[Critique] Les écœurés – Gérard Delteil

Caractéristiques

  • Auteur : Gérard Delteil
  • Editeur : Seuil
  • Date de sortie en librairies : 9 ma 2019
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 240
  • Prix : 18€
  • Acheter : Cliquez ici

Les Gilets Jaunes font partie de ces mouvements qui ont marqué un pays et une période. Rien d’étonnant à ce qu’un écrivain spécialisé dans le polar tel que Gérard Delteil utilise ce contexte complexe comme point de départ pour un roman, ici Les Ecoeurés, publié aux éditions du Seuil (NitroxLa mort du khazar rougeLola, …).

Un rond-point et des hommes

Saint-Plennech, sous-préfecture de Bretagne, vit des moments difficiles : le mouvement des gilets jaunes est bien implanté et le rond-point du Mouchoir-Rouge n’est jamais vide, même la nuit. Tout juste sorti de l’école de police, le lieutenant Alain Devers est affecté dans cette ville. En tant qu’étranger et surtout inconnu, il est chargé par le commissaire d’infiltrer les gilets jaunes. Quelque peu gêné et surtout déçu de cette première mission, Alain va pourtant se prendre au jeu, aidé par le capitaine Gantois de la DGSI qui est bien connu de tous les habitants.

Peu de temps après son arrivée, une femme qui participe au barrage filtrant meurt percutée par une voiture. Le chauffard en fuite et en l’absence de témoignages, le lieutenant sait que l’enquête n’avancera pas et décide donc de faire ses recherches sur son temps libre, allant à l’encontre de ses instructions. En chemin, il rencontrera Nicole, récemment licenciée, qui voit dans les gilets jaunes la possibilité de changer les inégalités.

Fiction et faits réels

L’avertissement est d’usage : Les écœurés est une œuvre de fiction inspirée de faits réels. Derrière Saint-Plennech se profile Saint-Malo, derrière chaque membre du mouvement se situe un discours entendu pendant des mois. Les enquêtes menées par le personnage d’Alain ne constituent pas le cœur du roman, elles lui sont secondaires, mais elles permettent la mise en place d’un récit à la limite du documentaire.

Exit Paris et les Champs-Elysées vandalisés, Gérard Delteil se concentre sur la province, non seulement majoritaire, mais aussi plus représentative de ces manifestations. L’auteur pose un regard sans concession : les mobilisations sont désorganisées, les revendications sont contradictoires et propres à chaque situation, extrême gauche, apolitiques et complotistes se retrouvent autour du même rond-point…

Un roman-analyse

Si Gérard Delteil écrit un roman, cela ne l’empêche pas de livrer dans son récit une sorte d’analyse du mouvement, non seulement de sa partie visible, mais aussi immergée : l’incapacité à trouver des porte-paroles, à la fois pour des raisons politiques et inhérentes à la structure du mouvement trop anarchique, les récupérations par divers partis et groupuscules, mais aussi la vision du côté de l’Etat grâce à la sous-préfète et au commissaire… La première préférerait négocier, mais pour cela il faut trouver un interlocuteur fiable, le deuxième attend le signal pour intervenir par la force.

Mais ce qui est le plus flagrant dans ce livre, ce sont les portraits des “écoeurés” : du chômage, de la précarité, des fins de mois difficiles et l’instinct de survie. Qu’est-ce qui pousse toutes ces personnes d’horizons différents, aux parcours divers à se réunir pour protester contre un état ? C’est ce que Gérard Delteil veut nous montrer avec lucidité, sans justifier pour autant, pour mieux mettre à jour les événements de ces derniers mois.

Si les enquêtes d’Alain Devers sont loin d’être passionnantes tant il se laisse porter par la chance du débutant, le vrai sujet des Ecoeurés est ce mouvement des Gilets Jaunes qui perdure encore après tant de mois. En mêlant des éléments réels mais transformés à de la fiction, l’auteur présente une vision crue d’une ville divisée où le climat permanent est à la défiance.

6/10

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