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[Critique] La Saga Legacy of Kain – Raphaël Lucas

Caractéristiques

  • Titre complet : La Saga Legacy of Kain : Entre deux mondes
  • Auteur : Raphaël Lucas
  • Editeur : Third Editions
  • Date de sortie en librairies : 21 février 2019
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 229
  • Prix : 24,90€
  • Acheter : Cliquez ici

Un ouvrage aussi inattendu qu’indispensable

L’Histoire du jeu vidéo est pavée d’aventures toutes plus passionnantes les unes que les autres. Un fait qui, pendant des années, a malheureusement été sous-estimé, à cause d’une trop grande présence de ce qu’on peut appeler las valeurs sûres. Combien de livres (excellents, là n’est pas la question) sur Super Mario ou The Legend of Zelda ? Au-delà de ces sujets classiques se terrent d’autres, plus sombres mais au moins aussi importants pour bien comprendre une industrie vidéoludique désormais mature. Et qui de mieux que Third Editions (The Heart of Dead CellsBaldur’s Gate : L’héritage du jeu de rôle) pour les aborder ? La maison, qui multiplie les projets pour le moins étonnants et précieux, vient de lancer La Saga Legacy of Kain : Entre deux mondes, un ouvrage que nous avons dévoré…

Legacy of Kain. Si ce titre résonne en vous, et provoque une belle chaire de poule, alors vous faîtes sûrement partie de ces joueurs bénis qui ont découvert cet action-RPG occidental en 1996, sur PlayStation ou PC. C’était, en tout cas, le cas de votre humble serviteur, qui entretient une petite idylle avec cette licence. Les souvenirs remontent : un gamin qui veut dépenser son argent de poche, l’Ultima Games d’Asnières, un jeu en vitrine à la jaquette pas hyper engageante, mais un vendeur qui promet un « Zelda en plus long et violent ». Ces mots sont inoubliables, car le résultat, une fois la galette insérée dans la console de Sony, ont hanté quelques nuits. Le titre présentait des particularités assez affolantes, comme une ambiance anxiogène au possible, et une technique aux fraises. C’est, d’ailleurs, le souvenir le plus lointain de temps de chargement vraiment trop nombreux…

La série s’est développée par la suite, notamment avec un Soul Reaver tout aussi culte, mais cette fois-ci très attendu, et largement plus soutenu dans les magazines de l’époque. Comme on l’attendait, sur Dreamcast, la bave aux lèvres devant des screenshots ahurissants ! La licence, aujourd’hui quasiment morte et enterrée (on ne désespère pas quant à une compilation des différents épisodes), garde tout de même quelques secrets, pour peu que vous n’ayez pas été au taquet des différents développements, et autres rebondissements de production. La Saga Legacy of Kain : Entre deux mondes aborde tout cela, non sans omettre un retour complet sur la pure intrigue, et une analyse de ses différents thèmes.

Retour sur une licence née et développée dans la douleur

Après une belle et passionnée préface signée Grégory Szriftgiser, ou RaHan pour celles et ceux qui ont connu Joypad et le Gameblog de 2006 à 2013, c’est Raphaël Lucas qui prend les commandes. Cet auteur, vous le connaissez peut-être pour d’autres parutions de Third Editions, comme Bioshock, de Rapture à Columbia ou La Légende La Légende Final Fantasy IX. Ce spécialiste du RPG, passé chez Console +, est aussi un grand amateur de culture de l’imaginaire, à tendance monstres et cauchemars. Clive Barker est cité, par exemple, dans un avant-propos important pour bien comprendre ce qui peut emmener à s’intéresser à Legacy of Kain. Car, contrairement à des cas plus populaires, il est évident que la licence se savoure mieux en étant attiré par les univers que l’on qualifiera d’autres. « J’étais ailleurs », répète Raphaël Lucas, ce qui est plutôt bien vu : le livre nous embarque nous extirpe de notre réalité pour parcourir un univers marqué par ce qui est souvent appelé « le genre ».

La Saga Legacy of Kain : Entre deux mondes utilise la forme classique des parutions Third Editions. Une division en trois grands chapitres (Création, Univers, Décryptage), le tout sans images. Si l’on gardera un intérêt élevé tout du long, il faut tout de même vous confier qu’il fut encore plus fort pendant la première partie. Laquelle revient, donc, sur les aventures qui se cachent derrière le résultat à l’écran. Raphaël Lucas souligne, dès les premières pages, qu’il fut hélas impossible d’obtenir un entretien avec la moindre personne en place, lors des différents développement. La raison est on ne peut  plus officielle : tout le monde est sous NDA (accord de non-divulgation, et le briser peut, en général, mener devant les tribunaux), du fait de nombreuses poursuites judiciaires et autres procès qui ont émaillé les productions des différents épisodes. Cela doit commencer à faire grandir votre curiosité : que s’est-il donc passé, chez Crystal Dynamics et les développeurs qui se sont, ensuite, emparés de cet univers ?

