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[Critique] Barbie the Icon – Massimiliano Capella

Caractéristiques

  • Traducteur : Arianna Ghilardotti
  • Auteur : Massimiliano Capella
  • Editeur : Hors Collection
  • Date de sortie en librairies : 12 octobre 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 208
  • Prix : 35,90€
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Histoire et évolution de la plus célèbre poupée mannequin

Alors que Barbie approche doucement des 60 printemps sans prendre la moindre ride, les éditions Hors Collection (Comics, Star Wars : Les années LucasFilms Magazine, Skyrim : Peuples et créatures… ) proposent un très beau livre en cette fin d’année, qui ravira autant les adultes ayant grandi avec la plus célèbre poupée mannequin que les adolescentes s’intéressant à la mode. Conçu par l’historien de mode italien Massimiliano Capella, Barbie the Icon est un superbe volume relié à la couverture épaisse aux pages de papier glacé retraçant l’histoire et l’évolution de l’icône Barbara Milicent Roberts, plus connue sous le diminutif de Barbie, en la mettant en parallèle avec l’évolution de la société et de la mode, un peu à la manière de l’excellente exposition présentée l’an dernier au Musée des Arts Décoratifs de Paris.

image sommaire édition anglaise livre barbie the icon massimiliano capella
Une histoire déclinée en 5 grands chapitres. (sommaire de l’édition anglaise)

Le livre est divisé en deux grandes parties : une chronologie illustrée, commentée de manière très succincte à travers quelques dates et éléments-clés de la naissance de la poupée en 1959 jusqu’à nos jours, et une partie historique et sociologique retraçant la création du jouet par Ruth Handler, son rapport à la mode, ses secrets de fabrication, ses nombreuses professions, son impact culturel et, bien évidemment, son statut d’icône. Souvent décriée pour sa dimension consensuelle et son physique collant à un canon de beauté considéré comme inaccessible et stéréotypé – quand elle n’est pas accusée d’encourager les petites filles à devenir des femmes-objets – Barbie a pourtant toujours cherché à incarner, dès ses débuts, une femme indépendante et libérée, en couple avec Ken mais jamais mariée (d’après sa biographie officielle du moins, puisqu’on ne compte plus le nombre de Barbie mariées…), ayant exercé plus de 150 professions, de baby-sitter à candidate à l’élection présidentielle, en passant par astronaute, médecin, pilote de F1, rock star ou (plus récemment) développeuse de jeux vidéo.

Permettre aux petites filles de jouer aux grandes

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Les nombreux métiers de Barbie au fil du temps (extrait de l’édition anglo-saxonne).

Alors certes, sa couleur préférée est le rose fuschia (on parle aujourd’hui de rose Barbie) et la première poupée parlante de Mattel, commercialisée en 1968, ne prononçait que des phrases du type : « Que dois-je porter pour le bal ? j’ai un rendez-vous ce soir. Veux-tu faire du shopping ? Stacey et moi prenons le thé » ou encore « J’aime être mannequin de mode ». Cependant, elle a permis très tôt, selon la volonté de sa créatrice, de permettre aux petites filles du monde entier de se projeter et de « jouer aux grandes », en leur inculquant l’idée qu’elles pouvaient devenir ce qu’elles souhaitaient, la liste des professions au choix ne se limitant pas à princesse ou mannequin, même si ces deux types de poupées ont connu un immense succès, notamment durant les années 90.

Si cette représentation d’une féminité adulte et sexuée fait encore régulièrement l’objet de polémiques, il faut rappeler que c’est en observant sa propre fille, Barbara, jouer avec des silhouettes de papier féminines représentant des femmes adultes que Ruth Handler eu l’idée de donner naissance à Barbie, en prenant appui sur une poupée allemande améliorée. Enfants, les petites filles veulent déjà jouer aux grandes et aiment se projeter dans une vie d’adulte : qui n’a pas essayé les robes et les chaussures de sa Maman, piqué son maquillage, rêvé sur une série où les héroïnes, adolescentes ou jeunes femmes, nous fascinaient du haut de nos 5 ou 10 ans ?

Femme-objet ou jouet plus vrai que nature ?

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Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion de Billy Wilder, l’une des nombreuses poupées Barbie de collection à l’effigie des plus grandes stars hollywoodiennes.

Cette phase d’identification est naturelle et, par ailleurs, bien que dotée d’un corps de rêve, la poupée américaine a toujours conservé une certaine chasteté : pas de culotte à retirer, pas de tétons. Et, comme le souligne fort à propos la critique d’art contemporain et commissaire d’exposition Caroline Corbetta au sein du livre, c’est aussi ça Barbie : un paradoxe, tout autant figure avant-gardiste et image de libération féminine que symbole de la femme-objet pour les adultes.

Dans son analyse quasi-sociologique de Barbie sous l’angle de la pop culture et de l’art contemporain, elle insiste sur le fait que, sous l’impulsion du pape du pop art Andy Warhol (qui a réalisé une toile de Barbie en 1986), les personnes se voient réifiées (transformées en objets, donc) et les objets « personnifiés ».

