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[Critique] Redneck T1 – Cates, Estherren, Cunniffe

Caractéristiques

  • Auteur : Donny Cates, Lisandro Estherren, Dee Cunniffe
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Contrebande
  • Date de sortie en librairies : 4 avril 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 144
  • Prix : 15,95€
  • Acheter : Cliquez ici

S’il y a bien une figure horrifique qui a su traverser les âges, les modes, et les crises de l’imagination des scénaristes, c’est bien le vampire. Des années que ces grands gourmands sanguinaires menacent de nous vider de notre sang. Des décennies de pérégrinations nocturnes, de gousses d’ail pendues aux fenêtres, de séduction de jeunes femmes lascives. Que de chemin parcouru, depuis le Dracula de Bram Stoker, jusqu’aux récents dérivés. Que de cinéastes légendaires (Tod Browning, Terence Fisher, Francis Ford Coppola, Roman Polanski), qui se sont intéressés au mythe des deux canines acérées, avant que l’ensemble de la pop culture ne les rejoigne. N’est-on pas entrain de tester, sur console, un certain Vampyr ? Bref, on est toujours intéressé par le thème, et d’autant plus quand il tente d’insuffler de l’originalité, comme le comics Redneck, paru aux éditions Delcourt (Joe GolemKill or Be Killed) .

Redneck Tome 1 s’intéresse aux Bowman, une famille de vampires installés depuis des décennies près d’une petite ville rurale du Texas. Ils sont parvenus à se fondre dans la populace locale, mais cette paisible coexistence va voler en éclat lorsque la haine, la peur et le ressentiment accumulés depuis des générations explosent à la face du monde. Impossible alors de faire la distinction entre les hommes et les monstres…

Redneck Tome 1 est une très bonne découverte, que nous n’avions pas vu venir. Elle allie l’efficacité du récit, et l’intelligence du propos. Si la lecture est éminemment agréable, c’est parce que l’histoire est exemplairement mise en place, et très absorbante. On colle aux basques de Bartlett, un vieil homme dont le passé trouble ajoute bien du mystère à son identité de vampire. Il habite une maison, à Sulphur Springs, dans l’Est du Texas. Mais pas seul : avec toute une famille, mené par homme bourru, ses fils et sa fille, très douée pour la télépathie, et un grand père pour le moins énigmatique. On reconnaît bien là le caractère très rassembleur des suceurs de sang, qui aiment se réunir en groupes plus ou moins solidaires. La situation géographique n’est pas anodine : elle provoque évidement le titre de la série, mais aussi une ambiance très typique de ce Sud des Etats-Unis, un peu poisseux, tendu de par le climat lourd.

L’auteur, Donny Cates, réussit à créer un véritable crescendo de tension, et ce grâce au schéma, usité mais toujours efficace, du monstre qui ne demande qu’à faire péter les verrous de sa retenue. Cette dernière est justement au centre des intérêts de Redneck Tome 1. Car ces vampires, si puissants (et l’on ne parle même pas de l’antagoniste, dont on vous laisse l’entière découverte) soient-ils, sont mus par le changement. Sans trop entrer dans les détails, cette bande n’a plus aucune envie de terroriser, de massacrer. Elle veut couper court à un destin beaucoup trop tracé, et peu enviable. Cela provoque évidemment une réflexion sur la filiation, sa prétendue fatalité. Et, ça en découle : il est question de notre capacité à dire stop. Cela ne fait qu’ajouter au caractère captivant de l’ensemble. Ajoutons la grosse qualité évocatrice des dessins signés Lisandro Estherren, ainsi que le travail très appliqué de Dee Cunniffe aux couleurs, et vous comprendrez qu’on attend le tome 2 avec une impatience non dissimulée…

8/10

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