La Saga Legacy of Kain : Entre deux mondes revient sur bien des aspects torturés de la naissance de cette licence. Aux origines, on retrouve un nom désormais quasiment oublié : Silicon Knights. Mais si, vous savez, le studio qui accouchera, par la suite, du très apprécié Eternal Darkness, sur Gamecube. Malheureusement, cet état de grâce, sur la console de Nintendo, cachait un fonctionnement interne un peu difficile, provoqué par le très colérique Denis Dyack. Un caractère qui ne pouvait que créer de sacrées étincelles avec un éditeur parfois un peu malicieux. Cela explosera aux yeux des gamers avec les très mauvais Too Human et X-Men : Destiny, mais tout était déjà larvé auparavant. Sans trop vous dévoiler la substantifique moelle de l’ouvrage, on apprend que le développement s’est si mal déroulé qu’une équipe de l’éditeur Crystal Dynamics (Gex, Tomb Raider, ils appartiennent dorénavant à Square Enix) a due être envoyée pour permettre au jeu de sortir dans les temps. Parmi les missionnés, une certaine Amy Hennig

Hail to Amy Hennig

La Saga Legacy of Kain : Entre deux mondes est non seulement l’occasion de revenir sur cette licence aussi obscure que passionnante, mais aussi la possibilité d’approcher le travail de la très douée Amy Hennig. Ce nom vous dit peut-être quelque chose ? Vous connaissez sûrement cette femme grâce à Uncharted : elle fut directrice créative et scénariste des deux premiers épisodes, avant de partir chez Visceral Games, pour un jeu Star Wars qui ne verra jamais le jour (ah, Electronic Arts…). Sur Legacy of Kain, mais surtout Soul Reaver, elle fit preuve d’une incroyable maitrise, si bien que le monde de Nosgoth lui est directement associé. L’ouvrage revient sur l’apport de cette artiste, tout d’abord promise à une carrière dans le cinéma. Si, entre nous,  on voit une limite à sa vision (son avis sur le jeu de plate-forme n’est pas toujours des plus pertinents et aura provoqué une génération de titres peu amusants), on se délecte tout de même des quelques détails, tant ce personnage n’est que peu mis en avant, habituellement.

La Saga Legacy of Kain : Entre deux mondes est aussi l’occasion de découvrir une licence cabossée, née dans l’effort et développée dans l’inconfort. Legacy of Kain a connu une refonte en catastrophe. Soul Reaver a été charcuté aux deux tiers. Legacy of Kain 2 a introduit des nouveautés scénaristiques sans aucune concertation entre les équipes. Soul Reaver 2 a dû colmater ces brèches, et s’est donc concentré sur son histoire au détriment du gameplay. Le tout en passant d’un développement sur PlayStation 1, à une sortie sur PlayStation 2. Enfin, Defiance se lançait dans des choix douteux (la caméra !), ce qui termina d’enterrer la licence malgré une bonne tenue de l’ensemble. Le livre revient aussi sur les trois softs qui, par la suite, furent annulé, preuve que non, Nosgoth n’est plus soutenu. Un véritable panorama, donc, complet et fouillé dans les limites de ce qui est rendu possible.

Le second chapitre de La Saga Legacy of Kain : Entre deux mondes, consacré aux éléments scénaristiques, passionnera surtout celles et ceux qui ont connu la licence de son vivant. Même si, c’est à noter, Raphaël Lucas parvient à relever l’intérêt grâce à une forme bien travaillée, et un style efficace. Les personnages sont au centre de tout, ce qui est raccord avec la série, qui peut compter sur deux figures hautement charismatiques. Enfin, l’ouvrage se boucle sur l’analyse des thèmes évoqués. Là encore, l’auteur fait preuve d’une sacrée justesse, notamment dans tout ce qui rapporte au symbole du monstre. Mais pas que. Par exemple, le concept du passage au plan astral cache un véritable propos, ainsi que l’absence de game over dans Soul Reaver. On aura bien quelques petites retenues, comme une envolée concernant la mise en scène des cinématiques, qu’il compare un peu trop facilement à celles de Final Fantasy, mais rien de bien méchant. L’ouvrage s’avère, donc, une belle satisfaction.

8/10

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