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[Critique] Quand on parle de Lou — Julie Gouazé

Caractéristiques

  • Auteur : Julie Gouazé
  • Editeur : Belfond
  • Date de sortie en librairies : 4 octobre 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 154
  • Prix : 17€
  • Acheter : Cliquez ici

L’histoire d’une séparation et d’une renaissance

Troisième roman de Julie Gouazé après Louise et Les corps de Lola et second aux éditions Belfond (Iboga, L’année de la pluieLe violon de Menuhin…) Quand on parle de Lou est un court roman dont la voix, à la troisième personne du singulier, résonne de manière intime avec son héroïne (la Lou du titre, donc), épouse et mère de famille dont le mariage part à la dérive et qui décide un beau jour de partir.

Par le biais de phrases courtes, à mi-chemin entre humour et poésie, Julie Gouazé raconte la reconstruction et la renaissance de son héroïne, qui passera par plusieurs étapes : tout d’abord, s’affranchir du regard des connaissances de l’ex-mari, qui jugent cette séparation et ce nouveau statut, puis se retrouver, prendre de nouvelles marques, s’épanouir seule lorsque… Un soir, sans crier gare, Lou rencontre une femme et se trouve chamboulée. Commence alors un nouveau cheminement afin d’accueillir ce nouvel amour tout en affrontant les regards pas toujours bienveillants, ou bien les petites phrases compatissantes qui piquent. Avec toujours en ligne de mire cette idée que, en faisant le deuil de son mariage, Lou commence un nouveau cycle, qui lui permettra de faire sa mue et d’être au plus proche de ce qu’elle est aujourd’hui.

Un récit initiatique vibrant

Ainsi, Julie Gouazé ne livre pas seulement un très beau récit autour de l’homosexualité féminine, mais avant tout un superbe roman initiatique. Si l’on a tendance à associer ce type de récits à des romans mettant en scène de jeunes héros ou bien des figures mythiques, cela serait oublier qu’il concerne finalement toute histoire au sein de laquelle le personnage principal doit affronter une série d’épreuves, dont la plus importante de toutes est de faire face à lui-même et ses peurs les plus enfouies (ses démons, en somme) afin de se trouver. Et c’est précisément ce que fait Quand on parle de Lou, qui nous rappelle que l’on peut, à 30 ans, 40 ans, repartir à zéro ou, tout du moins, ouvrir un nouveau chapitre de sa vie pour être au plus près de soi et ses aspirations.

Et de ce côté-là, l’écriture et la narration de l’auteure sont remarquables tant elle parvient à nous faire ressentir la force de l’élan vital qui pousse Lou à quitter son mari, avant de la pousser dans les bras de Lucie. Avec des jeux de mots qui sonnent juste tout en donnant à certains passages des allures de comptines, et des phrases ciselées, Julie Gouazé colle au plus près de la vérité d’une femme bien décidée à se faire du bien, à renaître de ses cendres, métaphoriquement parlant. Elle raconte avec simplicité et une justesse constance la séparation, émotionnellement parlant comme de corps et de biens, les doutes, la mélancolie, mais aussi la délicieuse ivresse que l’on ressent quand on désire, puis tombe amoureux de quelqu’un. Les doutes aussi qui nous font tenir des propos blessants pour l’être aimé… Autant de choses auxquelles on peut s’identifier, peu importe son orientation sexuelle.

De la norme à la marge

Enfin, concernant l’homosexualité féminine, Julie Gouazé nous fait vivre de l’intérieur la manière dont peuvent être accueillies les réactions des autres (parfois maladroites, cruelles ou juste ignorantes) et le cheminement pour finir par en faire fi. Le glissement de la séparation avec l’ex-mari à la rencontre avec Lucie induit également un parallèle intéressant : mise « au ban » par le gros des connaissances de son futur ex-mari célèbre, ce dont elle souffre momentanément, s’imaginant que son nouveau statut de célibataire l’a transformée en « lépreuse », Lou s’épanouira finalement dans une autre marge en tombant amoureuse de Lucie.

Le rapprochement est intéressant et permet de rendre d’autant plus forte la renaissance de cette héroïne qui ressemble finalement à tant de trentenaires d’aujourd’hui : une femme comme les autres, active, indépendante, mère, amante et compagne, qui se débat parfois (voire souvent) avec ses doutes. Quand on parle de Lou n’est plus alors seulement l’histoire de la fin d’un amour et du début d’un nouveau, mais aussi celui d’un affranchissement du regard des autres, d’une libération. En cela, il s’agit, non seulement d’un roman touchant et divinement écrit, mais aussi d’un livre qui fait du bien, que l’on ajouterait volontiers à notre trousse de livres de secours les jours « sans ». L’un des très bons romans de cette rentrée littéraire 2018…

8/10

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