Caractéristiques

- Titre : Jack avant l’Eventreur
- Auteur : Charlotte Razon
- Editeur : Sarbacane
- Collection : Exprim'
- Date de sortie en librairies : 3 juin 2026
- Format numérique disponible : Oui
- Nombre de pages : 272
- Prix : 16,50 €
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- Note : 6/10 par 1 critique
Après un parcours dans l’audiovisuel puis dans le jeu vidéo narratif – notamment avec son jeu parent-enfant multi-primé SwapTales : Léon ! – Charlotte Razon se tourne vers la littérature jeunesse et publie Jack avant l’Eventreur, son deuxième projet littéraire aux éditions Sarbacane, après The Making of Ellie en 2025. Paru le 3 juin, ce thriller psychologique entraîne le lecteur à Paris, au XIXè siècle, sur les traces d’un jeune homme dont les souvenirs semblent cacher un lourd secret.
Au cœur de la nuit parisienne
Le roman s’ouvre en 1888 sur une lettre de Jack l’Éventreur adressée au détective Abberline. Une entrée en matière qui pose d’emblée la question centrale du récit : qu’est-ce qui fait naître un tueur, son environnement ou ses origines ? Quelques années plus tôt, en 1878, James Flick, 17 ans, arrive à Paris depuis Londres avec son maître Herbert Wheel pour découvrir l’Exposition universelle. Alors qu’une série de meurtres frappe la capitale, le jeune homme remarque un étrange point commun entre les victimes : toutes semblent liées à lui. Mais James ne se souvient pas de la nuit précédant les crimes. Pour comprendre ce qui s’est passé, il va devoir reconstituer une mémoire fragmentée et percer le mystère de ce « Jacques » qui le hante.
Charlotte Razon accorde une place importante à la reconstitution du Paris de la fin du XIXè siècle. L’Exposition universelle sert de toile de fond à un panorama historique particulièrement détaillé, où les scènes de vie contribuent à donner de l’épaisseur au récit. L’autrice s’attarde sur les odeurs, les matières, les décors et les objets afin de faire ressentir cette époque au lecteur. Sa plume riche, au langage parfois châtié, prend le temps d’installer cette atmosphère sans pour autant perdre en fluidité. Une attention aux détails qui fonctionne particulièrement bien lorsque le récit plonge dans les rues et les lieux de cette capitale en pleine effervescence.
Anatomie d’un futur monstre : un récit sombre et perturbant
Le personnage de James constitue sans doute l’aspect le plus déroutant du roman. Le jeune homme est constamment tourmenté, sujet aux nausées et à une forme de mal-être intérieur qui semble ne jamais le quitter, tout en faisant preuve d’un manque d’empathie qui rend difficile toute identification. Ce choix place le lecteur dans une position assez inconfortable : peut-on réellement s’attacher à un personnage dont on devine qu’il pourrait devenir un tueur en série ? La mémoire fragile de James accentue encore cette ambiguïté, car il ignore une partie de son propre passé et doit progressivement reconstituer les événements qui ont façonné sa personnalité. Ses traumatismes d’enfance apportent alors quelques éléments permettant de comprendre comment s’est construit ce meurtrier en devenir, mais connaître les blessures qui ont marqué sa jeunesse ne saurait pour autant conduire à comprendre, voire à excuser, son attrait pour le crime.
Cette absence de repères s’accompagne d’une écriture particulièrement glauque. Les meurtres sont décrits avec précision, parfois dans des détails sordides, et certains événements liés à l’époque renforcent encore le malaise. Le récit n’hésite donc pas à installer une atmosphère oppressante qui ne conviendra pas à tous les lecteurs. Quelques touches de fantastique et de paranormal, notamment autour de l’hypnose et de la magie, viennent par ailleurs s’ajouter à cette ambiance déjà sombre. Ces éléments restent secondaires, mais participent à rendre l’univers du roman plus inquiétant et contribuent à brouiller davantage la frontière entre souvenirs, réalité et perceptions de James.
Une mécanique de suspense qui finit par captiver
Dans Jack avant l’Eventreur, l’action met du temps à véritablement démarrer et le lecteur doit composer avec de nombreuses zones d’ombre. James n’a pratiquement aucun souvenir de son enfance et la reconstitution progressive de son passé donne lieu à une narration parfois décousue. Les passages consacrés à ses souvenirs sont présentés en italique et ils s’entremêlent au récit principal de manière souvent abrupte. Cette construction, qui cherche à reproduire l’esprit fragmenté du protagoniste, peut demander un certain temps d’adaptation avant que l’intrigue ne trouve un véritable rythme.
Le récit gagne toutefois en intérêt lorsque James commence à rechercher activement ses origines et à comprendre ce qui se cache derrière ses souvenirs incomplets. Sa quête personnelle prend alors une dimension plus inquiétante, tandis qu’en arrière-plan, l’enquête menée pour retrouver le tueur qui sévit pendant l’Exposition universelle progresse. Sans suivre directement les policiers, le lecteur sait que les recherches avancent et que les indices finissent par converger vers James. Cette menace qui se précise peu à peu renforce alors le suspense et donne davantage envie de poursuivre la lecture jusqu’au dénouement.
Jack avant l’Eventreur propose ainsi une plongée sombre dans le Paris de 1878 et dans l’esprit tourmenté d’un futur meurtrier. Malgré un début qui peine à trouver son rythme, le récit finit par installer un suspense efficace et une atmosphère suffisamment oppressante pour donner envie d’aller jusqu’au bout.




