Caractéristiques

- Titre : Le Village
- Auteur : Niko Tackian et Franck Thilliez
- Illustrateur(s) : Kamil Kochanski
- Editeur : Delcourt
- Collection : Hors Collection
- Date de sortie en librairies : 13 novembre 2025
- Format numérique disponible : oui
- Nombre de pages : 160
- Prix : 20,50 €
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- Note : 7/10 par 1 critique
Deux maîtres du thriller français, Franck Thilliez et Niko Tackian, unissent leurs plumes pour un récit inédit où l’enquête policière bascule dans l’horreur et l’ésotérique. Illustré par Kamil Kochanski, Le Village, paru en ce mois de novembre aux éditions Delcourt, déploie une esthétique sombre et tourmentée, à la croisée du polar et du fantastique.
Entre enquête classique et cauchemar fantastique
Tout commence par une découverte glaçante : trente corps repêchés dans une rivière près de Grenoble, tous vêtus des blouses d’un hôpital psychiatrique fermé depuis vingt ans. Leurs cerveaux ont littéralement brûlé de l’intérieur. Une scène d’ouverture d’une noirceur absolue, typique de la patte Thilliez, où le rationnel vacille dès les premières pages. Aux côtés du duo d’enquêteurs Anthony et Sarah, le lecteur plonge dans une affaire qui dépasse rapidement le cadre du polar classique. Un tueur en série surnommé « L’Écorcheur » semble tirer les ficelles, mais très vite, un autre mystère s’impose : un village fantôme, capable d’apparaître et de disparaître au fil des siècles, laissant derrière lui des traces de mort et de folie…
Dès les premières pages, le lecteur est volontairement plongé dans la confusion. L’identité des personnages, leurs liens et les enjeux de l’enquête restent flous. Il faut accepter de se laisser happer par le rythme nerveux du récit. Le dessin contribue à cet effet de vertige, avec des visages parfois difficiles à reconnaitre et des repères temporels qui se brouillent. Ce trouble constant entretient le mystère du « village », entité presque mythique, responsable d’une série de catastrophes inexpliquées à travers le temps. Le mélange d’enquête, d’histoire et de fantastique crée une atmosphère d’incertitude permanente, qui fait toute la singularité du récit.
Un univers graphique saisissant
Dès les premières planches, Kamil Kochanski impose une ambiance lourde et inquiétante. Les couleurs majoritairement sombres plongent le lecteur dans une atmosphère glauque et oppressante. L’omniprésence de la peur se lit littéralement sur les visages, avec un très grand nombre de gros plans sur les yeux. Le dessin capte l’instant où l’effroi s’imprime dans le regard et ce réalisme minutieux confère au récit une dimension viscérale.
Visuellement, Le Village frappe par son ampleur graphique. Certaines planches spectaculaires s’étendent sur une double page, offrant au lecteur de véritables tableaux de cauchemar. Les couleurs vives et la précision du dessin happent le regard, tandis que la mise en page, classique mais dynamique, assure un rythme fluide et une grande clarté de lecture. Les bulles sont brèves et percutantes, et cette sobriété du texte renforce l’impact des images, conférant au récit une portée cinématographique et sensorielle.
Mythe, horreur et fascination
Au fil de l’enquête, la logique policière s’effrite pour laisser place à l’inexplicable, et le fameux village devient le véritable cœur du mystère. Il apparaît et disparaît à travers les âges, comme une brume capable d’engloutir des populations entières avant de s’évanouir sans laisser de traces. La frontière entre science et croyance s’amincit alors, et les hypothèses rationnelles ne suffisent plus. Le récit flirte ouvertement avec le fantastique, pouvant perdre les lecteurs les plus rationnels car ce lieu mouvant, à la fois légende urbaine et entité ancienne, échappe à toute forme de compréhension.
Avec près de 160 pages, Le Village est un roman graphique dense, ambitieux et exigeant. La violence graphique et thématique, omniprésente, en fait une œuvre réservée à un public averti, car les visions de mort et de souffrance marquent durablement. Enigmatique et dérangeant, le récit témoigne d’une collaboration maîtrisée entre Thilliez, Tackian et Kochanski. Ensemble, ils signent une plongée vertigineuse dans les ténèbres, où le réel vacille à chaque page.
Entre cauchemar éveillé et thriller métaphysique, Thilliez, Tackian et Kochanski livrent donc avec Le Village un roman graphique aussi troublant qu’hypnotique. Si son intrigue parfois nébuleuse peut désorienter, sa puissance visuelle et son atmosphère sombre en font une expérience marquante, à la croisée du polar, de l’horreur et du fantastique.




