article coup de coeur

[Critique] Jeannot – Loïc Clément & Carole Maurel

Caractéristiques

  • Auteur : Loïc Clément (scénario) & Carole Maurel (dessin)
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Les Contes des Cœurs Perdus
  • Date de sortie en librairies : 10 juin 2020
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 40
  • Prix : 10,95 €
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Le premier album officiel de la collection des Contes des Cœurs Perdus

Jeannot, le nouvel album jeunesse de Loïc Clément, inaugure une nouvelle collection aux éditions Delcourt, Les contes des cœurs perdus, réunissant toutes les BD du scénariste dans ce format court (un peu moins de 40 pages). Chaussette, Le voleur de souhaits et Chaque jour Dracula seront ainsi republiés pour rejoindre cette nouvelle collection amplement méritée tant les histoires de l’auteur forment une œuvre cohérente, à la fois touchante et décalée.

Comme les précédents albums, Jeannot pourra facilement être lu par des enfants à partir de 8-9 ans, mais aussi par des adolescents et des adultes puisqu’il aborde avec beaucoup de finesse et de sensibilité le sujet du deuil et de la vie amoureuse des personnes âgées.

Une histoire de deuil et de renaissance, entre gravité et fantaisie

On retrouve dans ce récit le personnage de Josette alias Chaussette, la mamie de la BD du même nom qu’il avait réalisée en 2017 avec Anne Montel, sa collaboratrice de longue date, au dessin. Cette fois-ci, il s’est associé à Carole Maurel, dont le style personnel permet de retranscrire à merveille le mélange de fantaisie, émotion et gravité qui se dégage de l’histoire.

Jeannot parle en effet du deuil impossible d’un enfant, mais aussi d’une renaissance à travers un renouveau amoureux chez un vieil homme divorcé mélancolique et amer depuis la disparition de sa fille 20 ans plus tôt. Derrière sa souffrance évidente et son air bougon, l’ancien jardinier possède également une facette fantasque qui s’exprime à travers une drôle de capacité, dont on ne nous dira jamais si elle est le fruit de son traumatisme – et donc de son esprit – ou non : il entend parler les plantes. Un pouvoir qui ne lui est d’aucune utilité  et qui l’agace même franchement : arbres et plantes le supplient de ne pas les couper, et les deux “vieilles branches” de son jardin sont même amoureux et s’échangent des mots doux toute la nuit tandis que lui souffre de sa solitude. Il faudra attendre la dernière partie de l’album pour comprendre ce rapport amour-haine vis-à-vis des plantes – et, en creux, la raison d’être de son “pouvoir”.

Cependant, c’est parce qu’il s’énerve seul face à un arbre du jardin public qu’il rencontre Josette et son fidèle toutou. La vieille dame rit en assistant à la scène et, contre toute attente, ces deux âmes solitaires vont faire connaissance et se rapprocher. Jeannot tombe vite amoureux, mais ses sentiments lui font peur. Josette saura-t-elle voir ce qui se cache derrière l’étrangeté de son comportement ?

Une représentation étonnante et bienvenue des personnages âgées dans une BD jeunesse

Encore une fois, Loïc Clément signe un album qui est assez éloigné de l’idée que l’on peut se faire d’une BD jeunesse “classique”, mais il parvient à traiter de deux sujets, l’un grave (le deuil d’un enfant), l’autre atypique (l’amour chez les personnes âgées) avec beaucoup de sensibilité, et une part de fantaisie qui sonne toujours juste.

Comme tous les albums de la collection des Contes des Cœurs perdus, il s’agit d’un album court qui fait seulement une trentaine de page. Cependant, le talent de conteur de Loïc Clément fait que l’on n’a jamais l’impression que le récit est survolé : l’auteur réussit à faire exister pleinement ses personnages et à faire passer beaucoup de choses en peu de pages.

Carole Morel illustre quant à elle le récit avec une certaine sobriété. Le personnage de Jeannot étant un homme qui vit en grande partie dans le passé, l’illustratrice a privilégié des teintes sépia. Beaucoup de tendresse se dégage de son dessin, qui parvient à exprimer à la fois la monotonie de l’existence du vieil homme avant sa rencontre avec Josette, mais aussi la part de fantaisie en lui et les petites joies simples qu’il apprend à redécouvrir auprès de sa nouvelle amie.

Au final, Jeannot forme un très beau diptyque avec Chaussette (dont il n’est pas une suite, mais plutôt un récit parallèle) et réussit à dresser un portrait très touchant et très juste de ses deux personnages, qui, contrairement à beaucoup d’histoires, ne sont pas uniquement ramenés à leur passé ni à un statut de grands-parents. A mettre entre les mains des petits comme des grands.

Auteur

  • Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.

8/10

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