Caractéristiques

- Titre : Les Chasseurs
- Auteur : Gaëtan B. Maran
- Illustrateur(s) : Karine Bernadou
- Editeur : Syros Jeunesse
- Date de sortie en librairies : 25 septembre 2026
- Format numérique disponible : oui
- Nombre de pages : 448
- Prix : 17,95 €
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- Note : 9/10 par 1 critique
Avec Les Chasseurs, paru le 25 juin aux éditions Syros, Gaëtan B. Maran entraîne les lecteurs dans une fantasy foisonnante où l’humour côtoie le danger et où les certitudes sont faites pour être bousculées. Déjà récompensé par le prix du Jeune Écrivain de langue française en 2019 et 2022, l’auteur de Pyramides et Aya et Hansel bouscule les codes du roman d’apprentissage avec une imagination et une inventivité débordantes.
Un univers de fantasy foisonnant et inquiétant
Dans la Clairière, grandir signifie apprendre à redouter la Forêt, qui ne cesse de gagner du terrain et dont les habitants redoutent les créatures monstrueuses. Pour les protéger, des adolescents sont formés au métier de Chasseur, avant d’être envoyés en Battue pour affronter les dangers qui s’y cachent. Mais les Bataillons sont régulièrement décimés par cette nature hostile, sur laquelle plane notamment la menace du Mâal. Recueillie enfant par Rolwang, un ancien Chasseur devenu gardien de Chimères, Lorelaï grandit à ses côtés avant d’intégrer, à quinze ans, l’Académie de Chasse. Elle doit alors suivre un apprentissage éprouvant et effectuer ses Trois Choix : son arme, sa vocation et sa Chimère. Une fois formée, elle pourra participer à sa première Battue, sans garantie d’en revenir vivante. Heureusement, la jeune fille possède une aptitude particulière, une intuition presque animale qui lui permet de comprendre les créatures de la Forêt.
Dans Les Chasseurs, Gaëtan B. Maran déploie une mythologie particulièrement travaillée, peuplée de Chimères au bestiaire original et régie par des coutumes, des règles et un vocabulaire propres. Cette richesse est renforcée par de courts contes intercalés entre les chapitres, qui contribuent à donner de l’épaisseur à cet univers en éclairant les croyances et les traditions des habitants de Grosbourg. Certains reprennent des motifs familiers, réinventés pour s’intégrer à ce monde singulier. Le narrateur, très présent, s’adresse directement au lecteur, multiplie les parenthèses et commente jusqu’à ses propres choix de vocabulaire. Cette oralité, proche de celle du conteur, associée à un humour omniprésent, donne au récit une identité immédiatement reconnaissable.
Les codes du roman d’apprentissage fantastique revisités avec malice
L’Académie constitue le terrain idéal pour suivre l’évolution de Lorelaï, entre entraînements, professeurs plus ou moins pédagogues et décisions déterminantes pour son avenir. Comme dans les grandes références de la fantasy adolescente, de Harry Potter à Hunger Games, les rivalités côtoient les amitiés dans un environnement où chaque épreuve peut avoir de lourdes conséquences. La jeune fille forme ainsi un trio attachant avec Anja la Bûcheronne et Milner, le fils de l’intendant, tandis que la Meneuse Darna s’impose comme une rivale. Toutefois, Gaëtan B. Maran ne se contente pas de reprendre des recettes éprouvées. Il les détourne grâce à son imagination débordante et aux particularités de son univers, donnant au parcours initiatique de son héroïne une saveur singulière.
Les titres de chapitres, tous introduits par un « Comment… » qui annonce avec malice les péripéties à venir, participent à cette tonalité décalée. Cependant, derrière cette légèreté apparente, le récit ne ménage pas ses personnages. En effet, l’aventure ne se résume pas uniquement à l’entraînement des jeunes Chasseurs ni à leurs affrontements avec les monstres. En parallèle de cette quête collective pour protéger la Clairière, une enquête se dessine lorsque des élèves de l’Académie sont attaqués par des Rejetons, descendants du Mâal. Certains sombrent dans un profond sommeil, tandis que d’autres sont tués. Le mystère s’épaissit au fil des événements, entretenant le suspense jusqu’aux révélations finales. Le ton volontiers humoristique du narrateur contraste alors nettement avec la cruauté de certaines scènes, parfois particulièrement graphiques.
Derrière les monstres, une réflexion sur le monde
Au-delà de l’aventure, Les Chasseurs interroge la notion même de monstre. La relation que Lorelaï noue avec les Chimères, et notamment avec Pind’rac, un Chavorton réputé dangereux qu’elle adopte après avoir découvert son caractère inoffensif, invite à remettre en question les apparences. Faut-il nécessairement combattre ce que l’on craint ou ne comprend pas? Cette interrogation traverse le roman et conduit à questionner la légitimité d’une lutte menée au nom de la protection des siens. La préservation de la nature et l’entraide prennent alors une place essentielle, face à une logique qui privilégie trop souvent l’affrontement.
Les contes et poèmes qui ponctuent le récit prolongent cette réflexion. Parfois inspirés d’histoires familières, ils sont adaptés aux croyances de cet univers et délivrent, au détour d’une anecdote amusante, une morale ou des informations précieuses sur le monde de Lorelaï. D’autres passages prennent la forme de récits ou de raisonnements attribués aux historiens fictifs, comme l’Encyclope ou Harpasse, qui enrichissent encore cette mythologie. Cette diversité nourrit un récit dense sans l’enfermer dans une succession de combats. En choisissant de résoudre son intrigue en un seul volume, Gaëtan B. Maran propose enfin une alternative appréciable aux sagas de fantasy interminables.
Porté par une plume précise, inventive et pleine d’humour, Les Chasseurs livre donc une aventure captivante qui divertit autant qu’elle invite à réfléchir. Une belle découverte qui donne assurément envie de suivre de près les prochains écrits de son auteur.





