Kill or Be Killed Tome 1 – Brubaker, Phillips : notre critique

Caractéristiques

  • Auteur : Ed Brubaker, Sean Phillips, Elizabeth Breitweiser
  • Editeur : Delcourt
  • Date de sortie en librairies : 24 janvier 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 128
  • Prix : 16,50€
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Un concept encourageant…

Voilà une sortie comics très surveillée, que celle du premier tome de Kill or Be Killed, aux éditions Delcourt (Hillbilly, Monstress). Il faut écrire que le duo à l’œuvre, formé par Ed Brubaker et Sean Phillips, est depuis quelques temps sous les feux des projecteurs, notamment avec le surprenant Fondu au noir, sorte de thriller hollywoodien qui a connu un beau succès, notamment critique. Alors, quand leur nouvelle sortie débarque chez nos revendeurs, on se presse pour la découvrir. Et ce même si le résultat, tout de même de qualité, n’est pas tout à fait à la hauteur des attentes.

Kill or Be Killed Tome 1 s’inscrit dans un mélange des genres assez fou, sur le papier. Après une tentative de suicide ratée, Dylan est sauvé par un démon, qui lui propose un marché. Il doit assassiner au moins un salopard par mois afin de gagner le droit de survivre. Et bien entendu, comme tout tueur, il va devoir pratiquer son premier assassinat, ce qui s’avère plus difficile que prévu… De plus, il se débat pour cacher ce secret qui met lentement sa vie en miette, ainsi que celle de ses proches.

Mélange des genre donc, Kill or Be Killed Tome 1 déploie une tonne d’éléments intéressants, s’inscrivant tout autant dans le polar noir, que le hard boiled, sans renier un côté très clairement horrifique, tout en baignant le résultat dans un certain romantisme. On avait très peur du résultat, qui aurait pu s’avérer un gloubi-boulga indigeste à souhait, mais c’était sans compter sur le talent d’Ed Brubaker, conteur hors paire, qui réussit à trouver une cohérence fondamental dans un squelette scénaristique assez fou. Imaginez : Charles Bronson d’Un justicier dans la ville rencontrerait un démon pousse-au-crime. Voilà qui a de quoi charmer, surtout que le résultat fonctionne, car on se prend d’une certaine empathie pour Dylan, paumé que l’on peut très bien se représenter tant l’auteur sait sentir notre époque.

Mais un fond simpliste

Seulement, Kill or Be Killed Tome 1 est aussi atteint d’un défaut que l’on sentait poindre, et ce depuis Fatale : une certaine inconsistance dans la philosophie qui accompagne la vision du monde par Ed Brubaker. On est parfois très, très agacé par les réflexions, en voix off, de Dylan. Le contexte le pousse donc vers le meurtre, mais justifié par la valeur de l’assassiné. Heureusement, l’acte n’est pas complaisant, là n’est pas le souci. C’est la sélection de la cible, qui nous a particulièrement sidéré. Alors que le personnage principale erre dans les rues, il pense à différentes possibilités. Celle d’abattre tel ou tel sale type, et notamment un vendeur de drogues ou un marchand de femmes. Le commentaire qui accompagne le premier est surréaliste, et ne peut qu’être associé à la vision du monde de l’auteur, tant elle traverse le comics. Pour lui, le dealer se justifie, par un cheminement intellectuel carrément abject : « les petits dealers ne sont qu’un rouage de l’hideuse machine américaine. Personne ne force personne à se droguer ». Surréaliste de bêtise, de simplisme, et dangereux.

Et c’est bien dommage, car au-delà d’un fond clairement nivelé par le bas à cause d’une vision du monde futile, Kill or Be Killed Tome 1 installe un récit très prenant, des rapports entre les personnages passionnants, et des dessins captivants. Le travail de Sean Phillips, accompagné de l’excellente Elizabeth Breitweiser (Outcast) aux couleurs, est au moins aussi qualitatif que les précédents travaux des artistes. Alors certes, certains visages sont un peu mis à mal par des cadrages très cinématographiques, mais cette domination de la mise en scène donne à l’ensemble une personnalité incroyable, que l’on savoure tout du long. On aime aussi les décors urbains, qui font beaucoup pour l’atmosphère noire qui domine. Seule véritable anicroche, le démon est un peu trop prévisible dans son apparence, mais on s’en contente très bien. Alors, a-t-on assez accroché pour suivre la série ? Oui, et ce même si l’on espère que la suite sera plus réfléchie.

Retrouvez aussi notre critique de Kill Or Be Killed Tome 2.

6/10

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