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[Critique] The Legend Of Zelda Perfect Edition : Majora’s Mask / A Link To The Past – Akira Himekawa

Caractéristiques

  • Auteur : Akira Himekawa
  • Editeur : Soleil Manga
  • Date de sortie en librairies : 24 mai 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 402
  • Prix : 19,99€
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Une édition ultra-soignée pour deux mangas agréables

Après avoir découvert la Perfect Edition d’Ocarina Of Time, voilà que l’on voit débarquer deux autres adaptations des aventures de Link, sous forme de manga. Ah, A Link To The Past et Majora’s Mask ! Deux titres parmi les plus cultes de l’Histoire du jeu vidéo, dont la simple évocation suffit pour donner la chair de poule aux gamers avertis du monde entier. Le premier, sorti en 1992 sous nos latitudes, fut l’un des fers de lance de la Super Nintendo. Une aventure hors du commun pour l’époque, dont l’ampleur a su laisser pantois jusque votre humble serviteur. Quant à Majora’s Mask, il faut bien écrire que le jeu était un peu moins facile d’accès, à l’époque de sa sortie, en pleine année 2000. Sorti sur une Nintendo 64 alors en fin de vie, il fallait être l’heureux propriétaire d’un Expansion Pack pour pouvoir profiter à fond du soft, ce qui n’était pas spécialement le cas de tout le monde. Qu’à cela ne tienne, le titre a rencontré un vif succès d’estime et critique, qui s’est confirmé grâce à un récent remake sur Nintendo 3DS. Bref, deux œuvres importantes, qui servent de base scénaristique au studio Akira Himekawa.

Ce The Legend Of Zelda Perfect Edition débute par l’adaptation de Majora’s Mask, et l’on va voir que l’esprit de ces deux récits se rapprochent de beaucoup. L’histoire de cet opus figure parmi les plus intéressantes de la licence. Après les événements d’Ocarina Of Time, Link est séparée de sa fée Navi. Ni une, ni deux, il repart à l’aventure, afin de la retrouver. L’occasion pour notre jeune héros de traverser tout Hyrule, de s’y perdre et même d’atterrir dans une nouvelle contrée : Termina. C’est là que de nouvelles aventures palpitantes l’attendent, et surtout une rencontre un peu hors du commun dans l’univers de The Legend Of Zelda, celle de Skull Kid. En effet, pas de traces du maléfique Ganondorf dans cette histoire (comme pour l’opus Link’s Awakening), mais une problématique sans doute plus fouillée que d’habitude.

Le jeu Majora’s Mask s’appuie sur un concept : la maîtrise du temps, ou plutôt les sauts dans celui-ci, vers le passé plus exactement. Manga et jeu vidéo partagent le même conflit : Skull Kid a volé le masque de Majora, objet malfaisant et surpuissant, par le biais duquel il vise à détruire le monde. Comment cela ? En faisant tomber sur le monde rien de moins que la menaçante Lune, et ce dans les soixante-douze heures. C’est dans ce laps de temps que Link va devoir sauver Termina et ses habitants, en partant à la recherche d’autres masques capables de contrer les plans de Skull Kid. Le manga joue beaucoup moins sur le concept du saut dans le temps. S’il l’explicite en tout début, il n’est plus qu’un lointain souvenir par la suite, au profit d’un cheminement plus linéaire. C’est une constante dans leurs adaptations, le studio Akira Himekawa s’appuie sur un scénario établi, mais n’hésite pas à s’en démarquer, en cherchant à atteindre des sensations certes moins épiques mais plus centrées sur les personnages. Ainsi, les combats et les raids dans les donjons sont clairement passés à la moulinette.

