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[Critique] Calvin et Hobbes, tome 7 — Bill Watterson

Caractéristiques

  • Traducteur : Laurent Duvault
  • Auteur : Bill Watterson
  • Editeur : Hors Collection
  • Date de sortie en librairies : 19 janvier 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 128
  • Prix : 14,90€
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Une bande-dessinée culte

Calvin et Hobbes est sans doute le meilleur, mais aussi le plus populaire des comic strips de ces 30 dernières années, ayant inspiré en partie l’humour d’oeuvres plus récentes, telles que Nemi de la Norvégienne Lise Myhre. Créé en 1985 par l’Américain Bill Watterson, cette irrésistible bande-dessinée raconte les aventures d’un petit-garçon de 6 ans, Calvin, et de son tigre en peluche Hobbes, qu’il voit comme un véritable animal anthropomorphe capable de marcher et parler. Doté d’une imagination hors pair, l’enfant ne cesse d’imaginer des scénarios improbables et de faire tout un tas de bêtises, en décochant des répliques philosophiques à ses parents intellectuels, souvent dépassés. Hobbes, quant à lui, ne s’anime que lorsque ses proches sont loin, et il se révèle souvent être la voix de la conscience de l’enfant, commentant ses actions ou paroles de manière sarcastique.

image couleur calvin et hobbes grimacesLe comic strip fut publié durant 10 ans, à raison d’une bande de quatre cases en noir et blanc par jour et d’une histoire d’une page hebdomadaire, parfois présentée en couleurs. Très inspiré de Charles Monroe Schulz, le créateur de Snoopy, Watterson ne se contente pas de faire de simples gags, mais pose également un regard distancié, ironique, sur notre société, et plus particulièrement la société de consommation dominée par la télévision. Calvin a beau être un véritable surdoué, il n’en demeure pas moins fasciné et fortement influencé par la fameuse boîte noire, qui peut l’induire en erreur. Son père, désabusé, n’en finit d’ailleurs pas de le lui faire remarquer…

Calvin le petit génie, et Hobbes le tigre sarcastique

image strip rédaction calvin et hobbes
Un exemple de réflexion d’une belle acuité de la part de Calvin (issue d’un autre volume de la BD).

Ce tome 7 publié chez Hors Collection — maison à laquelle on doit de beaux livres sur la bande-dessinée, mais aussi Star Wars ou la pop culture — est représentatif de la qualité et l’humour de cette oeuvre aussi unique qu’attachante, dans laquelle on plonge pour ne plus en ressortir. Si vous n’avez lu aucun des tomes précédents, cela n’est en rien un problème puisque 6 histoires sur 7 se déroulent sur une seule bande. De plus, Calvin et Hobbes ne joue pas vraiment sur la continuité : un peu à la manière de la série animée Les Simpson, les héros ne vieillissent jamais, et l’on suit leurs aventures en fonction du calendrier américain. Certains strips se déroulent donc à Noël, ou durant les vacances d’été, mais très peu de références sont faites à des événements antérieurs — tout au plus à ce qui s’est déroulé dans le strip précédent.

Que dire, donc, de ce recueil de petites histoires ? Tout d’abord, il faut savoir que la bande-dessinée fut d’abord publiée en France en format vertical lambda, avant qu’Hors Collection n’en propose une version en format à l’italienne, selon la volonté de l’auteur, qui l’imposa aux journaux dès 1992. La présente édition est donc en tous points conforme au souhait de Watterson, qui n’avait par ailleurs pas encore introduit la couleur dans ses histoires hebdomadaires. En ce qui concerne les strips en eux-mêmes, on est conquis aussi bien dans le fond que par la forme : l’auteur alterne entre gags de situation et réflexions plus philosophiques, avec une inspiration et un brio qui n’a rien à envier aux meilleurs auteurs du genre. Le découpage est le plus simple et épuré possible, mais laisse transpirer un véritable dynamisme. Par ailleurs, à l’occasion, les décors sont un peu plus fouillés (lorsque Calvin et Hobbes sortent dehors, par exemple) et Watterson n’hésite pas à jouer sur les contrastes. Les personnages sont expressifs et l’on s’y attache sans peine.

Des histoires à l’humour irrésistible… et profond

A ce sujet, les adultes se reconnaîtront sans doute beaucoup en Calvin, personnage doté d’une réflexion dépassant ses 6 ans, aussi rusé, blagueur, que misanthrope. Passionné par le savoir, il cherche sans cesse à étendre ses connaissances et utilise son imagination débordante pour créer de nombreux jeux ou dynamiter des devoirs trop ennuyeux. Le décalage entre son jeune âge et la profondeur ou le cynisme de ses réflexions participe beaucoup à la drôlerie de l’ensemble, tandis que ses idées fantaisistes charment sans peine le lecteur, qui retombera alors joyeusement en enfance. Car le petit garçon a tout du génie incompris par son entourage, même si son meilleur ami, le tigre Hobbes, n’est pas toujours de cet avis.

Hobbes qui, tout comme Calvin, porte un nom de philosophe (Thomas Hobbes, auteur assez pessimiste sur la nature humaine), est un personnage irrésistiblement mignon, mais pas que : ses répliques sarcastiques sont parmi les plus profondes de la série, et, par son côté blagueur voire gentiment féroce, il témoigne de l’étendue de l’imagination du petit garçon, qui préférerait bien, lui aussi, être un animal. Ensemble, ils animent le club qu’ils ont créé (Dehors Enormes Filles Informes, qui se retourne souvent contre leur petite voisine Suzy), luttent contre de terribles bonhommes de neige qu’ils ont façonné, se bagarrent, ou tentent tout simplement de résoudre les problèmes de maths que déteste Calvin. Tout en se demandant pourquoi les adultes (et les filles) se comportent souvent de manière aussi incompréhensible. Un regard d’enfant donc, mais d’enfant hyperactif et surdoué dont le cerveau ne semble jamais s’arrêter de tourner.

Parmi nos répliques préférées, on citera celle de Calvin à Hobbes dans ce strip : “T’as déjà remarqué que plus les gens vieillissent, plus ils sont lents ? Je me demande pourquoi. Il me semble que moins il te reste de temps à vivre, plus tu as envie de tout faire vite. Pour pouvoir en faire encore plus durant les années restantes. Tu peux être sûr que quand je serai un vieux croûton comme Papa, je serai hystérique”. Si ce genre de sophismes irrévérencieux vous parle, il y a fort à parier que vous succomberez très vite au charme du comic strip de Bill Watterson.

8/10

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