Cela est sans conteste le cas de Barbie : dotée d’un fiancé, d’une famille, d’une biographie détaillée, la poupée mannequin est présente sur les réseaux sociaux, où elle possède son propre compte Instagram, comme n’importe quelle célébrité. Mattel a même été jusqu’à mettre en scène sa réconciliation avec Ken en 2011, aussi bien sur les réseaux sociaux que IRL, puisque les messages de son ex-fiancé pour la reconquérir ont été diffusés sur des panneaux en plein Times Square, jusqu’à ce que, enfin, le jour de la Saint-Valentin, Barbie craque et officialise leurs retrouvailles.

Barbie et la question de la diversité

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Les Barbie Fashionistas possèdent trois morphologies différentes, 7 teintes de peau et 24 coiffures différentes, pour plus de réalisme et de diversité. © Mattel

Le livre de Massimiliano Capella est également l’occasion de se rappeler que Barbie n’est devenue blonde platine qu’au début des années 80 : auparavant, elle arborait différentes nuances de blond, mais pouvait aussi être rousse ou brune. Les amies de la poupée ont également représenté différents types ethniques dès 1968, date à laquelle apparaît Christie, la première amie afro-américaine de Barbie, dont le cercle incluera par la suite des poupées hispaniques et asiatiques.

Quant à ses mensurations parfaites, accusées d’ériger l’extrême minceur en objectif à atteindre, elles ont aussi fait l’objet de changements au cours des dernières années. 2016 a ainsi marqué l’apparition des Barbie Fashionistas : des poupées possédant trois morphologies différentes, plus réalistes, sept nuances de teint de peau, 22 couleurs d’yeux (!!) et 24 coiffures différentes, afin de représenter la féminité dans toute sa diversité, au-delà des critères des défilés. Là encore, Mattel semble suivre l’évolution de la société, à une époque où les retouches des mannequins et actrices dans les magazines font l’objet d’une remise en cause.

Une exploration très complète des liens entre Barbie et la mode

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Les escarpins en plastique rose de Barbie font partie des incontournables de sa garde-robe. (extrait de l’édition anglo-saxonne)

Barbie the Icon souligne d’ailleurs tout du long l’incroyable capacité de la firme américaine à sentir l’air du temps pour accompagner, voire même devancer, les changements au sein de la société. Ruth Handler et les nombreux stylistes Mattel (mis en avant au sein du livre) se sont bien sûr inspirés des grands moments de la mode, qu’il s’agisse de l’apparition de la minijupe ou bien des tenues et coiffures de Marilyn Monroe et Jackie Kennedy, mais aussi de marqueurs culturels importants tels que le rock, la chanteuse de pop anglaise Twiggy (qui sert d’inspiration à la première poupée articulée, la Twist ‘N Turn, en 1967), la conquête de l’espace, la culture hippie…

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Quelques poupées de collection des années 90 : Barbie candidate à l’élection présidentielle et les poupées Rhett Butler et Scarlett O’Hara d’Autant en emporte le vent (extrait de l’édition italienne)

Les passionné(e)s de mode seront par ailleurs ravis de trouver d’un bout à l’autre une présentation claire et fournie de l’influence de la mode sur le look de Barbie, mais aussi de l’impact de celle-ci sur les créateurs. Qu’il s’agisse de l’inspiration d’une couverture du légendaire photographe Erwin Blumenfeld pour Vogue pour le maquillage de la toute première Barbie aux hommages aux créations les plus marquantes des défilés pour certaines robes et coiffures, Massimiliano Capella excelle à faire ressortir tout ce qui a contribué à faire de la poupée américaine une icône glamour, captant l’air du temps et enrichissant l’imaginaire des créateurs, qui l’ont régulièrement habillée depuis la fin des années 80 – Billy Boy*, ami de Warhol, sera le premier à initier une telle collaboration – et lui ont parfois rendu hommage, comme Moschino à travers ses collections de prêt-à-porter printemps/été 2015. On appréciera également de trouver des focus sur les Barbie de collection, qu’il s’agisse des poupées représentant différents pays ou celles, très prisées des collectionneurs, à l’effigie de célébrités allant de Audrey Hepburn à Jennifer Lopez.

Un beau livre de référence pour petits et grands enfants

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Barbie Teenage Fashion Model est la toute première poupée de Mattel en 1959, vendue à 350 000 exemplaires à l’époque. Barbie Solo in the Spotlight (à droite) s’inspirait d’une robe de Marcel Rochas. (extrait de l’édition anglo-saxonne)

Barbie the Icon est donc un ouvrage de référence incontournable sur la célèbre poupée, autant pour ses admirateurs que les fans de mode et de pop culture. Superbement illustré par des centaines de photos issues des archives Mattel et affichant une maquette élégante et flashy à la fois (avec beaucoup de rose), le livre de Massimiliano Capella a également le mérite de dépasser le simple statut de produit sponsorisé et de véritablement explorer l’histoire de ce jouet indissociable de l’Amérique et de l’enfance, en mettant en parallèle l’évolution de Barbie avec celle de la société et de la mode.

Le livre alterne ainsi frises chronologiques illustrées, chiffres-clés et textes de fond de manière dynamique et plaisante. La répétition de certaines phrases au sein de différents chapitres est le seul (tout petit) bémol que nous pourrions émettre. Cependant, les phrases de la partie illustrée étant généralement reprises pour être davantage étayées par la suite, cela ne s’avère pas bien gênant si l’on considère la belle matière de cet épais volume, que l’on devrait retrouver sur la liste de Noël de bien des grands enfants nostalgiques.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
8/10

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