[Critique] La Forme de l’Eau – Daniel Kraus

Caractéristiques

  • Auteur : Daniel Kraus, Guillermo Del Toro
  • Editeur : Bragelonne
  • Date de sortie en librairies : 7 mars 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 384
  • Prix : 25€
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Si vous avez aimé le film…

Quelques mois après son triomphe au cinéma, il était temps pour Culturellement Vôtre de découvrir La Forme de l’Eau… en roman. Paru chez Bragelonne, dans une superbe édition dont la couverture vous charmera, l’ouvrage avait de quoi nous titiller. Car, avouons-le ici, le film de Guillermo Del Toro n’a pas convaincu l’ensemble de la rédaction, et ce même si la critique était très positive. Ces quelques regrets, notamment l’imbuvable manichéisme qui habite l’ensemble de l’œuvre, histoire de faire passer un message bien mieux exprimé dans La Belle et la Bête, ont pu avoir raison de notre patience. Vous l’aurez compris, votre humble serviteur s’est attelé à la lecture avec une certaine méfiance. Et ce sentiment a vite laissé place à encore pire.

La Forme de l’Eau prend place en 1963, et Elisa Esposito survit tant bien que mal. Née muette, abandonnée par sa famille, elle travaille de nuit comme femme de ménage au Centre Occam de recherche aérospatiale. Un soir, elle surprend quelque chose qu’elle n’était pas censée voir : un homme amphibie prisonnier d’une cuve, qui doit être étudié par les scientifiques pour faire avancer la course à l’espace de la Guerre Froide. La créature est terrifiante, mais aussi magnifique, et elle fascine Elisa. Utilisant la langue des signes, celle-ci établit une communication. Bientôt, la créature devient sa seule raison de vivre.

Si vous l’avez détesté au cinéma, rien ne changera

La Forme de l’Eau version livre a au moins une qualité : celle de mieux travailler la malsaine relation entre la muette Elisa, et l’ersatz de créature du marais. L’introduction est un bon moment à vivre, moins abrupte qu’au cinéma, et ce n’est pas une mauvaise chose. Aussi, on a plutôt apprécié le style, loin d’être inoubliable, mais dont la principale qualité est de ne pas se faire plus sophistiqué que ce que le récit demandait. C’est déjà pas si mal, de la part d’un roman écrit à quatre mains, par Guillermo Del Toro et Daniel Kraus. Le chapitrage est motivé par les différents points de vue, dont celui du monstre qui, espérons, travaillera la ponctuation par la suite. On est mauvaise langue : l’effet fonctionne plutôt bien. Aussi, il est agréablement notable que quelques dessins garnissent ces quelques 376 pages. Enfin, on note quelques dialogues plus longs, mais pas gonflants, et un rythme qui ose certaines brisures non dénuées d’intérêt.

Seulement, La Forme de l’Eau, dans sa version bouquin, conserve les grosses anicroches du film, côté récit. Il est toujours aussi difficile d’accrocher à cette histoire d’amour, qui confine à la zoophilie. Alors certes, les fans absolus de cette œuvre, qu’ils pensent inattaquable, répondront qu’il s’agit de symbolisme, qu’on n’a pas l’esprit assez ouvert, etc. Certes, mais on se sent aussi mal que devant Urotsukidoji, qui présente aussi des rapports (très, trop) amoureux inter-espèces, et l’on assume. Pardon, c’est terrible. La maladresse se fait aussi fondamentale, tant il nous paraît très maladroit que de comparer l’Autre à un monstre. Enfin, il y a cet antagoniste, tellement manichéen qu’on a du mal à y croire, à le prendre au sérieux. Sachez, d’ailleurs, que ses actes sont encore plus maléfiques dans cet ouvrage, terminant d’en faire l’un des personnages les plus grossièrement écrits lus (et vus) depuis un moment. Voilà un roman qui s’adresse uniquement à celles et ceux qui ont aimé le film, aux lecteurs qui l’ont loupé au cinéma, et aux collectionneurs de beaux écrins.

5/10

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