[Critique] Un homme parfait – Jo Jakeman

Caractéristiques

  • Auteur : Jo Jakeman
  • Editeur : Marabout
  • Collection : Black Lab
  • Date de sortie en librairies : 30 janvier 2019
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 272
  • Prix : 19,90€
  • Acheter : Cliquez ici

Les thrillers psychologiques sur fond de violences conjugales sont de plus en plus nombreux ces dernières années (La fille d’avant de JP Delaney ou encore Derrière les portes de B.A Paris en sont l’exemple). Jo Jakeman s’est lancée dans ce style avec son premier roman Un homme parfait.

Trois veuves et un enterrement

Tout débute par l’enterrement de Philip Rochester, policier apprécié par ses pairs qui laisse derrière lui 3 femmes plus ou moins éplorées. Ruby, sa première épouse, qui ne s’est jamais vraiment remise de leur séparation et dont il est resté très proche ; Imogen, avec qui le divorce n’était pas finalisé et la seule dont il ait eu un enfant et Naomi, la dernière petite amie en date, jeune et jolie, à qui il avait promis le mariage. Dans cette église pleine de gens de tous horizons, Imogen ne veut pas s’attarder et elle a ses raisons : les derniers jours de la vie de Philip ont été un enfer pour elle.

Les choses ont commencé a dégénérer 22 jours plus tôt, jusqu’au point culminant : son futur ex-époux débarque chez elle sans s’être annoncé, lui donnant deux semaines pour quitter leur maison sous peine de demander la garde d’Alistair, leur fils. Une énième dispute éclate et Philip tombe accidentellement dans la cave, inconscient. Imogen a alors une réaction instinctive de survie : elle le menotte et l’enferme.

Consciente qu’elle se met dans l’illégalité et qu’elle déclenche la colère de Philip, elle ne sait plus quoi faire, surtout que Naomi arrive, à la recherche de son petit-ami. Les deux femmes vont alors se rendre compte qu’elles ont plus d’intérêts en commun qu’elles ne pouvaient l’imaginer…

Des personnages éculés mais efficaces

Le qualificatif d’homme parfait est bien sûr ici ironique mais correspond surtout aux apparences : Philip est un policier, donc un homme au service des autres et de la justice, il est reconnu comme un homme bon et aimant envers ses épouses mais étonnamment jamais perçu ni décrit comme volage comme si cela n’entachait en rien sa réputation. De son enfance on apprend que sa mère l’a couvée en lui répétant perpétuellement qu’il était le plus beau et le plus fort. Derrière les murs de sa maison, son visage change du tout au tout : il est manipulateur, violent, pervers narcissique.

Chacune des femmes qu’il a choisie a un point faible : leur manque d’entourage, ce qui lui permet de les isoler encore plus et d’avoir une emprise totale sur elles. Ruby, plus âgée que lui, n’a plus ses parents et n’a jamais eu d’enfants, Imogen a souffert toute sa vie du suicide de son père lorsqu’elle était enfant et Naomi a grandi entre maisons d’accueil et foyers. Tous ces personnages ont un aspect psychologique très simple relevant presque du cliché, mais dans le cadre de ce roman, cela fonctionne bien.

Une narration mono-centrée

C’est Imogen qui parle, donne son point de vue tout au long du roman. Seuls quelques chapitres font exception dans lesquels Ruby, Naomi et même Philip ont droit à la parole, pour revenir sur des éléments passés. Cela ne nuit en rien au roman puisque dès le début, on ne peut pas avoir d’empathie pour un homme aussi agressif et détestable que Philip.

Néanmoins, Imogen est placée en personnage principal, c’est donc à elle que l’on devrait le plus s’identifier. Ce n’est pas le cas en raison d’un caractère très neutre. Malgré le fait qu’elle répète souvent se battre pour son fils, l’écriture n’arrive pas à nous le faire ressentir. En réalité, ce choix s’est fait de façon logique car sur les trois femmes, c’est elle qui a le plus à perdre, donc qui a le plus de matière. C’est également elle qui s’est le plus détachée de Philip, et qui est ainsi la moins encline à tomber dans ses pièges.

Du suspense mais aussi du convenu

Si Jo Jakeman arrive à nous tenir en haleine par une multitude de rebondissements, les réactions (et actions) des personnages sont assez convenues. Une fois les secrets de chacun dévoilés, il n’y a pas de grand twist ni de grosses surprises. La fin correspond plus à une leçon sur le karma qu’à une fin de thriller, et l’épilogue ne sert pas à grand-chose, à part à essayer de clôturer maladroitement l’histoire. Peut-être la preuve que Jo Jakeman elle-même savait qu’il manque un petit quelque chose à cette conclusion, et que les lecteurs risquent de rester sur leur faim.

Un homme parfait est un bon premier roman, qui n’est pas forcément à la hauteur des autres livres parus sur le même schéma, mais se lit néanmoins facilement et rapidement.

5/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *