[Édito] Final Fantasy : un événement important sur Nintendo Switch

Des jeux d’une importance majeure pour la culture vidéoludique

Super Mario, Sonic, et Final Fantasy. Voilà certainement la trinité absolue du jeu vidéo, celle qui dépasse les phénomènes générationnels pour toucher tous types de joueurs. Tout le monde en connaît les personnages, les différentes itérations, les passages les plus cultes. Et ce n’était pas gagné pour la troisième licence citée, elle qui représente à la fois un genre qui fut longtemps méconnu en Occident, mais aussi tout un pan d’une culture nippone devenue, depuis, très populaire en France. Apparue en Europe à l’occasion d’un septième épisode rapidement devenu culte, la série de RPG japonais signée Square Enix (Dragon Quest 11, NieR Automata) a droit à un gros focus de la part de l’éditeur. Et pas du genre anodin…

Final Fantasy 7 sur une console Nintendo. Voilà qui a produit un sacré effet chez les joueurs pas nés de la dernière pluie. Ceux-ci, comme votre humble serviteur, se souviennent certainement de cette année 1997. Un temps passé où les Internets n’avaient pas encore marché sur les plate-bandes des magazines papier. Du coup, on fonçait acheter des dizaines de numéros par ans et, en cette année précédemment citée, la grande attente c’était celui qu’on surnommait tous, dans la cour de récrée, « FF 7 ». Pourtant, je peux vous dire que le jeu était entouré d’une aura particulière, car cette sortie fut marquée par la décision de Square (à l’époque pas encore fusionné avec Enix) de tourner le dos à Nintendo. Pas pour Sega, le grand rival dans les discussions avec les camarades de classe, mais afin de rejoindre la PlayStation.

D’ailleurs, soyons clairs : on est beaucoup à avoir bifurqué chez PlayStation lors de cette annonce tonitruante : le premier Final Fantasy en France ne sortirait pas chez Nintendo. Le RPG japonais n’était certes pas très populaire en France, mais nous avions tous goûté à Secret of Mana, voire au peu séduisant Secret of Evermore (quand on avait faim…), et le principe d’évolution d’un personnage par le combat a conquis les gamers de l’époque. On attendait, donc, de pouvoir enfin expérimenter un système de combat au tour par tour, nous autres pauvres gamers sans le sou qui ne pouvaient aller dépenser des sommes folles à République, pour récupérer certains bijoux du genre en import. Une grosse attente, il faut insister, et des souvenirs plein la tête. Ces trois CD, cette ouverture sombre au possible, le destin d’Aerith, les rumeurs abracadabrantesques au sujet de son retour lancées par les potes du collège, des heures incalculables afin de se préparer au dernier combat contre Sephiroth, et encore plus pour tenter de battre les cruelles Armes (ah, Rubis et Émeraude, ces boss optionnels de l’impossible) : c’était le bon temps des mercredi gaming, avec Seven Up et Z’animo.

Loccasion unique d’un trip retro-gaming

Et pendant ce temps, la Nintendo 64 pleurait sa solitude. Le départ de Square Enix est, depuis, expliqué plus ou moins en détails. Certains parlent d’erreurs de communication entre les deux géants du jeu vidéo japonais. D’autres avancent que le format cartouche rebutait les programmeurs, tant l’espace disponible leur paraissait insuffisant. La raison se trouve certainement entre les deux, en tout cas tout le monde ou presque avait quitté la console de Mario 64. C’était fou, PlayStation remportait la mise, et FF 7 était sur toutes les lèvres. Par la suite, Square et Sony ont marché main dans la main, assurant de sacrées exclusivité sur cette nouvelle machine. Là, normalement, vous captez bien l’évènement retentissant qu’est la sortie de Final Fantasy 7, Final Fantasy 9, Final Fantasy X-X2 HD Remaster et Final Fantasy 12 : The Zodiac Age sur Nintendo Switch…

Certes, les plus jeunes ne sentiront peut-être pas ce qu’il y a de si fou dans ces sorties assurées par Square Enix. Si l’éditeur et Nintendo se sont rabibochés depuis quelques temps, les épisodes canoniques de la licence continuaient de sortir partout… sauf chez le constructeur japonais, lequel avait droit à des spin-off, certes de qualité mais tout de même loin de rivaliser avec les chefs-d’œuvre ici évoqués. Cette absence est désormais à conjuguer au passé, et le débarquement sur Switch me paraît pertinent. La console est désormais bien installée comme une machine idéale pour le retro-gaming. Entre nous, je n’apprécie pas spécialement la prise en main des Joy-con, mais c’est un fait avéré : les gamers aiment profiter de jeux à l’ancienne en mode nomade. Square Enix a bien perçu ce fait, et propose aux fans de Nintendo un trip globalement identique, en terme de contenu, à l’édition de 1997. Bien sûr, on a droit à quelques petites options afin de fluidifier le tout, de ne pas perdre le jeune joueur curieux, comme l’avance rapide ou la désactivation des combats aléatoires. Mais là n’est pas spécialement l’intérêt, à mes yeux.

