[Critique] Dernier Tacle – Emmanuel Petit et Gilles Del Pappas

Caractéristiques

  • Auteur : Emmanuel Petit & Gilles Del Pappas
  • Editeur : Seuil
  • Date de sortie en librairies : 7 février 2019
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 256
  • Prix : 18€
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L’un est connu pour ses romans marseillais pour lesquels il a reçu le Grand Prix Littéraire de Provence, l’autre pour sa carrière de footballeur, mais surtout son but lors de la finale de la Coupe du Monde de 98. Gilles del Pappas a toujours eu à cœur de parler de sa ville, Marseille, et d’en présenter une vision aussi intimiste qu’historique. Emmanuel Petit a déjà publié trois livres, tous tournant autour du milieu du foot et de ses travers. Dernier tacle aux éditions du Seuil (Les enchaînés, Lola cheffe de gang, Killeuse…) est son premier roman, dans lequel le foot a encore une belle place.

Un meurtre singulier

La commissaire Clémentine Paccini enquête sur sa première grosse affaire : les accusations de fraudes et de pots-de-vin au sein de la FIFA. Installée avec toute son équipe au 36 quai des Orfèvres, la jeune policière s’ennuie et rêve d’enquêtes de terrain et d’action. Tout bascule lorsqu’elle est appelée en pleine nuit par le ministre : le célèbre entraîneur de l’Olympique de Marseille a été retrouvé assassiné sur la pelouse du centre d’entraînement.

Elle est dépêchée sur place et va travailler en binôme avec le séduisant commissaire Dugrand. A peine arrivée, plusieurs éléments vont s’entremêler, impliquant tous les proches ou presque de l’entraîneur tandis qu’un autre meurtre se produit, toujours dans le huis clos de la Commanderie. Il va falloir toute la perspicacité de Paccini pour s’y retrouver dans cette ambiance ô combien singulière…

Un livre décousu

Nombre de romans s’écrivent désormais par histoires parallèles : chaque chapitre correspond à un (ou plusieurs) personnage(s) et à une temporalité précise. C’est également le cas pour Dernier tacle, on retrouve donc au long du livre “Jo” (l’enfance de l’entraîneur), “Les flics” (sur l’enquête) et “Le supporter et le clochard” (un supporter de Liverpool et une mystérieuse star déchue, Iceman). Une fois les personnages présentés, le roman se présente comme une succession de ces trois fragments de l’histoire qui, une fois toutes révélées, aboutissent à la conclusion de l’enquête.

Ce système est intéressant lorsqu’il est bien exploité, ce qui n’est malheureusement pas le cas ici : il n’est pas explicitement dit que les chapitres sur Jo racontent l’enfance et l’adolescence de celui qui est assassiné dès le début du roman, ce qui peut faire paraître l’ensemble brouillon. De plus, si les digressions autour de la ville de Marseille sont plaisantes et s’intègrent bien dans le roman, on ne peut pas en dire de même des intrusions culinaires sans grand intérêt, que ce soit pour l’histoire ou pour le lecteur. Idem pour les commentaires in petto du personnage de Clémentine Paccini.

Entre clichés et simplifications

Si l’intrigue en elle-même est plutôt intéressante, il est regrettable que les personnages tombent aussi facilement dans des clichés attendus. La commissaire est une femme en “escarpins italiens très chers” qui vit seule, rêve d’action et joue dans un club de foot, ce qu’on peut imaginer être un mélange des genres. Celle qui est présentée comme le personnage principal est très peu présente et plus remarquée pour ses réflexions sur les physiques masculins ou ses moqueries envers ses collègues féminines. A l’image de tous les autres protagonistes, elle n’est pas sympathique et on l’oublie très facilement. Jo correspond au cliché du garçon de foyer plein d’une rage qu’il n’arrive pas à canaliser et qui doit sa rédemption au foot. Iceman pourrait apparaître comme le plus complexe, mais au final il ressemble à quasiment tous les personnages de polars qui ont été détruits par un drame personnel.

Mais au-delà des différentes facilités prises avec les personnages, il y a des raccourcis qui sont bien plus dérangeants. Il suffit de prendre en exemple le fait que l’un des personnages se mette à douter de sa paternité parce qu’une infirmière lui dit qu’un enfant dont les parents ont tous les deux les yeux bleus aura les yeux bleus de façon quasi certaine. Pourtant, les auteurs ont pris le temps de mettre un texte de génétique qui explique le fonctionnement des allèles récessifs, ce qui devrait éviter ce genre d’erreur grossière. Mais cela n’a visiblement pas suffi.

Malgré un scénario intéressant, ni l’écriture ni les personnages n’arrivent à faire de Dernier tacle un polar à recommander.

4/10

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