article coup de coeur

[Critique] The Heart of Dead Cells – Benoît Exserv Reinier

Caractéristiques

  • Titre complet : The Heart of Dead Cells : a Visual Making-of
  • Auteur : Benoît Exserv Reinier
  • Editeur : Third Editions
  • Collection : The Heart of
  • Date de sortie en librairies : 10 janvier 2019
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 192
  • Prix : 29,90€
  • Acheter : Cliquez ici

Nouvelle collection, et nouvel immanquable

image extrait the heart of dead cells
Premier de cordée, The Heart of Dead Cells nous en met plein la vue.

Vous adorez les jeux vidéo, au point de vouloir creuser cette passion en fouillant dans les alcôves des développements ? Alors nul doute que vous connaissez, tout comme nous, la très précieuse maison Third Editions. Nous avons débuté, récemment, une découverte de leur catalogue, avec des ouvrages très impressionnants, comme La Saga Fallout ou Baldur’s Gate : L’héritage du jeu de rôle. Des bouquins mémorables, qui ont peut-être un peu interloqués le grand public par l’absence d’images. Si le choix éditorial est, en fait, tout à fait compréhensible (faire la part belle à l’étude), Third est conscient de cette spécificité. Est-ce pour cela qu’aujourd’hui, l’éditeur se lance dans une nouvelle collection, The Heart of ? Rien ne nous l’assure, pourtant le beau livre que l’on aborde aujourd’hui, consacré au très remarqué Dead Cells, résonne comme une véritable libération.

The Heart of Dead Cells est, donc, le pionnier de cette nouvelle collection. Avant de revenir sur la qualité exceptionnelle du résultat (oui, on vous livre de suite notre avis), il faut un peu mieux définir les codes qui régissent The Heart of. Ils sont simples : réserver autant de place aux illustrations qu’à ce que Third Editions appelle le making of. Pour faire encore plus simple, imaginez un ouvrage qui puisse tout autant faire office d’artbook que d’enquête sur le sujet visé. Loin, donc, du « simple » (mais parfois puissant, rappelez-vous de NieR Automata : World Guide, ou de Bloodborn : Artbook officiel) étalage de croquis et autres renders, le but est de gâter les pupilles, mais aussi l’esprit.

Le lecteur est entre de bonnes mains

Et pour cela, on peut compter sur l’un de nos très rares streamers préférés : Benoît Reinier, alias Exserv. Si vous appréciez Demon’s Soul, alors vous avez sans aucun doute découvert ses guides, sur Youtube. Si ce n’est pas le cas, on vous conseille de terminer la lecture de notre article, puis d’aller réparer cette erreur : vous nous en direz des nouvelles. Et, surtout, ce sera l’occasion de s’apercevoir de son talent pour la pédagogie. Si l’on ne parle pas de vulgarisateur, puisqu’il ne rechigne pas à aborder en profondeur des sous-thèmes parfois assez techniques, force est de constater que l’on sort de ces vidéos en meilleure maitrise du sujet. Ce don, l’auteur l’aura mis au service de Gamekult, l’un (le, pour nous) des sites de référence dans le domaine vidéoludique, avant de reprendre son chemin en solo, notamment avec The Heart of Dead Cells (mais aussi avec un ouvrage consacré à The Witcher, que l’on abordera prochainement).

Une nouvelle collection, un auteur gage de qualité, The Heart of Dead Cells se présentait sous des auspices favorables. Encore fallait-il que le contenu soit à la hauteur, élémentaire mon cher Watson. La forme prend, effectivement, celle d’un véritable documentaire. Avec ses six chapitres, l’ouvrage s’organise autour d’une plongée dans les profondeurs du jeu, depuis bien avant sa création, jusqu’à son après-sortie. En visant aussi large, Benoît Reinier vise une thématique, de laquelle un fil d’Ariane découle. Derrière Dead Cells, grosse sortie du jeu vidéo indépendant en 2018, c’est un studio, Motion Twin, qui tient la barre et, à travers lui, une vision du monde. Celle-ci prend le contre-pied de ce qu’on peut observer dans l’industrie vidéoludique : l’équité, puisqu’il s’agit d’une société coopérative, une SCOP. Si l’on n’est pas dupe (ce fonctionnement semble difficilement projetable dans un projet financièrement ambitieux, « AAA »), on note avec intérêt quelques spécificités, comme le fait que chaque employé touche le même salaire. Cette philosophie est au cœur du succès de ce soft peut-être encore plus que l’univers qui s’y étale, ou que les forces du gameplay, car toutes les décisions prises par le studio s’y rapportent.

