[Critique] Les affranchis — Jean Monville

Caractéristiques

  • Auteur : Jean Monville
  • Editeur : Editions Michel de Maule
  • Date de sortie en librairies : 8 juin 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 225
  • Prix : 20€

Certaines reconversions ne sont pas faciles : longtemps président de la société SPIE, Jean Monville a décidé de se mettre à l’écriture une fois la retraite venue. Après un livre sur la SPIE et un premier roman (Puzzle), il propose avec Les Affranchis une réflexion sur le passé, les choix et leurs conséquences, même à très long terme.

Trois amis pour trois destins

Edouard, Jean-Charles et Henri sont trois amis de longue date. Ils se sont connus sur les bancs de l’école d’ingénieur et, pour contrer l’aspect barbant et conformiste de leurs études, ils ont tous fait de belles carrières allant de mission en mission à travers le monde. Ils avaient lancé “les dîners de la rue Mouffetard”, sorte de club littéraire qui les faisait se retrouver et élargir leur cercle de connaissances. Pour le dernier dîner, un grand concours de nouvelles est organisé pour lequel chacun d’eux écrit une petite histoire. D’apparence anodine, cette expérience va avoir des répercussions inattendues lorsque des années plus tard, Chris, la femme d’Henri, décide de réunir ces nouvelles pour en faire un roman. Elle va vite découvrir que ces nouvelles sont des pans bien particuliers de la vie de chacun des amis…

Ingénieurs baroudeurs

Edouard, Jean-Charles et Henri sont trois ingénieurs, orientés dans le domaine du pétrole. Si leurs vies personnelles sont très conventionnelles (en couple jeunes avec des jeunes femmes de leur âges et de leur entourage), leurs vies professionnelles sont plus mouvementées : ils parcourent le monde au hasard des missions et sans avoir de vision à moyen ou long terme sur où ils seront et ce qu’ils feront dans les mois à venir. L’histoire se déroule lorsqu’ils ont environ 45 ans, ont tous connus des échecs avec leurs premières compagnes, se remettent ou vivent une autre relation plus heureuse. Assagis et plus stables, quel que soit le domaine, on dénote pourtant une volonté de faire revivre ce passé puisqu’ils sont tous non seulement attirés, mais intéressés par la mise en roman de leurs nouvelles, nouvelles qui relatent des épisodes marquants de leurs vies.

Mais si, à l’époque, ils ont inventé une partie des histoires, ils décident (plus ou moins forcés) de faire face à la vérité, comme si dans le fond le concours n’avait été que les prémices d’une aventure bien plus profonde. Est-ce que les trois personnages n’ont pas voulu écrire la vérité parce qu’ils ne voulaient pas faire de mal ou parce qu’ils voulaient se préserver eux-mêmes ? Est-ce qu’à l’époque, le travail sur soi et la remise en question n’étaient pas trop importants ? Petit à petit, la vérité devient une recherche indispensable et un besoin thérapeutique pour tenter de refermer des blessures enfouies et de continuer à se construire.

Un style un peu confus

Les Affranchis est un roman agréable et facile à lire, ne nécessitant pas de se prendre d’amitié pour les personnages pour avoir envie de découvrir ces événements marquants qui sont restés endormis pendant des années. On a envie de connaître leurs histoires, d’autant plus qu’elles sont très bien racontées par Jean Monville : il réussit à nous transporter à un mariage campagnard, dans un salon de coiffure ou à Bassora, en Irak, pendant la Guerre du Golfe. Même si certains personnages sont assez stéréotypés (notamment les femmes et en particulier Cynthia), cela ne gâche pas ce roman. En revanche, la structure des chapitres peut être déroutante : entre deux narrations contemporaines, les nouvelles écrites par les protagonistes sont insérées, sans avertissement ni différenciation. Cela provoque parfois une légère incompréhension, par exemple lorsque de nouveaux personnages apparaissent sans présentation préalable. Néanmoins, une fois que l’on a compris que l’on était dans un événement passé, la lecture reprend son cours.

Les Affranchis n’a rien à voir avec le film de Martin Scorsese et se rapproche plutôt du Cœur des Hommes. Bien que surprenant, le dénouement final laisse quelque peu sur sa fin, tant on peut être en désaccord complet avec, ce qui rend ce livre encore plus intéressant. Jean Monville nous montre à quel point rien n’est immuable, surtout lorsqu’on recherche dans les histoires passées et que les impacts individuels ont nécessairement des ricochets sur les couples.

6/10

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