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[Critique] Bienvenue, Mister Z — Jean-Marie Bretagne

image couverture bienvenue mister z jean-marie bretagne éditions philippe reyZlatan Ibrahimović est peut-être parti pour Manchester United, mais la légende du joueur de foot aux répliques imparables est encore bien vivante en France. Pour preuve, ce roman de Jean-Marie Bretagne récemment paru aux éditions Philippe Rey.

Un roman original sur le foot avec Zlatan comme figure centrale

Bienvenue, Mister Z est le récit fantasmé d’une amitié entre le champion et François Valner, un agent d’entretien du PSG autrefois promis à un brillant avenir dans le football, mais qui a renoncé à la croisée des chemins. Convaincu que Zlatan l’a pris en sympathie, mais tenu de respecter les consignes du PDG du club, François, aidé d’un ami journaliste fantasque et de sa petite voisine, va chercher un moyen de soutenir le joueur lorsqu’il traverse une mauvaise passe. Mais si, de manière inopinée, c’était Zlatan qui permettait à François de se retrouver ?

Posé comme ça, l’intrigue du roman de Jean-Marie Bretagne paraît improbable : comment raisonnablement imaginer que Zlatan Ibrahimović, souvent considéré comme arrogant à cause de ses déclarations choc, pourrait devenir le sauveur providentiel d’un simple intendant alors que tous les regards pèsent sur lui ? Pourtant, contre toute attente, l’auteur, qui a déjà signé un essai et un précédent roman sur le milieu sportif, parvient à tisser un récit véritablement prenant, où l’ancienne gloire du PSG apparaît comme un personnage moins caricatural que dans les médias et, au final, assez attachant.

Si cela fonctionne aussi bien, c’est aussi parce-que Jean-Marie Bretagne connaît visiblement très bien le foot, ses tactiques, le PSG et la carrière de Zlatan Ibrahimović. Souvent romancé, le récit apparaît néanmoins extrêmement documenté avec des références précises aux matchs joués, aux buts marqués, et au déroulement de certaines conférences de presse et interviews à fort retentissement… Comme on pouvait s’y attendre, l’écrivain s’en donne à coeur joie pour pimenter son livre de nombreuses authentiques zlataneries, dont certaines tellement grosses (« Si on remplace la Tour Eiffel par une statue à mon effigie, je resterai ») qu’il nous a fallu effectuer une recherche sur le Web pour nous convaincre qu’elles avaient réellement été prononcées par le joueur.

Une réflexion sur la frontière qui sépare la réussite de l’échec

Cependant, c’est la façon de Jean-Marie Bretagne d’utiliser ces éléments biographiques et ces célèbres sorties médiatiques qui attise l’intérêt ici. En analysant le jeu de Zlatan, en mettant de côté la seule finalité des buts pour se concentrer sur son dribble, l’écrivain tente de faire ressentir au lecteur ce que cela fait d’être dans la peau d’un joueur au talent si grand, dont le foot est la raison d’être. Que se passe-t-il dans la tête d’un champion lorsqu’il tente d’éviter ses adversaires, de se frayer un chemin ? D’où vient l’intuition du jeu, qui semble innée chez certains, comment maintenir intacte sa motivation, et que faire lorsque l’inspiration n’est plus là ? Et quelle frontière sépare la réussite de l’échec ? Le résultat de cette réflexion est narré de manière passionnante, et même assez spirituelle par moments puisque — c’est là la grande originalité du livre —l’auteur s’attache à suggérer le désarroi existentiel qui s’empare de l’attaquant au moment où il a déjà accompli des merveilles. Scruté par François et son ami Pierre, journaliste sportif dont la poésie fleurie ne serait sans doute pas pour déplaire à Zlatan, le joueur ne semble pas comprendre ce qu’il lui arrive, et être en recherche d’une réponse malgré son assurance narquoise.

En faisant de Zlatan Ibrahimović, admiré mais souvent moqué pour son ego, un joueur finalement humain, confronté à la solitude et bien plus subtil qu’il n’y paraît, Jean-Marie Bretagne touche juste et donne naissance à un OVNI littéraire, clairement fantaisiste par certains aspects, mais également réaliste dans sa description du milieu sportif et des pressions de diverses natures pesant sur les joueurs de haut niveau. A travers le personnage fictif de François, qui a débuté sa carrière en même temps que Zlatan avant de la voir stoppée net à 20 ans suite à un blocage, l’auteur s’interroge sur l’échec, et ce qui sépare les gagnants des perdants. Un potentiel en or suffit-il pour réussir, ou faut-il ce quelque chose en plus qui pousse à aller de l’avant et faire fi des obstacles ?

« Les derniers seront les premiers », selon Saint Matthieu. Ce proverbe, repris par Jean-Jacques Goldman dans une chanson bien connue de Céline Dion, pourrait également être l’adage de Bienvenue, Mister Z, même si cela ne colle pas, à priori, au personnage du champion que l’on connaît. Pourtant, Jean-Marie Bretagne parvient à rejoindre ces deux figures, la star et son double inversé, au sein de ce curieux roman qui se saisit de la fantaisie présente dans les déclarations de Zlatan Ibrahimović pour en faire quelque chose d’étrangement touchant, par-delà le parcours du joueur suédois. Une rêverie douce-dingue qui passionnera les inconditionnels du ballon rond, mais aussi ceux que le foot ou le PSG indiffèrent.

Bienvenue, Mister Z de Jean-Marie Bretagne, éditions Philippe Rey, sortie le 5 janvier 2017, 192 pages. 16€. 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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