Caractéristiques

- Titre : Cercle de Menteurs
- Traducteur : Axelle Demoulin et Nicolas Ancion
- Auteur : Kate Francis
- Editeur : Hachette Romans
- Date de sortie en librairies : 13 mai 2026
- Format numérique disponible : oui
- Nombre de pages : 416
- Prix : 19 euros
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- Note : 6/10 par 1 critique
Les thrillers young adult mettant en scène des adolescents confrontés à de sombres mystères connaissent un véritable essor ces dernières années, à l’image de Qui ment de Karen M. McManus ou de Sept jours avant la tombe, de Holly Jackson. Paru le 13 mai chez Hachette Romans, Cercle de menteurs s’inscrit pleinement dans cette veine, et il s’agit du premier roman traduit en français de l’autrice anglo-américaine Kate Francis.
Huis clos et jeu mortel
Sept lycéens remportent un séjour dans le désert à l’occasion d’une tombola organisée par leur établissement. Sur place, le voyage tourne rapidement au cauchemar. Au lieu du complexe touristique promis, ils découvrent un motel abandonné et un mystérieux message leur rappelant un drame survenu un an plus tôt, l’incendie de leur lycée, qui a coûté la vie à plusieurs élèves. Bientôt prisonniers des lieux, ils sont contraints de participer à un jeu aussi cruel que pervers : toutes les heures, ils doivent désigner celui qu’ils estiment le plus coupable. Le condamné quittera alors le cercle tracé autour du bâtiment et sera immédiatement exécuté. Refuser de voter signerait, en revanche, leur arrêt de mort collectif…
Dès le prologue, Kate Francis annonce que la vengeance sera au cœur de son intrigue. Le décor du motel perdu au milieu du désert offre un cadre idéal de huis clos, renforcé par l’explosion du minibus des lycéens, qui élimine immédiatement toute échappatoire. Cette mécanique implacable transforme progressivement les survivants en adversaires et fait naître alliances de circonstance, calculs et trahisons. Un compte à rebours se lance à chaque nouveau chapitre, accompagné d’illustrations indiquant régulièrement le nombre de survivants, entretenant une tension constante et rappelant que chaque décision rapproche un peu plus le groupe de son issue fatale.
Des adolescents confrontés à leurs secrets
Pour faire vivre cette intrigue chorale, l’autrice adopte divers points de vue parmi les sept adolescents. Chaque chapitre s’ouvre sur le prénom du protagoniste choisi et un Polaroid en noir et blanc qui permet de l’identifier immédiatement. Cette alternance de regards évite la monotonie et offre surtout un éclairage différent sur les événements. L’on retrouve plusieurs figures emblématiques du lycée américain : Ellis, le sportif populaire, Jade et Jax, jeunes privilégiés très exposés sur les réseaux sociaux, ou encore Ana et Alex, davantage en marge de ce milieu favorisé. À mesure que la situation dégénère, les anciennes rivalités ressurgissent, tandis que les stratégies évoluent au gré des intérêts de chacun.
Sous ses allures de thriller, Cercle de menteurs s’intéresse avant tout à la culpabilité. Tous les protagonistes portent le poids de l’incendie qui a bouleversé leur lycée et cachent une part de vérité susceptible de modifier le regard porté sur eux. Kate Francis en profite pour aborder – de manière, cependant, assez superficielle – plusieurs problématiques contemporaines, des différences sociales à l’influence des réseaux sociaux, en passant par la peur du jugement, la cancel culture ou encore les questions d’identité de genre. Le roman interroge surtout les limites de l’instinct de survie : jusqu’où peut-on aller pour sauver sa propre vie ou celle de ses proches ? Si cette réflexion nourrit efficacement le récit, certains personnages apparaissent toutefois un peu trop archétypaux, ce qui atténue la portée psychologique de l’ensemble.
Un page turner sympathique malgré quelques facilités
L’autrice maîtrise incontestablement le rythme de son récit. Les chapitres courts, la plume fluide et les révélations savamment distillées donnent rapidement envie de tourner les pages. Chaque adolescent dissimule une part de responsabilité dans le drame initial et l’autrice prend soin de retarder les révélations afin d’alimenter les soupçons. Le fonctionnement même du jeu pouvait laisser craindre une certaine répétitivité, tant les votes reviennent à intervalles réguliers. Pourtant, l’alternance des points de vue et le choix de ne pas toujours montrer les événements depuis le personnage le mieux informé permettent de renouveler l’intérêt et de maintenir un rythme soutenu jusqu’aux derniers chapitres.
L’intrigue reprend enfin plusieurs codes du whodunit en invitant le lecteur à identifier celui ou celle qui orchestre cette vengeance. À mesure que les règles se précisent, la violence monte d’un cran et l’atmosphère devient de plus en plus anxiogène. Certes, quelques ressorts scénaristiques demandent d’accepter une certaine suspension de l’incrédulité, mais l’ensemble demeure suffisamment cohérent pour conduire à un dénouement satisfaisant.
Avec son huis clos oppressant, son compte à rebours permanent et ses nombreux secrets à dévoiler, Cercle de menteurs remplit efficacement son contrat de page turner. Malgré quelques facilités scénaristiques et des personnages parfois un peu trop archétypaux, le roman devrait convaincre les amateurs de mystères, de jeux de survie et de mystère.




