[Critique] La cuisine des sorciers — Aurélia Beaupommier

image couverture la cuisine des sorciers éditions solarUn grimoire de cuisine aux recettes “magiques”

Deux ans après la sortie de son livre de cuisine non-officiel Harry Potter, Aurélia Beaupommier est de retour avec ce très beau La cuisine des sorciers, paru cet automne aux éditions Solar : plus de 80 recettes, classées en 4 catégories (quotidien, festins, desserts et boissons) et inspirées des plus célèbres sorciers et magiciens de la pop culture.

Avant même de commencer à tester des recettes, La cuisine des sorciers est un livre qui se dévore avec les yeux : présenté en grand format, avec une épaisse couverture cartonnée aux jolies dorures, cet ouvrage possède également une maquette intérieure du plus bel effet, où chaque recette est présentée avec de petites illustrations propres à l’oeuvre dont elle s’inspire, au sein d’une mise en page aérée. Des photos en pleine page illustrent également de nombreuses recettes, avec une mise en scène agréable qui varie d’un univers à l’autre, tout en gardant une certaine simplicité, afin que l’attention reste focalisée sur le plat. Il s’agit donc là d’un bel objet, à l’impression soignée, qui donne l’impression d’ouvrir un grimoire et sera à même de séduire enfants comme adultes.

Idéal pour organiser des repas à thème ou cuisiner avec les enfants

image sceptres ensorcelants la cuisine des sorciers éditions solar
Recette des Sceptres ensorcelants, inspirés de la trilogie de Bartiméus.© Solar

L’organisation et la présentation des recettes est aussi astucieuse qu’inventive : au début de chaque grande partie, on trouvera un sommaire indiquant, à côté des titres de recettes, un nom un peu plus “terre-à-terre” pour chacune d’entre elles, afin d’avoir un aperçu du contenu et de la variété des plats proposés en un coup d’œil. On apprendra ainsi que le “Charme de Circé” est en réalité un cheesecake au miel. Au sein des différents chapitres, le titre de l’oeuvre ayant inspiré chacune des recettes est indiqué en haut de la page, au-dessus du titre (parfait pour concevoir des repas à thème), et le texte de présentation, mais aussi les instructions (toutes très claires), s’inspirent de celle-ci pour nous plonger dans un monde merveilleux.

Assez drôle et agréable pour un adolescent ou un adulte, cette spécificité ravira les enfants, d’autant plus que l’auteure s’adresse au lecteur-cuisinier à la seconde personne du singulier, afin de mieux interpeller. La cuisine des sorciers apparaît donc comme le livre idéal pour un après-midi cuisine en compagnie des enfants, à qui l’on pourra lire les instructions à voix haute. Par ailleurs, certaines recettes leur sont plus spécifiquement destinées (spaghettis des Schtroumpfs moléculés, par exemple, avec ses bonbons-fils bleu), et la plupart leur conviendront parfaitement. Qu’il s’agisse d’un simple goûter, d’un repas d’Halloween, de fêtes, ou d’un menu plus quotidien, les idées ne vous manqueront pas !

Des recettes aux mille saveurs inspirées de la pop culture

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Recette des canapés d’Endora, inspirés de la série télé 60’s “Ma sorcière bien-aimée”. ©Solar

Notons également qu’Aurélia Beaupommier brasse assez large au niveau des œuvres citées : on trouve aussi bien des films, séries télé ou livres relativement anciens (Ma sorcière bien-aimée, Willow, Le Magicien d’Oz, Ulysse 31, Le songe d’une nuit d’été…), dont certains ont davantage de chances d’être connus des personnes de 30 ans et plus, que des classiques intemporels (Le seigneur des anneaux, Aladdin, Astérix et Obélix, Le monde de NarniaMary Poppins, Blanche-Neige…), des oeuvres plus récentes (Harry Potter, Nanny McPhee, Le Paris des merveilles, la trilogie de Bartimeus) ou encore des jeux vidéo (Zelda, World of Warcraft…), de sorte qu’il y a aisément de quoi contenter différentes générations.