Pour un public large, mais sans trop simplifier le propos

image third editions the heart of dead cells
50% artbook. 50% making-of. 100% incontournable.

Petit à petit, on remonte le fil d’Ariane, et l’on croise ce qui a installé Motion Twin en tant que l’un des acteurs majeurs du jeu vidéo sur navigateur. Benoît Reinier provoque même un brin de nostalgie, du moins chez votre humble serviteur, en rappelant que le studio bordelais est le créateur du portail Fruitparc, sur lequel on avait passé pas mal de temps, voilà plus de dix ans. On se fait vieux, c’est affreux. Bref, cette épopée a joué un rôle dans la création de Dead Cells, plus par sa conclusion qu’autre chose. Avec la croissance du jeu mobile, puis la chute de Flash, Motion Twin s’est retrouvé face au besoin de se réinventer. L’ouvrage aborde cet aspect avec soins : les faits démontrent que tous les chemins menaient à la naissance de ce jeu, et ce même si le projet s’est radicalement modifié en cours de route. Sachez, par exemple, qu’il s’agissait tout d’abord d’une suite à Hordes, et que les artistes se dirigeaient plus vers un Tower defense. Wow.

The Heart of Dead Cells dévoile aussi quelques ficelles, notamment dans la création de l’univers, les astuces techniques qui accouchent du charme déployé à l’écran. On apprécie grandement tout le passage sur la gestion des lumières, l’une des grandes réussites visuelles du jeu. Pourquoi ? Car l’auteur ne prend pas de pincettes, rentre dans le sujet et cherche à hisser le lecteur vers le haut. Les termes un peu obscurs sont toujours expliqués avec justesse : il n’est nullement question de perdre qui que ce soit en cours de route. Une volonté qui se prolonge dans le chapitre Décryptage, surtout consacré au gameplay. Le carré magique, ce n’est pas que chez la bande à Platini, c’est aussi dans Dead Cells, et il est au moins aussi efficace : Kill, die, learn, repeat. Le pourquoi de ces termes est développé, ainsi qu’un cinquième, plutôt pertinent, qu’on vous laisse découvrir.

Une édition carrément luxueuse

Enfin, The Heart of Dead Cells c’est aussi 50% d’artbook. Et vous vous en rendrez compte assez vite : les illustrations sont si chouchoutées par l’idéale maquette de Third Editions qu’on a même l’impression qu’elles occupent encore plus de place. Ce qui s’en dégage, c’est un confort de lecture continu, bien soutenu par les évidentes qualités artistiques qui se déploient au sein de ces 192 pages de haute volée. On a droit à des croquis préparatoires, à une poignée de photos (notamment celle du compositeur Yoann « Valmont » Laulan, et de son chat), et même des screenshots. Et bon sang, cela ne fait que renforcer le charme de cet univers, de ce pixel art loin de s’avérer un recours à la facilité, comme l’a découvert l’auteur. Enfin, notons quelques rares interventions de Motion Twin, afin de commenter quelques œuvres.

Alors que notre constat est sans appel, on se doit tout de même de noter quelques très légers regrets. Rien n’est parfait, en ce bas monde, même si The Heart of Dead Cells est du genre à tenter de contrer cet adage. En tout cas, on aurait vu d’un bon œil la présence de légendes, pour les illustrations. Surtout pour les nouveaux-venus, ceux qui pourraient même feuilleter ce très recommandable ouvrage sans même avoir parcouru le jeu. Aussi, une interview, croisée ou pas, n’aurait pas dépareillé, et ce même si l’auteur a pu récolter une certaine dose de témoignage, en se rendant dans les locaux de Motion Twin l’espace d’une folle journée. Rien de bien grave, donc : on termine la lecture avec la certitude de mieux connaître le sujet. Et non sans avoir éprouvé le plaisir du lecteur s’emparant d’un bel objet. Third Editions met le paquet : la couverture (signée Gwenaël Massé, qui a bossé sur le soft) est un régal d’appel à la lecture, le papier et l’encrage sentent bon la solidité, et le signet termine de nous installer dans une position plus que confortable : luxueuse. Quelle beau succès !

8/10

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