[Critique] Maintenant, comme avant – Juliette Arnaud

Caractéristiques

  • Auteur : Juliette Arnaud
  • Editeur : Belfond
  • Collection : Pointillés
  • Date de sortie en librairies : 5 septembre 2019
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 231
  • Prix : 17€
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Un roman initiatique drôle et touchant

Second roman de l’écrivaine et chroniqueuse radio Juliette Arnaud, Maintenant, comme avant est paru dans la collection Pointillés des éditions Belfond (Jolis jolis monstres, Quand on parle de Lou…) dans le cadre de la rentrée littéraire 2019.

L’auteure y aborde la filiation, la transmission, et les débordements du cœur à travers un récit initiatique aussi drôle que touchant. L’histoire est celle de Rose, 18 ans, une adolescente qui vit avec son père et sa grand-mère depuis le départ de sa groupie de mère, qui a préféré suivre son groupe de rock préféré, Gun’s’n’Roses, alors qu’elle était toute petite. Lorsque Marinette, la génitrice en question, revient pour jouer les trouble-fêtes au village, Rose voit son équilibre bouleversé. Alors que son père, Emiliano, perd de nouveau la tête pour cette femme aussi belle qu’imprévisible, Rose ne semble pas prête à pardonner à sa mère toutes ces années d’absence…

Un sujet grave abordé avec humour et tendresse

Juliette Arnaud part d’un sujet grave, pour ne pas dire tabou (une mère qui abandonne sa famille), et nous livre au final avec Maintenant, comme avant un livre drôle et tendre, où la mélancolie et le mystère des êtres, jamais très loin, n’éclipsent à aucun moment le formidable élan de vie qui se dégage de l’ensemble.

Rose est une héroïne qui possède un vrai bagou et, en tant que narratrice du roman, elle nous fait part des faits et de sa réaction face à eux avec un fort caractère qui évite dès le départ au récit de tomber dans le misérabilisme ou le tire-larmes. Pour elle, sa mère est comme l’épouse “fugueuse” de La femme du boulanger mais, contrairement à ce dernier, elle n’est pas prête à accueillir Marinette à bras ouverts, et encore moins alors qu’elle échafaude des plans pour perdre sa virginité dans les bras du meilleur ami de son père, tandis que son ami Moïse lui fait les yeux doux.

Dès les premières lignes, Juliette Arnaud donne le ton : nous suivons le flot des pensées de Rose, qui fait souvent des digressions portant sur le vocabulaire. Les parenthèses sont nombreuses, les dialogues entre les personnages présentés comme au sein d’une pièce de théâtre (les didascalies en moins) et les blagues et punchlines fusent.

On pourrait craindre de se lasser, mais la maîtrise de l’auteure, ainsi que la sincérité de son récit et son attachement évident pour ses personnages, font qu’il n’en sera rien.

Un récit à la conclusion émouvante

Maintenant, comme avant doit beaucoup à la fougue et à la colère de Rose, dissimulée derrière une apparente nonchalance, mais aussi et surtout à la tendresse qui émane du récit. Marinette, Rose, Emiliano forment une galerie de personnages attachants, un peu paumés certes, mais qui cherchent chacun à se réconcilier avec leur histoire et à donner un sens à leur vie. Les premiers émois de Rose sont l’occasion pour l’auteure d’explorer le passé de ses parents, tandis que la trame autour de la transmission et de l’abandon permettent d’évoquer cette solitude que l’on porte tous en nous et qui peut peser, même lorsqu’on est entourés.

Plutôt que de sortir les trémolos pour une confrontation mère-fille hautement attendue, Juliette Arnaud préfère la simplicité d’un geste, un regard qui en disent bien plus que tous les mots. Sans trop vous en révéler, nous dirons donc que cette conclusion en forme d’esquisse nous a beaucoup touchés et porte ce joli roman bien au-delà du simple exercice de style que nous aurions pu redouter.

7/10

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