son époque, à moins de déjouer les plans malfaisants de mages égyptiens qui veulent ramener leurs anciens dieux à la vie. Mais osera-t-il prendre le risque de changer le cours de l’Histoire ?

Il est utile d’appuyer sur un point précis : Les Voies d’Anubis n’est pas un pur roman Steampunk. L’esprit se dirige plutôt vers le récit d’aventure, mais si novateur dans son traitement qu’une génération d’auteurs s’est appuyée dessus pour en développer certains codes. Le livre que vous vous apprêtez à découvrir est un délicieux mélange de fantastique, voire même parfois d’horreur, de science-fiction, le tout mené à un rythme qui maitrise son impact. Autant vous le signifier tout de go : on n’a pas spécialement l’envie de trop rentrer dans les détails d’une intrigue qui réussit l’exploit de conjuguer la limpidité du style et l’opulence de l’intrigue. Cela aurait l’effet pervers de dévoiler des éléments importants, tant ils sont nombreux. Ne pensez pas faire face à un page turner qui recherche avant tout une rythmique, l’œuvre est beaucoup plus subtile que cela.

Un rythme exemplaire

Les Voies d’Anubis est l’un des romans qui a le mieux compris l’intérêt littéraire d’un thème parfois pris par-dessus la jambe : le voyage dans le temps. Tim Powers ne se contente pas de placer un personnage dans une machine, puis de le confronter à une époque qui n’est pas la sienne. Non, c’est bien plus subtil que ça. L’auteur prépare le terrain, prend soin de nous emmener ce qu’on attend tous avec une certaine crainte tant ils sont, dans d’autres romans, parfois un peu décevants : les paradoxes spatiaux-temporels. Ils se tiennent avec une efficacité redoutable, et créent bien des situations troublantes, alambiquées mais assez claires pour ne jamais tomber dans un trop-plein contre-productif.

Ajoutons à cela une grande subtilité dans l’écriture des personnages. Les Voies d’Anubis est l’occasion de croiser deux poètes : Lord Byron et Samuel Taylor Coleridge. C’est ici qu’on vérifie cette propension à utiliser des caractères bien cadrés, réalistes, au profit d’un récit fantastique. On ne ressent jamais une intention autre que littéraire, il n’est pas question d’une simple exploitation juste pour le prestige. Cela donne du relief à l’ouvrage, ajoute une certaine puissance aux péripéties, mais aussi au personnage principal. Lequel connaît une véritable évolution, fine et sans aucune ficelle grossière. Le style de Tim Powers, lui, pourra paraître exigeant, dans les première pages. Mais on comprend très vite le but d’une telle épure : donner la priorité aux images créées, plutôt que se planquer derrière des artifices agréables mais finalement futiles. Le tout étant enrobé d’un véritable plaisir d’esthète : l’édition, signée Bragelonne (Principes Mortels) , forme un écrin à la hauteur de l’oeuvre qu’il contient, aussi bien grâce à la magnifique couverture (Didier Graffet à l’illustration, Fabrice Borio à la création) qu’aux tranches colorées.

9/10

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