Caractéristiques

- Titre : La Route du Diable
- Auteur : Caleb Traskman / Franck Thilliez
- Editeur : Fleuve Editions
- Collection : Styx
- Date de sortie en librairies : 10 septembre 2026
- Format numérique disponible : oui
- Nombre de pages : 288
- Prix : 20,95 €
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- Note : 7/10 par 1 critique
Après quatre années consécutives à la première place du rayon polar en France, Franck Thilliez continue d’explorer de nouveaux territoires. Avec La Route du diable, l’auteur délaisse son nom pour retrouver Caleb Traskman, personnage fictif créé dans Le Manuscrit inachevé, et signe son premier roman d’horreur. Publié le 10 septembre dans la collection Styx de Fleuve Éditions, ce court récit nous entraîne sur une route aussi isolée qu’inquiétante…
Une virée qui tourne au cauchemar
Dans la taïga nord-américaine, Abigaël s’apprête à emprunter la Route du Diable, une voie isolée de 666 kilomètres. Un an auparavant, sa fille Iris et son petit ami Mathis y ont disparu sans laisser de traces. Accompagnée du père du jeune homme et de deux influenceurs en quête de sensations fortes, elle espère refaire leur trajet et comprendre ce qui leur est arrivé. Mais sur cette route coupée du monde où le ravitaillement est quasiment impossible et où l’essence devient une ressource précieuse, le quatuor ne tarde pas à se retrouver en danger…
Avec ses 272 pages, La Route du diable est un roman qui se dévore littéralement. Dans un premier temps, il semble davantage s’inscrire dans la veine du survival que dans celle de l’horreur pure. L’intrigue, volontairement resserrée, évoque notamment Vertige, autre one shot de Franck Thilliez qui ne repose pas sur une enquête policière. La tension naît alors essentiellement de l’isolement des personnages et de leurs ressources limitées. De quoi se demander ce qui justifie réellement le classement du roman dans la collection Styx. La réponse arrive après la moitié du récit, lorsque l’histoire bouscule progressivement les repères et assume une violence beaucoup plus graphique. Les scènes deviennent particulièrement brutales et malaisantes, transformant cette virée en véritable expérience horrifique. Plus que la complexité, le roman recherche ici l’efficacité et les sensations, un véritable ride d’adrénaline.
Dans les pas des grands classiques de l’horreur
Pour installer cette ambiance, Franck Thilliez puise largement dans les grands classiques du cinéma de genre. La chaleur suffocante, les paysages désertiques, la faune hostile et les nuées de mouches composent un décor particulièrement anxiogène, tandis que la route traverse une Amérique profonde, isolée et largement abandonnée. L’ensemble évoque autant le survival que le folk horror, avec des réminiscences de films comme Délivrance ou Massacre à la tronçonneuse. Les scènes d’action sont nombreuses, entre traques, courses poursuites et affrontements, et certaines séquences particulièrement violentes ne ménagent pas les personnages. Les amateurs de cinéma d’horreur apprécieront les références disséminées au fil du récit, qui témoignent d’une solide culture du genre sans jamais transformer le roman en simple catalogue de clins d’œil.
Les personnages, eux, sont rapidement esquissés, mais restent néanmoins suffisamment humains pour susciter l’empathie, notamment grâce à l’enjeu qui les réunit : retrouver Iris et Mathis. Le duo formé par Abigaël et le père du jeune homme est ainsi porté par cette quête, tandis que les deux influenceurs introduisent une dimension beaucoup plus contemporaine. Leur volonté de filmer chaque étape du périple afin de produire des images capables de faire sensation sur les réseaux sociaux donne au récit un écho actuel. Cette opposition entre les codes classiques du film d’horreur et l’omniprésence des réseaux sociaux permet au roman de moderniser, sans véritablement les renouveler, certains ressorts du genre.
Caleb Traskman, un autre visage de Thilliez
Caleb Traskman, on le rappelle, n’est pas un simple pseudonyme : ce nom désigne un auteur fictif créé par Franck Thilliez dans Le Manuscrit inachevé, et La Route du diable est donc considéré comme l’un de ses écrits. Une belle manière pour Thilliez d’adresser un clin d’œil à ses lecteurs et de s’affranchir, peut-être, de ses thématiques et de son style habituels. Force est de constater cependant que, malgré ce changement d’identité, la plume reste immédiatement reconnaissable : fluide, directe et percutante, elle ne cherche pas particulièrement à se réinventer. Le texte se montre peut-être parfois plus cru et provocateur que les précédents romans de l’auteur, avec une tonalité qui rappelle par instants celle de Stephen King. Certaines réminiscences de l’univers de Thilliez apparaissent progressivement, notamment autour de la mémoire et de la temporalité, mais des éléments fantastiques viennent progressivement s’inviter dans le récit et rebattre les cartes.
Ce virage fantastique constitue toutefois la partie la moins convaincante du roman. Un ressort assez classique que nous ne divulgâcherons pas est notamment susceptible de lasser certains lecteurs. Le dernier tiers s’éloigne ainsi de ce qui faisait la force des premières pages, l’horreur et la survie laissant davantage de place à la traque et aux courses poursuites. Là où le récit se montre particulièrement efficace lorsqu’il assume les codes du survival et du slasher, cette nouvelle direction paraît plus conventionnelle. La fin reste néanmoins réussie et cohérente avec l’approche très directe du roman. Ici, pas d’architecture complexe ni d’intrigue aux multiples ramifications. La Route du diable va à l’essentiel, avec une écriture nerveuse et une atmosphère oppressante qui font mouche.
Avec La Route du diable, Franck Thilliez s’offre donc une sortie de zone de confort sous les traits de Caleb Traskman. En s’inscrivant dans le genre de l’épouvante, il livre un survival court, violent et particulièrement efficace dans ses passages les plus horrifiques. Si le virage fantastique et certains de ses ressorts plus classiques convainquent moins, le roman reste un véritable page-turner qui assume pleinement son ambition : faire vivre au lecteur un voyage aussi éprouvant qu’inquiétant. On recommande !




