[Critique] Numéro deux – David Foenkinos

Caractéristiques

  • Auteur : David Foenkinos
  • Editeur : Gallimard
  • Date de sortie en librairies : 6 janvier 2022
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 240
  • Prix : 19,50 euros
  • Acheter : Cliquez ici
  • Note : 6/10

Une écriture fluide et intimiste

Un an après la sortie de La Famille Martin, David Foenkinos (La Délicatesse, Charlotte) fait son grand retour en librairie avec Numéro deux aux éditions Gallimard (La Belle Sauvage, M Train…).

Après avoir traité de l’anonymat en choisissant de raconter la vie d’une personne croisée au hasard d’une rue, l’auteur opère un changement radical de sujet et s’intéresse cette fois-ci au monde du star-system.

Martin Hill, jeune Londonien de 10 ans, se retrouve en effet par un amusant concours de circonstances en compétition avec Daniel Radcliffe dans le round final pour obtenir au cinéma le rôle d’Harry Potter. Le récit suit alors le parcours de celui qui n’a pas été choisi pour interprêter l’illustre héros de la saga de J.K. Rowling. Comment assumer la banalité de son existence lorsqu’on sait que l’on aurait pu devenir une star mondialement connue ? Comment surmonter ce que l’on considère comme le pire des échecs ?

Malgré ce sujet plutôt dramatique, la plume de l’auteur demeure joyeuse et fantaisiste et délivre comme à l’habitude son lot de bonnes formules et de notes de bas de pages fantaisistes. L’écriture est simple mais élégante et se concentre sur l’intime. Abordant d’abord la rencontre et la rupture des parents de Martin, le récit se resserre ensuite sur le jeune héros, de sa plus tendre enfance jusqu’à l’âge adulte, dans sa quête de reconstruction après ce casting raté.

Les 230 pages du roman se dévorent rapidement grâce à la fluidité du style, mais aussi grâce aux chapitres courts et à une mise en page aérée qui facilitent la lecture.

Comme dans Deux sœurs, Foenkinos traite de thématiques plus sombres : la dépression, la peur de l’abandon, la jalousie maladive, et permet au lecteur de les vivre intensément en donnant une place primordiale aux émotions de ses personnages.

Un récit captivant sur le cinéma et la Pottermania

Que les Potterheads se réjouissent : le roman délivre son lot d’anecdotes sur le monde du sorcier à lunettes. L’on suit d’abord la vie de J.K.Rowling, la genèse du roman, puis des films, et l’on fait la connaissance de toutes les personnes qui ont œuvré dans l’ombre pour la réussite du futur best-seller. Les plus grands fans n’y apprendront sans doute pas grand-chose, car la plupart des faits énoncés sont relativement connus, mais il n’en demeure pas moins très agréable de se replonger dans l’envers du décor de la saga.

Du choix des réalisateurs aux citations exactes du livre ou aux potins sur les acteurs, David Foenkinos s’applique à ancrer son récit dans le réel et utilise astucieusement ses connaissances sur le milieu du cinéma, étant lui-même scénariste et réalisateur.

Il s’amuse à mêler réel et fiction car, même s’il cite souvent ses sources afin de légitimer son récit, il faut rappeler que Martin Hill est avant tout le fruit de son imagination : deux acteurs ont bien été en compétition dans un dernier face à face pour le rôle d’Harry, mais rien n’a filtré sur l’identité du deuxième garçon.

Cette plongée dans l’univers de Poudlard est vraiment très immersive, au point que l’on finit par se demander ce que la deuxième moitié du roman peut bien encore avoir à raconter. C’est là où Numéro deux s’avère malheureusement décevant : tant qu’il se concentre sur le casting, le récit est réellement passionnant, mais il peine à convaincre dans sa seconde partie, un peu poussive. A trop vouloir nous présenter la rancœur obsessionnelle de son héros grandissant, ce dernier peine à provoquer l’empathie, et le sujet finit par sembler un peu vain et répétitif.

Une réflexion intéressante mais à peine ébauchée sur l’échec et la culture de masse

La réflexion initiale de Foenkinos est pourtant attractive et universelle : comment se remettre d’un échec et aller de l’avant ? « On vit aujourd’hui sous la dictature du bonheur des autres », nous dit-il en évoquant les réseaux sociaux. En étant quotidiennement spectateur du succès de son rival Daniel Radcliffe, Martin Hill ne peut aller mieux et se reconstruire car il est sans cesse renvoyé à l’évidence qu’il est passé à côté de sa vie, que quelqu’un d’autre a pris sa place. L’auteur cherche ainsi à susciter l’empathie du lecteur qui a peut-être déjà envié la vie d’un autre à travers le prisme de ce qu’il poste sur les réseaux sociaux.

Néanmoins, à l’image de son héros qui fait du surplace dans son processus de guérison, le roman piétine et ne parvient pas à se réinventer dès qu’il s’affranchit de son ancrage cinématographique.

Avec la « Pottermania » dont il se moque parfois, notamment en évoquant son merchandising immodéré, l’auteur pointe du doigt une autre question qui aurait gagné à être davantage approfondie : est-il encore possible d’échapper à la culture de masse ? Peut-on encore aujourd’hui ignorer ou se soustraire aux engouements collectifs ?

L’on peut regretter que Foenkinos ne se soit pas davantage éloigné du sujet spécifique d’Harry Potter et de son héros contrarié, car il néglige ainsi la portée universelle de son sujet.

Profitant d’un timing parfait à l’occasion de l’anniversaire des 20 ans du premier film Harry Potter, Numéro deux reste un roman agréable, qui plaira sans doute particulièrement aux amateurs de l’univers de J.K.Rowling. Dommage qu’il ne fasse qu’ébaucher une réflexion qui aurait pu être passionnante sur la culture de masse et ses effets sur notre société.

Cet article a été écrit par , qui a publié 20 articles sur le site.

Lorsqu’elle n’enseigne pas l’italien, Lucia Piciullina aime discuter de sa passion pour le cinéma, le théâtre et les comédies musicales. Spécialisée en littérature young adult et grande amatrice de polars et thrillers, elle rejoint Culturellement Vôtre en février 2020 pour y partager ses avis lecture et sorties culturelles.

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