[Critique] Le violon de Menuhin – Xavier-Marie Bonnot

Caractéristiques

  • Auteur : Xavier-Marie Bonnot
  • Editeur : Belfond
  • Date de sortie en librairies : 17 août 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 240
  • Prix : 18€
  • Acheter : Cliquez ici

Spécialisé en Lettres et en Histoire, réalisateur de documentaires, Xavier-Marie Bonnot a commencé sa carrière d’écrivain avec le polar. On lui doit notamment La vallée des ombres, sorti l’an dernier. Plusieurs fois récompensé, il change de style pour aller vers des livres de réflexion : Le dernier violon de Menuhin vient de paraître aux éditions Belfond (Le choix des autres, Movie Star…).

La mort et l’enfant sauvage

Rodolphe Meyer est un célèbre violoniste. Si sa carrière fut prolifique et son talent admiré, il porte un regard dur sur son enfance, et en particulier son père qui l’a poussé au perfectionnisme, quitte à lui prendre l’insouciance de la jeunesse. Suite au décès d’Emilie, sa grand-mère maternelle et surtout, sa dernière famille, il part au fin fond de la France, dans la campagne de l’Aveyron qui a vu grandir sa mère et dans laquelle reposent aujourd’hui les personnes qui ont compté pour lui. Passé la tristesse et les rites funéraires, Rodolphe se retrouve seul au milieu de la vielle maison qui tombe en ruines, suffisamment seul avec lui-même pour se revenir sur sa vie et sur la déchéance de son travail et de ses relations humaines.

Bloqué dans cet univers peu avenant et sans grandes perspectives de fuite, Rodolphe va également devoir composer avec Victor, enfant sauvage abandonné qui, selon la légende, approche les personnes proches de la mort et vit dans les bois qui bordent la maison d’Emilie. Rodolphe Meyer, bien loin des fastes parisiens, n’a alors plus le choix que d’affronter ses démons. Il va découvrir bien malgré lui que Victor est bien différent de ce qu’il croit.

Un fil rouge musical

Xavier-Marie Bonnot fait de Rodolphe Meyer son personnage principal, mais il faut préciser ici qu’il est en réalité quasiment le seul personnage de ce roman. Certains autres gravitent autour sans pourtant laisser une empreinte visible et, contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre, Le dernier violon de Menuhin n’est pas un livre sur le grand violoniste. Pour beaucoup son nom n’évoque rien, pour d’autres il est le virtuose qui a interprété les plus grands compositeurs de Beethoven à Mendelssohn en passant par Béla Bartók. Si ce livre n’est pas centré sur Menuhin lui-même, il n’en est pas moins un hommage, une incitation à découvrir ou redécouvrir le puissant violoniste dans le parcours fut impressionnant.

Il agit ainsi comme un fil rouge dans les mémoires de Rodolphe Meyer qui lui est relié, non seulement parce qu’il fut son élève, mais également parce qu’il possède (ou plutôt est possédé, puisque bien souvent ce sont les instruments qui choisissent leur maître) Lord Winston, le dernier violon de Menuhin. A travers les flash-back de Rodolphe, Xavier-Marie Bonnot, en expert qu’il est, cite des œuvres en adéquation avec les émotions ressenties par son personnage. S’il n’est pas obligatoire de les écouter en même temps qu’on lit les passages attitrés, il est plus que plaisant de laisser en fond sonore un des très nombreux disques de Yehudi Menuhin – pas de recommandations tant le violoniste a interprété avec brio un répertoire extrêmement divers.

La solitude comme seule partenaire

Bien que la musique ait une place très importante dans ce livre, il y a un sentiment qui frappe en premier lieu : la solitude de Rodolphe. Il a perdu toute sa famille (ses parents, son frère, son Amour et désormais Emilie) mais ce n’est pas cela qui fait qu’il est aussi isolé : malgré le succès, Rodolphe n’a jamais été heureux et il transparait de son introspection une souffrance profonde. La solitude le colle, jusqu’à son violon, qui ne joue plus que la douleur d’un temps passé et perdu.

Le personnage fait une sorte de bilan de sa vie, dont il ne tire au final que de la nostalgie, les enfants qu’il n’a pas eu, les femmes qu’il n’a pas gardées, le quasi néant de ce qu’il laissera sur terre une fois disparu. Le dernier violon de Menuhin est un roman sur la mort, sur les glorieux passés et sur la frontière plus que ténue entre le génie et la folie. Rodolphe ne supporte plus le vide de sa vie (bien qu’il soit aimé et respecté en tant qu’artiste) et sombre peu à peu dans l’alcool et la dépression, amenant à la difficile question du poids du talent sur un être humain…

Le dernier violon de Menuhin est un très beau roman qu’il ne faut pas craindre d’aborder : pas besoin d’être mélomane, ni particulièrement calé en musique classique pour pouvoir l’apprécier. Xavier-Marie Bonnot nous emmène dans son univers composé de paysages magnifiques, d’artistes grandioses et de réflexions sur ce que nous sommes, ce que nous laissons et ce que nous aurions pu être ou faire.

7/10

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