Si beaucoup de joueurs vont hurler en s’apercevant que cette édition de Final Fantasy sur Nintendo Switch contient la même traduction française qu’à l’époque, je pense que c’était une nécessité. Oui, le résultat est toujours aussi whatthefuckesque, mais c’est un phénomène qui nous ramène à une époque bien précise : 1997, et la rigidité de Square qui ne voulait pas que les traducteurs aient accès au soft. Petite anecdote, l’éditeur a organisé, pour ces travailleurs de diverses langues, un voyage au Japon, où ils purent enfin voir Final Fantasy 7, pendant deux semaines. La traductrice française n’a malheureusement pas pu s’y déplacer, mais elle fut remplacée par un collègue de son entreprise. Est-ce pour cela que nos sous-titres sont aussi ratés ? Certainement, mais il était important, pour le trip rétro, de garder cette spécificité. À la limite, Square Enix aurait pu ajouter, en bonus, une nouvelle VF mais à sélectionner en son âme et conscience, surtout sans l’imposer.

De quoi s’évader pour un bon moment

Revivre le traumatisme d’Aerith, ou le duel très symbolique avec Sephiroth, c’est clairement un luxe pour qui possède une Nintendo Switch. Et le constat me paraît identique pour les autres épisodes déjà sortis (Final Fantasy : Chrystal Chronicles Remastered Edition paraîtra plus tard en 2019, sur Switch et PlayStation 4). Éternel grand absent, Final Fantasy 8 brille par son absence, mais pas seulement sur les consoles actuelles. Sachez que, si vous pouvez jouer à Final Fantasy 7 à l’heure où j’écris cet édito, c’est grâce à Eidos, qui avait gardé le code de la version PC. Square ayant perdu celui de la version PlayStation, on a bien failli ne jamais retrouver Cloud et son équipe, en tout cas dans sa édition de 1997. Dé là à craindre que FF 8 ait aussi été égaré par les anciens employés de l’éditeur japonais… Bref, cela fait qu’on saute un opus, direction le plus méconnu Final Fantasy 9. On vous a concocté un test, à l’époque de sa sortie sur PlayStation 4, et le résultat est identique sur Nintendo Switch. Malgré quelques tous petits coups de mou vers le milieu, cet épisode reste l’un de mes préférés, tant il parvient à proposer des mécaniques entre tradition et modernité (ah, le système A.T.E.), et un scénario bourré d’une certaine nostalgie pour l’époque d’or de la licence.

Dans les jours à venir, Culturellement Vôtre va vous proposer un test complet de Final Fantasy X-X2 HD Remaster. Du coup je garde quelques arguments dans ma manche. En tout cas, on ne peut qu’aimer l’idée de voir des jeunes joueurs s’en emparer. Il s’agissait des deux seuls FF canoniques que je n’ai pas parcouru jusqu’à cette version, c’est dire si ce duo avait la pression. Mais les épaules de Tidus ne sont pas aussi frêles que je le pensais, à l’époque de sa sortie sur PlayStation 2, en 2002. Mieux que ça, à mon humble avis il s’agit du meilleur opus dans le but d’aborder la licence pour la première fois. Un véritable hit, un soft légendaire, qui a encore beaucoup à proposer. Et même sa suite, peut-être un poil vulgaire, est parvenu à me scotcher à ma Switch pendant des dizaines et des dizaines d’heures. Final Fantasy 12 : The Zodiac Age est sans doute moins facile d’accès, avec son allure de jeu online mais tout en solo. Pourtant, ce voyage en Ivalice est fascinant d’un bout à l’autre, et je sens, encore aujourd’hui, à quel point son développement a dû être rocambolesque. C’est assez dingue que ce jeu soit sorti sur PS 2, alors qu’il a l’envergure de la génération qui l’a suivie. Enfin, Chocobo’s Mystery Dungeon : Every Buddy est à la fois à part et, pour moi, indispensable pour bien capter l’importance des spin off, mais aussi la qualité qui les entoure. On tient là un excellent Dungeon-RPG, prenant et bourré de contenu.

Gaïa, Héra, Spira, Ivalice, Memoria. Oui, Square Enix a sorti cinq jeux Final Fantasy sur Nintendo Switch (en attendant au moins un autre), mais surtout l’éditeur nous permet de nous évader cinq fois. Car, encore au-delà des qualités intrinsèques de ces titres, c’est aussi cette occasion de s’évader que je mets en avant. Un FF, c’est évidemment un système de combat, une histoire, des personnages, plein de secrets et autres challenges, mais aussi une véritable aventure d’ordre personnelle. Bien entendu, je ne préconise pas le jeu vidéo comme moyen de se couper de la réalité, aussi morne ou joyeuse soit-elle, mais bon sang… cela fait du bien de couper quelques heures. Et ces titres sont, à mes yeux, l’une des meilleures manières d’y parvenir. Parce que les récits, grandioses, nous parlent au plus profond. Parce qu’en fin de compte, cet avatar, c’est un peu nous : cet être en perpétuelle recherche d’évolution, de progression, de problématiques plus développées que celles que votre patron vous infligera au prochain entretien individuel. Voilà, donc, de quoi se faire du bien à l’âme.

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