[Critique] L’Ascension de The Witcher – Benoît Reinier

Caractéristiques

  • Titre complet : L'Ascension de The Witcher : un nouveau roi du RPG
  • Auteur : Benoît Reinier
  • Editeur : Third Editions
  • Date de sortie en librairies : 2 mai 2019
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 252
  • Prix : 24,90€
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Et CD Projekt Red nous ensorcela

Quelle destinée pour The Witcher ! Plus connue, par les fans français d’ouvrages typés heroic-fantasy sous le nom Le Sorceleur, cette licence a su récemment dépasser l’important phénomène de librairie, pour atteindre une dimension transmédia assez étonnante. Si vous trainez un peu sur les réseaux sociaux, vous avez sûrement été témoins de batailles d’arguments entre plusieurs fans, concernant la future adaptation live, chez Netflix. Mais ce sont surtout les jeux vidéo, depuis la sortie du premier épisode, en 2007, qui ont permis à la série de toucher un public encore plus large, certes avant tout constitué de fans, mais aussi de nouveaux venus attirés par la qualité de ces softs signés CD Projekt. Entourés d’une véritable aura, ceux-ci trônent au centre du nouvel ouvrage signé Benoît Reinier (que les lecteurs de Gamekult, ou les amateurs de let’s Play dédiés à Dark Souls, connaissent aussi sous le pseudonyme Exserv), publié chez Third Editions (La Saga Legacy of Kain, Baldur’s Gate : L’héritage du jeu de rôle).

L’intérêt d’un tel exercice est multiple, et Benoît Reinier l’a bien compris. L’Ascension de The Witcher est l’occasion d’aborder des jeux qui ont, très clairement, marqué tout un genre, le RPG. Mais aussi, voilà l’opportunité d’aborder un studio qui ne cesse de gagner en importance, dans l’industrie vidéoludique : CD Projekt, ici Red pour la partie développement. L’entité est, depuis The Witcher 3, très surveillée par une horde de fans, dont les rangs grossissent à chaque nouvel opus. Preuve en est le grand moment que fut la présentation de Cyberpunk 2077, lors de l’E3 2019. De véritables artistes, habités non seulement par une vision précise de ce que doit être un RPG occidental, mais aussi un peu rebelles dans l’âme. Preuve en est leur position sur le crunch, ce moment très tendu d’un développement, qu’ils justifient avec une certaine cohérence. Oui, sortir un grand jeu demande beaucoup d’effort, de la part de tous. Qui comptait ses heures sur le tournage d’Apocalypse Now ?

D’ailleurs, après une préface qui souligne l’humilité de l’auteur face à son métier, L’Ascension de The Witcher débute par un chapitre consacré à CD Projekt, notamment par le biais du cheminement de ses deux fondateurs : Marcin Iwiński et Michał Kiciński. Car ce sont bien leurs racines polonaises qui ont forgé un esprit très piquant, rebelle sans aucun doute, qui sied à merveilles aux travaux d’Andrzej Sapkowski, l’auteur des romans Le Sorceleur. Oui, ce sont aussi deux fondus d’informatique, mais leur trajectoire personnelle est au moins aussi importante. Car, pour gratter du code, ils ont dû casser différents murs imposés par le communisme soviétique, construits aussi bien physiquement que mentalement. Voilà des pages éminemment précieuses, tant elles permettent de mieux capter le souci du détail quand il est question d’adapter une licence aussi encline aux sous-textes sociaux parfois acerbes.

Un ouvrage qui n’a pas peur de tout aborder

L’Ascension de The Witcher continue avec un deuxième chapitre consacré, cette fois-ci, plus particulièrement à la licence. Et, là encore, c’est un gros morceau. Si vous ne connaissez l’univers du Sorceleur que de nom, ce sera l’occasion de bien capter son importance. Le travail d’Andrzej Sapkowski y est abordé, que ce soit dans les diverses influences, dont l’impact est plus décisif que ce que l’on pouvait imaginer, ou le cheminement intellectuel menant à la formation d’un univers aussi précis qu’apte à déployer une véritable vision du monde, sous couvert d’une fantasy du plus bel effet. Là encore, c’est passionnant, car Benoît Reinier ne recule pas devant certains éléments difficiles. Notamment une confiance parfois chancelante qui unit l’auteur des romans et CD Projekt Red, deux entités aux caractères plus que trempés. Sans ne rien vous dévoiler, vous imaginez bien que cela ne pouvait que faire des étincelles…

L’Ascension de The Witcher contient aussi, comme à l’habitude des ouvrages parus chez Third Editions, un résumés des récits de la licence. Si vous n’avez pas joué à ces softs, il est inutile de préciser qu’il faudra ne pas s’y plonger, sous peine de spoilers. La démarche est bonne : pour aborder de manière complète un sujet, on se doit d’en retracer les événements du récit. Imaginez des cours de cinéma pendant lesquels le professeur ne pourrait discuter du scénario d’un film étudié : un comble ! Ici, Benoît Reinier parvient à bien tout condenser, de manière plutôt exhaustive. Voilà qui pourra rafraichir la mémoire, tant sont importants les liens entre les personnages, mais aussi l’impact des quêtes annexes, dont on connaît leur retentissement primordial dans The Witcher 3.

L’Ascension de The Witcher se termine sur un chapitre nous menant vers un autre gros morceau, passionnant au possible : le game design. Là encore, et histoire de donner encore plus de profondeur au titre de l’ouvrage, c’est l’évolution des mécaniques qui est au centre de l’intérêt. On se rend compte des diverses améliorations, notamment dans les combats, mais aussi de ratés assez surprenants. On pensera surtout à l’inventaire, lequel a continuellement représenté un véritable souci, dans tous les épisodes. Ceci suivi par une conclusion pleine d’espoir concernant le futur du studio, lequel ne veut en aucun cas s’enfermer dans le succès du Sorceleur. Oui, CD Projekt Red est désormais un acteur majeur de l’industrie, au même titre que Rockstar. Et The Witcher, tout autant que le talent des développeur, en est le principal responsable. Précisons que la qualité éditoriale va jusque dans les moindres détails : du papier de qualité à la superbe couverture cartonnée.

8/10

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