En s’éloignant de l’aspect combat, très important dans les jeux The Legend Of Zelda, le studio Akira Himekawa trahit-il l’esprit de la licence ? Il ne fait aucun doute que non, et ce même si certains fondamentalistes pourront reprocher aux auteures de faire parler Link, ce qui est une vraie différence d’avec les jeux, il faut en convenir. Faire passer le soft d’une console au papier n’est pas une opération aisée, surtout que même Majora’s Mask, qui est pourtant l’un des épisodes qui développe l’un des meilleurs scénario de la série, reste parfois un peu superficiel. Akira Himekawa est conscient de cela, et se refuse de tomber dans le combat facile, la page uniquement dédiée à un coup d’épée tournoyant. On remarque aussi une volonté de développer le background, d’étayer l’univers, afin d’y trouver de véritables échos aux émotions recherchées. Ces ajouts sont effectués dans l’esprit de la licence, c’est incontestable.

Des intrigues développées, tout comme les personnages

Le résultat est un peu plus mitigé avec l’adaptation d’A Link To The Past. La tâche était ardue, il faut le reconnaître et ne surtout pas tirer de jugement hâtif sur le travail du studio Akira Himekawa. En effet, alors que Majora’s Mask pouvait grandement s’appuyer sur son socle vidéoludique, c’est beaucoup moins le cas avec l’itération sortie sur Super Nintendo. Celle-ci contient d’excellentes qualités, mais pas celle d’un récit développé. Ainsi, les auteures se sont visiblement retrouvées devant un dilemme : suivre le cheminement de base, ou prendre beaucoup de libertés. C’est cette deuxième solution qui a été sélectionnée. On s’en rend compte dès la toute première page, qui met en scène une introduction, visant à ne pas débuter l’histoire abruptement, dans la maison de l’oncle de Link. Les fans de cet épisode frémiront sûrement, tant ce commencement est pourtant rentré au Panthéon du jeu vidéo. Seulement, une bonne idée, manette en mains, ne l’est pas forcément une fois couchée sur papier.

A Link To The Past développe l’histoire de base, et ajoute même un personnage important. En effet, Akira Himekawa a opté pour une aventure en compagnie d’un sidekick, une jeune fille en l’occurrence : Ganty, hors-la-loi au caractère bien trempé. Si l’idée n’est pas mauvaise, écrivons que l’exécution est parfois incertaine, approximative. On pense surtout à sa réaction, quand elle apprend la véritable identité de Link, dont les parents pourraient avoir tenu un rôle dans la destinée de ce nouveau protagoniste. Un ressenti qui disparaît vite, et étrangement, comme si les auteures se débarrassaient d’un poids gênant. Pourtant, on ne peut nier que l’ensemble se tient plutôt bien, respecte les grande lignes, et rend un bel hommage à cet épisode que l’on apprécie particulièrement.

Il serait très malvenu que de ne pas aborder l’énorme satisfaction qu’est l’édition de ce The Legend Of Zelda Perfect Edition : Majora’s Mask / A Link To The Past. Soleil Manga (The Legend Of Zelda : Twilight Princess, Higanjima) ajoute un indispensable à son actif, qui brille de mille feux de par ses quelques bonus, mais aussi la beauté de l’objet. Signalons de suite que les dix-huit premières pages sont proposées en couleurs, une sucrerie que l’on accepte volontiers. Une petite histoire annexe est proposée en milieu d’ouvrage, introduit par quelques mots des auteures. En fin d’ouvrage, on retrouve quelques croquis commentés, mais aussi une interview intéressante (effectuée en octobre 2004, au siège de Nintendo), sorte de rencontre entre le studio Akira Himekawa, et le grand Eiji Aonuma, codirecteur sur le soft Majora’s Mask et devenu producteur attitré de la licence. On y perçoit notamment que les auteures se posent bien des questions quant à la réception de leurs travaux, et l’on savoure aussi tout le passage sur l’expérience de chacun sur… l’équitation. Une digression importante pour bien comprendre tout le soin apporté à Epona, le cheval de Link. Enfin, l’objet est tout simplement magnifique, avec cette couverture d’un mauve bien équilibré, et ses lettres d’or qui s’y étalent. Une grande satisfaction, qui se prolonge jusque dans la traduction de qualité, assurée par l’excellent Florent Gorges. De quoi rendre indispensable cet ouvrage, notamment aux nombreux fans de la licence.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
8/10

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