[Critique] Lola, cheffe de gang — Melissa Scrivner Love

Caractéristiques

  • Traducteur : Karine Lalechère
  • Auteur : Melissa Scrivner Love
  • Editeur : Melissa Scrivner Love
  • Collection : Thriller
  • Date de sortie en librairies : 4 octobre 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 334
  • Prix : 21€

Une femme latino dans le monde des gangs

Voilà un thriller qui sait bousculer intelligemment les codes en vigueur tout en donnant une grande impression de réalisme ! Si les polars dans le monde des gangs américains sont légion, et encore plus lorsque ceux-ci sont situés à Los Angeles, Lola, cheffe de gang aux éditions du Seuil (Killeuse, Scalp, Offshore…)  est différent par son simple parti pris : celui de mettre une femme à la tête d’un gang latino. Peu crédible, me direz-vous ? Sur le papier, sans doute. Soyons francs : les gangsters mexicains ne sont pas très féministes. Et pourtant ! La manière dont Melissa Scrivner Love nous raconte cette histoire et la prise de pouvoir par la force de cette jeune femme intelligente née au mauvais endroit nous rend la situation crédible.

Pour réussir ce tour de force, l’écrivaine a quelques atouts en poche : scénariste pour des séries telles que Les Experts : Miami et Person of Interest, elle a grandi entourée d’un père officier de police et d’une mère greffière. Ainsi, tout le contexte des gangs et leurs rapports aux cartels et fournisseurs de drogue est fouillé et réaliste. La manière dont la situation des femmes y est dépeinte aussi. Car si Lola prend la tête des Crenshaw Six en abattant froidement son chef et petit-ami, elle le dit d’elle-même : les femmes sont invisibles pour les hommes dans ce milieu. Putes, camées, ou reléguées à la cuisine, elles sont généralement victimes, et il n’est pas rare que, comme Lola et Lucy, elles aient été victimes de violences sexuelles dès leur enfance. Quand les parents sont prêts à tout pour obtenir leur dose, même à vendre leur enfant, il n’y a plus aucune limite et notre héroïne nous est ainsi présentée comme une dure à cuire ayant grandi dans un monde impitoyable, mais qui a malgré tout su conserver sa part d’humanité.

L’ascension de la jeune femme à la tête du gang — une position qu’elle dissimule pour mieux régner — mais aussi dans le milieu du trafic d’héroïne prend alors des airs de revanche, même si Lola a parfaitement conscience de ne pas faire quelque chose de « bien ». Melissa Scrivner Love nous plonge dans une atmosphère souvent oppressante mais néanmoins fascinante, où tout peut arriver à n’importe quel moment, et nous maintient ainsi en haleine d’un bout à l’autre. Elle passe au crible les rapports entre gangsters et certaines personnalités puissantes telles que des avocats en s’intéressant notamment au blanchiment d’argent, mais elle n’en oublie jamais de divertir le lecteur et de s’intéresser à ses personnages.

Un thriller mené tambours battants

Si certains membres du gang sont plus étoffés que d’autres, l’auteure évite tout manichéisme et en fait des personnages à multiples facettes, ni foncièrement mauvais, ni pures victimes. Ce sont véritablement eux qui mènent la danse, et Lola plus particulièrement, bien entendu. La cheffe du gang n’hésite pas à se montrer cruelle lorsque la situation l’exige (ce qui donne d’ailleurs lieu à un ou deux passages assez choquants) afin d’asseoir sa position de cheffe régnant dans l’ombre, et l’on doit au personnage de beaux moments de suspense. Son intelligence, sa ténacité, et sa volonté d’offrir une vie meilleure à la petite Lucy en font une héroïne forte, dont on souhaite jusqu’au bout qu’elle s’en sorte.

Lola, cheffe de gang s’impose ainsi comme un thriller mené tambours battants sur le mode du compte à rebours — l’héroïne doit retrouver 2 millions de dollars de drogue en 4 jours — le tout sans véritable temps mort et avec des rebondissements qu’on ne voit pas forcément venir. Narré de manière réaliste avec des personnages montrés dans toute leur complexité, ce premier roman se révèle être un excellent divertissement, qui a également le mérite de s’intéresser à la condition délicate des femmes au sein des quartiers dominés par les gangs.

7/10

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