La variété des recettes proposées est enfin très satisfaisante, avec des plats inspirés des quatre coins du monde. Si l’on retrouve, bien entendu, un certain nombre de recettes penchant du côté de la cuisine anglaise ou américaine, des plats d’inspiration orientale ou nordique sont également présents, sans oublier des assiettes aux influences japonaises, italiennes et, bien évidemment, françaises. La cuisine des sorciers a par ailleurs l’avantage de présenter des recettes globalement moins complexes et coûteuses que celles des excellents ouvrages Gastronogeek, sans pour autant transiger sur le goût. La plupart des recettes réclament peu d’ingrédients, un temps de préparation raisonnable et peuvent être réalisées avec des ustensiles basiques tout en étant délicieuses, avec une belle variété de saveurs et d’associations. En cela, elles conviendront tout à fait aux étudiants et aux personnes voulant se faire plaisir avec un budget réduit.

Test de recettes : de bonnes associations de goûts

Nous avons pour notre part testé une recette de chaque partie : le bouillon enflammé de l’auberge du dragon rouge (Donjons & Dragons), sanglier des Carnutes (Astérix & Obélix), Patacitrouilles et la potion des souvenirs (Harry Potter). La première est un bouillon réunissant entre autres ail, oignon, gingembre, curry, lait de coco, concentré de tomates et Tabasco. Prêt en moins d’une heure, il est très simple à réaliser et ses différentes saveurs, chacune assez forte en goût, s’équilibrent parfaitement. C’est la soupe idéale pour ceux qui aiment les plats épicés sans pour autant avoir le gosier enflammé, contrairement à ce que suggère son nom !

Le sanglier des Carnutes est quant à lui l’un des plats les plus raffinés qui soient proposés dans le livre, tout en conservant une certaine simplicité dans sa confection —il s’agira avant tout de bien surveiller la cuisson — et les ingrédients utilisés en dehors du sanglier. D’inspiration gauloise en apparence, il est intéressant de noter que ce plat est également influencé de manière non négligeable par la cuisine anglo-saxonne, où il est assez commun de faire revenir des filets de viande dans de la bière avec des oignons, ou encore d’utiliser des airelles. La longue cuisson, et l’alliance du miel et de la bière, donnent au sanglier un goût délicieux qui ravira les papilles les plus exigeantes, tandis que les airelles apportent une touche acidulée des plus plaisantes.

Les Patacitrouilles (pâtes de fruits au potiron) traditionnellement préparées pour Halloween, peuvent quant à elles se manger en automne comme en hiver et constituent une alternative réjouissante à la pâte de coings. Comme les carottes, le potiron s’accommode très bien des préparations sucrées et cette recette est là encore très simple à préparer dès lors que l’on possède une casserole à fond épais qui n’accroche pas trop. Enfin, la potion des souvenirs possède une douceur régressive tout à fait délicieuse (grenade, pomme, vanille, sirop d’érable) et, à l’instar des autres boissons proposées, elle ne nécessite pas d’ustensiles compliqués comme c’est souvent le cas pour les cocktails : ni shaker, ni centrifugeuse ne sont requis, ce qui est un vrai plus.

La cuisine des sorciers se révèle donc un joli livre pour les cuisiniers amateurs de tous âges appréciant les mondes merveilleux du cinéma, de la littérature ou encore des jeux vidéo. Qu’il s’agisse d’organiser un repas d’anniversaire, entre amis, pour Halloween ou bien une fête, les apprentis sorciers trouveront de nombreuses recettes à la présentation agréable, simples à réaliser et peu coûteuses. La variété des saveurs, des alliances de goût et des influences culinaires permettront de varier les plaisirs sans pour autant passer des heures derrière les fourneaux. Notons également que cette belle édition brochée est un véritable plaisir pour les yeux !

La cuisine des sorciers d’Aurélia Beaupommier, Solar, sortie le 17 octobre 2016, 192 pages. 24,90€

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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